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ÉpidémieJournée shopping pour les Genevois

L’ouverture totale des commerces a provoqué la ruée dans les Rues-Basses. L’essayage des habits reste délicat.

Chez Maniac, boutique de vêtements à Plainpalais, des postes d’essayage ont été ajoutés.
Chez Maniac, boutique de vêtements à Plainpalais, des postes d’essayage ont été ajoutés.
Laurent Guiraud/ Tamedia

Sale temps pour un déconfinement, aurait-on dit. La pluie qu’on avait presque oubliée a fait son grand retour ce matin. Comme si elle voulait rappeler cette consigne ressassée depuis deux mois: «restez chez vous». Assez pour saper une journée de shopping? Même pas. Si elle a empêché les lève-tôt de se ruer sur les commerces, elle a vite battu en retraite. À 10 heures, les ados, descendus en ville par petits groupes, faisaient déjà la queue devant les boutiques de confection banale.

Chloé et Léa, 18 et 16 ans, en sont ressorties avec un jeans troué et un flacon de pastilles en forme d’ours. «Ce sont des vitamines pour faire pousser les cheveux», expliquent-elles sans rire. Ce gadget vaut 19 fr. 90, «mais il y avait 20% de rabais.» Après deux mois de confinement strict et une indigestion à Netflix, c’était leur première sortie. Et l’école? «Nous avons eu un cours entre 8 et 8 h 30, puis plus rien…»

En fin de matinée, on retrouvait les Rues-Basses pareilles à elles-mêmes. Avec leurs trottoirs encombrés de voitures et des chalands bien plus nombreux qu’un samedi matin. En début d’après-midi, la messe était dite. Les Genevois, en télétravail ou en télésieste, ont décrété que c’était journée shopping. Avec des files d’attente devant C&A, H&M ou la Fnac. «Ça les démangeait», commente un nettoyeur placidement appuyé à la fontaine du Molard. Les commerçants diront si les affaires ont été bonnes. Mais, bon signe, les gens qui portaient à bout de bras les sacs en papier d’enseignes internationales étaient très nombreux.

Essayage complexe

Les magasins s’astreignent aux mesures anti-Covid. Des entrées filtrées, des flux canalisés, du gel partout. L’essayage des habits est complexe. «On tente de les éviter, explique la vendeuse d’un grand magasin. Les gens peuvent toujours retourner l’article s’il ne convient pas.» Ceux qui ont été essayés sont mis en quarantaine. Ici, un jour, là, deux jours, ou parfois pas du tout. L’application des mesures est à géométrie variable.

Chez Maniac, boutique de vêtements de Plainpalais, on ne met pas les habits en quarantaine, mais le masque et les gants sont fournis en plus du gel. «On limite l’essayage, relève Fifi, le patron. Mais c’est notre plus par rapport à internet, alors si on ne peut plus le faire…» Une partie du magasin a été réaménagée, les places d’essayage ont été cloisonnées. «On en a eu pour 5000 francs au bas mot. Il faut attendre deux semaines pour voir si le chiffre d’affaires va reprendre.»

Outre la reprise des affaires, les commerçants sont aussi nombreux à attendre un geste de leur bailleur pour alléger leur loyer. «Mais notre plus gros problème, c’est la concurrence d’Amazon, explique le responsable de la boutique Le Vagabond, rue de Carouge. Et là, nos élus ne font rien. Si cela continue, les petites boutiques auront disparu dans cinq ans». Virus ou pas.