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DisqueJulien Doré, chanson d’amour au point mort

Le chanteur bien décoiffé est de retour avec «Aimée». Analyse express d’un opus qui fait pshit, au milieu comme sur les bords.

Julien Doré, lors des Victoires de la musique en 2017.
Julien Doré, lors des Victoires de la musique en 2017.
THOMAS SAMSON/AFP

«Tout le monde a quelque chose à dire sur mes cheveux ou le climat. Bien que les deux aillent vers le pire, personne ne se battra pour ça.»


Petit propos foireux aux allures de syllogisme apocalyptique. Mais véritable argutie de faiseur de «punch line», comme on aime à dire dans le monde du spectacle.


Il fut un temps où Julien Doré était coutumier de pareilles déclarations, que le journaliste notait méticuleusement, ravi de monter en exergue les moindres élucubrations du chanteur. Aujourd’hui, toutefois, plus besoin d’interview pour se régaler. À l’instar de cette rime tirée de la chanson «Barracuda», le dernier album du chanteur frisottant au timbre froufroutant, cinquième opus intitulé «Aimée» (du nom de sa grand-mère, qu’on se le dise!) parle suffisamment pour lui, et de lui.

«Il paraît que la Terre est plate, que les rêves n’existent pas, que les pingouins s’acclimatent fort bien au nouveau climat…»

Julien Doré, extrait de l’album «Aimée»


Onze chansons suffisent en effet, doucement chaloupées, suavement articulées. Avec ce petit plus dans l’air du temps: Julien Doré a prononcé le mot «climat», le voici auteur concerné. «Il paraît que la Terre est plate, que les rêves n’existent pas, que les pingouins s’acclimatent fort bien au nouveau climat…» Bref.


Julien Doré, un jour, s’est révélé tout en majesté: la plus belle curiosité masculine que n’ait jamais promue le télé-crochet «Nouvelle Star», c’était lui. Vainqueur en 2007. Deux ans avant le passage de Camélia Jordana, autre phénomène vocal issu des plateaux télés. Ces deux-là sont-ils des artistes extraordinaires? On peut en discuter. En douter même. Voici donc qu’«Aimée» occupe la rentrée musicale française. Après un été d’avachissement complet entre Covid et demi-coup de chaud, l’événement est prié de stimuler la «reprise».

Des Barracudas, des yeah yeah yeah


«Nous, nous, nous on s’en fout de vous, vous pouvez prendre tout, tant qu’on est tendre, nous.» C’est dit ainsi dans le refrain de «Nous». Peu de choses à dire sur la voix, qui s’obstine dans ce maniérisme technique consistant à produire du borborygme tout en phrasant la mélodie. Les arrangements? Facture années 80 revisitées, pile dans tout ce qui se fait aujourd’hui, un peu latino, un peu clubbing disco mid tempo. Ça peut donner du bon son. Ça reste assez honnête dans le fond. Mais bon.


«Le couple est comme un poison dans l’eau, on se retiendra par le maillot jusqu’à ce qu’on coule.» Extrait de «La bise». L’auditoire devrait se concentrer sur les paroles? Mais la musique, aussi convenue soit-elle, divertit efficacement, des chœurs d’enfants offrant des falbalas sur «Barracuda», des arpèges, des vagues de synthés, des couinements de guitare, des «yeah yeah yeah», des soupirs, des «wouah». Loin, l’audace. On reste dans la variété. À tous points de vue.

«Aimée» Julien Doré (Sony)