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Potentiel militaireLa Suisse et l’Europe, combien de divisions?

Alors que les États-Unis se désengagent en Ukraine et en Europe, dans quel état sont les armées continentales?

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En bref:
  • Les réformes militaires européennes doivent permettre de rattraper un retard considérable.
  • La France possède l’armée la plus puissante de l’Union européenne.
  • Les capacités militaires européennes varient significativement d’un pays à l’autre.
  • La Russie peine à reconstituer son potentiel militaire.

La bonne vieille question stalinienne – «le pape, combien de divisions?» – disait la cruauté du pragmatisme militaire face aux questions de morale. C’est désormais une interrogation du même ordre qui est imposée aux Suisses comme aux Européens par le retrait américain décidé par Donald Trump. Cela aussi bien en Ukraine (fini les armes et les aides, fini le renseignement) qu’en Europe: payez vous-mêmes votre défense.

L’Union européenne et Ursula von der Leyen ont annoncé un plan de réarmement de 800 milliards d’euros. Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la «Revue militaire suisse»: «Les réformes dans le domaine des armées et des armements prennent du temps. Celles de l’organisation militaire russe et de son industrie d’armement ont débuté en 2007 déjà, avec pour objectif d’être prêt à la guerre en dix ans. En Europe et ailleurs, ces signaux et ces objectifs ont été ignorés. Et l’Europe doit désormais rattraper en quelques années le retard qu’elle a accumulé.» Mais que valent, aujourd’hui, les armées du continent?

La France en puissance européenne

«L’armée suisse, depuis 2018, dispose d’un «profil de prestations» qui définit combien de soldats peuvent être mobilisés en combien de temps, en fonction de la mission, poursuit Vautravers. L’enveloppe totale de ce profil est de 100’000 militaires nécessaires. Mais il en faudrait davantage pour recruter, former et entraîner, ainsi que pour assurer le soutien de ces forces.» Côté armement, la Suisse dispose actuellement d’un peu plus de 130 chars Leopard 2, de 25 chasseurs F/A-18 et de quelques vieux Tiger, en attendant les fameux 36 F-35, que des élus commencent à remettre en question.

Au sein de l’Union européenne, c’est la France qui fait figure d’armée la plus puissante: environ 200’000 militaires en service actif (dont plusieurs milliers sont déjà déployés en Europe et dans le monde, marine de guerre, capacités de cyberguerre), plus de 220 chars Leclerc, 218 avions de combat Rafale et Mirage 2000, plusieurs centaines de missiles. La France est le seul pays de l’Union à disposer de l’arme nucléaire: entre 250 et 290 ogives, selon les estimations. Il en faudrait trois ou quatre fois plus pour assurer un éventuel parapluie nucléaire – Emmanuel Macron en a évoqué la possibilité – élargi à ses alliés de l’UE. La dissuasion russe reste en effet impressionnante: plus de 6000 têtes nucléaires.

Les armées d’Europe ont leurs spécificités: «Il faudrait une analyse de détail, souligne encore Alexandre Vautravers. Chaque pays a ses qualités et ses lacunes; certaines sont, au moins en partie, compensées par d’autres nations. Beaucoup d’unités actuellement engagées par l’UE ou l’OTAN sont multinationales précisément pour cette raison.»

L’armée italienne est ainsi relativement importante: plus de 200 chars, des centaines de Leopard 2 en commande, 218 avions de combat (notamment des Eurofighter), environ 160’000 militaires d’active. L’Italie, soutien constant à l’Ukraine, reste cependant proche militairement des États-Unis: plus de 30 bases américaines sont installées sur son territoire.

En Allemagne aussi, une trentaine de bases de l’OTAN accueillent, pour le moment, près de 50’000 soldats américains. Berlin dispose aussi de plus de 320 chars Leopard 2 et a récemment relancé la production de ces engins modernes, de 218 avions de combat, d’environ 180’000 hommes, de centaines de missiles de croisière, dont environ 600 Taurus, précis et de longue portée.

Certains pays ont des capacités particulières: l’armée grecque possède plus de 1200 chars, dont certains relativement anciens. Les Polonais aussi: environ 1000 chars de combat et plusieurs centaines en production ou en commande. Avec 202’000 soldats mobilisables, la Pologne est devenue une puissance militaire conventionnelle significative, mais dont l’aviation, bien que moderne, est numériquement limitée.

Course engagée avec la Russie

Enfin, deux cas particuliers. Le Royaume-Uni d’abord, qui n’est plus membre de l’Union européenne mais qui apparaît parfois, dans la guerre ukrainienne, plus proche de l’UE que de l’OTAN, dont elle est un maillon fortement connecté aux États-Unis. Au point que l’arme nucléaire, dont elle dispose, reste très dépendante de Washington. Elle compte aussi sur 80’000 soldats d’active, 160 avions de combat (Eurofighter et F-35), près de 230 chars et… 250 chevaux, au sein de l’antique Household Cavalry.

Ensuite, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Elle s’est montrée ambiguë au sujet de l’Ukraine, étant membre de l’OTAN mais entretenant de bonnes relations avec Vladimir Poutine, assurant par exemple le passage d’hydrocarbures russes dans le monde. L’Europe ne semble pas compter sur elle pour peser dans le conflit. Mais son armée est la deuxième de l’OTAN: près de 2400 chars, 243 avions de combat, 350’000 hommes. Un véritable effort industriel doit peu à peu moderniser le parc matériel, aujourd’hui souvent daté.

Il s’agira ainsi pour les Européens – et la Suisse – de se coordonner afin d’assurer le plus rapidement possible réarmement et nouvelle indépendance continentale: «L’industrie européenne a besoin d’un plan d’investissement et de commandes sur la durée. Nous parlons de trois à dix ans pour la plupart des armements complexes. De nombreux signes ont été donnés depuis 2023, et l’on voit désormais la remise en état de lignes de production à travers le continent», dit Alexandre Vautravers.

Car avec le Kremlin, la course est engagée. Pour Alexandre Vautravers, «l’armée russe de 2022 n’existe plus. La quasi-totalité de son matériel a été «consommé» ou détruit dans la guerre en Ukraine. L’industrie russe, même en fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ne parvient à compenser ces pertes que par la remise en état de matériel datant des années 60. Des armements ultramodernes (drones, missiles) côtoient désormais de véritables dinosaures à chenilles. La Russie est en outre très dépendante de ses exportations d’armes – aujourd’hui pratiquement interrompues par les nécessités de la guerre. Dans le cas d’une paix rapidement négociée en Ukraine, il faudra aux Russes des années pour reconstituer un potentiel militaire similaire à celui de 2022.»

Un char de combat turc M60T est visible le long de l’autoroute M4 en Syrie, avant les patrouilles militaires conjointes turco-russes dans le village d’al-Nayrab, près d’Idlib, le 15 mars 2020.
Membres de la Band of the Household Cavalry en uniforme doré participant au défilé Trooping the Colour lors des célébrations du jubilé de platine de la reine Elizabeth II à Londres, le 2 juin 2022.
Missiles avec ogives portant le symbole de la radioactivité prêtes à être lancées, représentant une menace de destruction massive.
Des soldats polonais participent à un défilé militaire à Varsovie lors de la journée de l’armée polonaise, le 15 août 2023, commémorant la victoire de 1920 contre la Russie soviétique à la bataille de Varsovie.
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