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ChroniqueJoe Biden dope la Genève internationale

Jamais de mémoire d’Américain un nouveau président n’avait émis une telle rafale de décrets dans les semaines qui ont suivi son intronisation pour défaire l’œuvre de son prédécesseur. Barack Obama comme Donald Trump s’étaient pourtant investis corps et âme dans l’opération. Mais ils ne sont pas arrivés à la cheville du mal renommé «Sleepy Joe». Il faut dire que l’urgence commandait. Dans la seconde moitié de son mandat, Donald Trump, poussant l’application de sa doctrine de l’America First jusqu’à l’absurde, avait fini par se placer en marge du concert des nations. Ainsi, le multilatéralisme était un concept qu’il a conspué ouvertement. Pour la Genève internationale, sa politique était désastreuse même si la Suisse officielle n’aimait guère le concéder.

De toutes les raisons qui ont porté Joe Biden au pouvoir, son attachement, au demeurant modéré, au système onusien ne fut certainement pas la clé. Reste qu’il a renoué à une vitesse sidérante avec ces institutions dont Trump est sorti avec fracas. À commencer par l’OMS, privée depuis 2020 de la manne américaine et vilipendée pour les prétendues courbettes de son directeur devant Xi Jinping. Non moins important, Joe Biden a annoncé son retour au Conseil des droits de l’homme, également basé à Genève. Trump en avait claqué la porte en 2018 en dénonçant un organisme gangrené par les États voyous. Le républicain avait développé sa propre catégorisation des droits humains en plaçant au-dessus de tout des droits dits «inaliénables» taillés sur mesure pour les États-Unis. Pour lui, le droit à l’avortement ou encore les droits des communautés LGBTQ devaient être exclus de la liste des droits humains.

«Il serait bien naïf de croire que ce retour en grâce du multilatéralisme s’accompagne automatiquement d’un sain rééquilibrage des forces et d’un apaisement des tensions.»

Enfin, en début de semaine, c’est l’OMC, donnée pour cliniquement morte, qui a retrouvé des couleurs. Washington a enfin confirmé la nomination de la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, aux compétences unanimement reconnues, à la direction de l’OMC. Et dans la foulée, l’organe de règlement des différends, un élément central du système, sera réhabilité. Ce dernier était hors service depuis plus d’un an en raison du refus des États-Unis de remplacer les juges qui composent cette «cour du commerce international».

Le multilatéralisme, dont l’ONU célébrait l’an dernier les 100 ans la mort dans l’âme, retrouve lustre et oxygène. Voilà pour les bonnes nouvelles. Mais il serait bien naïf de croire que ce retour en grâce du multilatéralisme s’accompagne automatiquement d’un sain rééquilibrage des forces et d’un apaisement des tensions. Un gouvernement et un congrès démocrate ne résorberont pas miraculeusement la rivalité sino-américaine, aussi bien sur le plan politique que commercial. La réanimation de l’OMC évite au monde les périls d’une disparition mais n’assure en rien son bon fonctionnement. Le Conseil des droits de l’homme, dont l’utilité concrète est critiquée depuis sa création, continuera d’être altéré par ses tares congénitales. Et il ne serait guère avisé de renvoyer aux oubliettes les dysfonctionnements de l‘OMS en cette ère de Covid parce que son détracteur en chef a sombré dans l’opprobre. Saluons l’introspection du système international, dont Genève constitue un centre névralgique, qui a été amorcée l’an dernier sous les auspices de l’ONU. Mais elle demeure encore bien trop sage et molle.

Si le président Biden a décrété le retour américain dans les organisations internationales, le multilatéralisme, lui, ne se décrète pas. D’autant moins que la crise sanitaire a démontré que sa cote n’est pas à la hausse. Le multilatéralisme est à repenser, à restaurer, voire à reconstruire.

5 commentaires
    boTanic

    D'un point de vue pragmatique, on demande surtout aux USA de régler leurs cotisations en temps et en heure, à la Genève Internationale !!

    Sur un plan idéologique, les médias à force de persister dans le changement de cap US, ne font que renforcer le sentiment global que la clique Biden a été élue non pas pour leurs compétences, mais uniquement pour élargir un Président Trump devenu indésirable.