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Musique classiqueKrystian Zimerman, pianiste pressé

Invité par l’OSR, le pianiste polonais a affiché une fougue fébrile et imprécise lundi au Victoria Hall.

Krystian Zimerman a ouvert au Victoria Hall la série «Chi va piano, va sano…» concoctée par l’OSR.
Krystian Zimerman a ouvert au Victoria Hall la série «Chi va piano, va sano…» concoctée par l’OSR.
BARTEK BARCZYK/DEUTSCHE GRAMMOPHON

Un jour on retiendra cela aussi, avec le souvenir des masques plaqués aux visages et des distanciations sociales qui ont vidé des rangées entières dans les salles: des événements qui, sans l’apparition du virus, n’auraient probablement jamais eu lieu. Un exemple? La courte série de concerts que concocte entre septembre et octobre l’Orchestre de la Suisse romande, une enfilade de rendez-vous placés malicieusement sous le titre «Chi va piano, va sano…», venue combler des cases dans l’agenda vidé par la pandémie. Au cœur de la proposition, le piano, justement, avec trois grands interprètes, rares et secrets – Krystian Zimerman et Maria João Pires – ou éclatants et extravertis – Khatia Buniatishvili.

Une course poursuite

Le premier, dont on peine à retrouver les traces de son dernier passage à Genève tant ses apparitions chez nous sont clairsemées, a ouvert les feux lundi soir au Victoria Hall, barbe et cheveux d’une blancheur superbe, port noble et complicité affichée avec le chef de la soirée, Jonathan Nott. Son programme? Le «Concerto pour piano et orchestre No 3» de Beethoven, pièce teintée de fougue juvénile et d’introspection profonde. Partitions photocopiées devant soi – on aurait pu s’attendre à une maîtrise totale de l’œuvre –, le musicien a paru d’entrée vouloir grossir les deux traits en question. Ainsi, à la véhémence des premiers accords, plaqués avec imprécision, a suivi une chevauchée impétueuse et fébrile qui a placé son «Allegro con brio» dans un décalage saisissant avec l’orchestre.

Ce premier mouvement et, dans une moindre mesure, le dernier – «Rondo: Allegro» – ont pris alors les allures d’une course poursuite, avec un pianiste intenable et un OSR, langue dehors, essayant de combler le temps de retard. Zimerman a donc fait dans la précipitation, avec des phrasés trop peu articulés et trop vite expédiés. Le toucher, cependant, demeure d’une extrême noblesse, et le «Largo», porté par un orchestre particulièrement inspiré surtout dans les cordes, l’a démontré avec éclat. Pourtant, ici encore, l’interprète a semblé surjouer avec un tempo excessivement distendu et des rubatos parfois trop appuyés. Ce qui nous fait dire que le passage du Polonais ne laissera pas un souvenir impérissable.

En épilogue de la soirée, il y a eu le temps pour une autre proposition, inusuelle dans sa forme instrumentale: les «Deux pièces pour ensemble de cuivres et percussions» du jeune Romand Alexandre Mastrangelo, présent dans les pupitres. Ce qu’on retient du diptyque? Sa maîtrise formelle, ses orchestrations qui s’affichent avec équilibre et superbe. Son écriture aussi, quasi toujours arrimée au tonal, qui nous renvoie à une longue liste de références: on y entend du Holst et du Honegger, par exemple, mais on note surtout la dimension cinématographique qui traverse ces ouvrages. Ce qui dit tout de la capacité de Mastrangelo de générer du récit.