L’élu qui met la musique au château

ClassiqueSerge Schmidt fait rayonner Tannay, en syndic et mélomane. Portrait.

Syndic de Tannay depuis 2011, Serge Schmidt a fondé les Variations musicales en 2010, après une longue carrière de journaliste.

Syndic de Tannay depuis 2011, Serge Schmidt a fondé les Variations musicales en 2010, après une longue carrière de journaliste. Image: Florian Cella

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Il fut un temps où les Duvillard accueillaient les grands de ce monde dans leur château de Tannay (VD). Le souvenir du passage de la reine d’Italie est aujourd’hui bien estompé, même si la terrasse donnant sur le parc – avec ses grands arbres et sa pente douce vers le lac et le Mont-Blanc – reste un écrin majestueux. Depuis 1984, les héritiers de la famille genevoise ont vendu la propriété à la Commune, qui en a fait le siège de son administration.

Par un retournement inattendu de l’histoire, Serge Schmidt, le syndic actuel du lieu, qui se trouve habiter également l’un des appartements du château, invite dans les jardins depuis dix ans la crème des musiciens classiques, pour le plaisir d’un public enthousiaste. Ne songez pas à comparer Serge Schmidt à un châtelain des temps modernes. Sa modestie et sa discrétion le rendent étranger à toute boursouflure d’ego.

Certes, les Variations musicales de Tannay n’auraient pas vu le jour sans la volonté, l’ambition et l’entregent de leur président. Et s’il a eu le privilège de vivre au château depuis vingt-cinq ans, ce n’est certainement pas le fruit d’un avantage politique. Ce serait même plutôt l’inverse: il a débarqué par hasard à Tannay en répondant à une annonce: «La Commune remettait en location l’un des cinq appartements du château et au cours des années, avec mon épouse, nous avons habité successivement dans trois d’entre eux.»

L’exemple de La Roque

Serge Schmidt est tombé amoureux du lieu, au point de s’engager en politique en grimpant les échelons du Conseil communal, de la Municipalité et finalement de la syndicature, et d’imaginer, en parallèle, implanter dans ce décor sublime un nouveau rendez-vous de mélomanes. «Avec mon épouse, nous aimons beaucoup aller dans le Midi de la France au Festival de La Roque-d’Anthéron, avec l’ambiance merveilleuse des concerts au château de Florent et le chant des cigales. À Tannay, l’endroit n’est pas aussi prestigieux, mais il dégage un certain charme; pourquoi ne pas avoir un festival de plein air comme à La Roque? Ma femme m’a dit: «Vas-y!»

Avec Françoise de Courten, sa collègue de la Commission culturelle, Serge Schmidt avait déjà organisé quelques événements dans la cour du château, dont un mémorable «Didon et Énée» de Purcell et un concert du quatuor Terpsycordes, interrompu par l’orage. «Nous avions ces seules expériences-là quand nous nous sommes lancés. Mais nous avions en tête d’offrir très vite à notre public quelques-uns des meilleurs interprètes du moment. On a dit qu’il ne fallait pas avoir de rêves médiocres, car ce sont les plus difficiles à réaliser! Une partie de la réussite vient de là.» Avec les frères Capuçon, les sœurs Buniatishvili, Emmanuel Pahud ou les Cameristi della Scala à l’affiche 2019, Tannay n’a rien à envier aux festivals de plus grande visibilité. Françoise de Courten, vice-présidente et coprogrammatrice des Variations musicales, estime que l’état d’esprit de la manifestation tient beaucoup à Serge Schmidt. «C’est un homme fin, cultivé, avec lequel il est très agréable de travailler. Toujours positif et optimiste quand il y a des ennuis, il va de l’avant, avec sérieux et délicatesse. Sa simplicité se communique aux bénévoles, aux musiciens, donnant ce caractère familial mais exigeant au festival.»

Pas de mélange des genres

Rien, à vrai dire, ne prédestinait Serge Schmidt à ce rôle d’entrepreneur culturel ni, non plus, de politicien local. De ses études de théologie, il avait surtout retenu la méfiance envers toute idéologie. Très impliqué dans le traitement de l’actualité à la Télévision suisse romande, il était volontairement resté en marge de ceux qui font la politique. «En tant que journaliste, je ne voulais pas mélanger les genres.» Heureusement, l’échelon communal lui permet de rester indépendant. «Je n’ai jamais adhéré à un parti. Comme je venais de la télé, on a dit que j’étais de gauche. C’est vrai que j’apporte beaucoup d’attention à l’aspect social. La sensibilité de la région est plutôt à droite, et j’ai été à chaque fois réélu.» Qu’est-ce qui occupe le syndic, à côté de son violon d’Ingres? «La facture sociale, la péréquation, l’aménagement du territoire, les conduites d’eau, les écoles, en somme le quotidien d’une commune. Je fais mon boulot simplement, avec le plus de justesse et de droiture possible.»

Serge Schmidt fait remarquer cependant que sa première législature comme syndic a été compliquée. De fortes dissensions ont éclaté au sein de la Municipalité, en lien avec le développement du port, projet dont il a hérité et qui était porté par une majorité d’élus. Largement refusé en référendum en 2015, le projet a provoqué la démission d’un municipal, et ces bisbilles ont même failli pousser Serge Schmidt à se retirer de la vie politique. Quatre ans plus tard, il ne regrette pas de s’être représenté, pour permettre au village de retrouver la tranquillité. «Le projet de port a été relancé sur de meilleures bases, qui correspondent à l’attente de la population et qui intègrent des aménagements sur toute la zone lacustre. C’est bien mieux parti.»

En politique comme en musique, Serge Schmidt ne recherche pas l’accord parfait mais aime composer avec la variété des tonalités. Claude Torracinta, qui l’avait recruté à «Temps présent», l’avait bien senti: «À Tannay, il s’est investi, comme pour «Temps présent», avec rigueur et sérieux, et en étant toujours attentif aux autres. Il ne le dira pas, mais il peut être fier de ce qu’il a fait.»


Variations musicales de Tannay
Du 16 au 29 août.
Rens.: Retrouvez le programme complet ici

Créé: 11.07.2019, 20h31

Bio express

1941 Naît le 14 septembre à Estavayer-le-Lac.

1965 Études de théologie à l’Université de Fribourg et à l’Institut de journalisme de Fribourg.

1970 Stage de journaliste à la «Feuille d’Avis de Neuchâtel».

1972 Journaliste à la Radio suisse romande, engagé par Benjamin Romieux et Jacques Matthey-Doret, «des personnalités affirmées, qui estimaient que la presse devait aller vers l’intelligence du public».

1981-2014 Journaliste à la Télévision suisse romande, d’abord au téléjournal puis à «Temps présent», où il réalise une quarantaine de reportages.

1994 S’installe comme locataire au château de Tannay, où il habite toujours avec son épouse.

2006 Municipal à Tannay.

2010 Lancement des Variations musicales.

2011 Syndic de Tannay.

M.CH.

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