«Je vais à Berne pour parler des sujets de fond»
Pierre Maudet annonce ce vendredi à la Tribune de Genève qu'il est candidat au Conseil fédéral. Il expose ses motivations.

La succession de Didier Burkhalter se jouera entre Latins. Le Tessin a décidé de soutenir en bloc une candidature unique, celle d'Ignazio Cassis, désigné grand favori. Dans le canton de Vaud et à Fribourg, plusieurs élus se profilent. Et maintenant Genève. Le conseiller d'Etat PLR Pierre Maudet se lance dans la course au Conseil fédéral, mettant fin à un long suspense. Les délégués du PLR Genève doivent encore entériner la candidature de Pierre Maudet le 8 août. Il reviendra ensuite au groupe PLR aux chambres fédérales de constituer le ticket qu'il proposera au Parlement le 20 septembre prochain. Pour Pierre Maudet, «une élection au Conseil fédéral doit porter sur des idées. Ce doit être une élection, pas une cooptation. La position d'outsider ne m'est pas inconnue.». Interview sur le chemin de Locarno.
Pierre Maudet, pourquoi voulez-vous vous présenter au Conseil fédéral?
La décision n'a pas été facile, car elle a un impact sur ma famille et ouvre une période de forte exposition médiatique. Par ailleurs, je ne peux pas mettre mon activité de magistrat cantonal en veilleuse. Evidemment, je m'interroge aussi sur mes capacités, les risques, puisque, comme me le dit ma femme, parfois quand on se présente, on risque d'être élu! Tout cela n'est pas sans me rappeler le moment où je me suis lancé au Conseil d'Etat en 2012. Ces questions personnelles, mises à part, j'ai eu des discussions avec mon parti bien sûr, mais aussi avec mes collègues du gouvernement. Les signaux sont au vert: finalement, le moment tombe assez bien: nous sommes en fin de législature cantonale et j'ai réalisé l'essentiel de mes objectifs de législature. Enfin et surtout, je suis surpris par la tournure calculatrice du débat. Le PLR justement dans ma vision est un parti qui doit élargir le champ démocratique en proposant des profils variés et des contenus différents!
Mais il y a des critères. Géographiques, ou de représentation féminine par exemple. Bref, vous n'êtes ni tessinois, ni du bon sexe.
Je suis un peu surpris par la tactique du PLR tessinois qui met tous ses œufs dans un seul panier en désignant un candidat unique. Il est effectivement légitime que le Tessin aspire à avoir un siège au Conseil fédéral, comme Genève, qui est le dernier canton romand contributeur à la péréquation intercantonale. Il s'illustre par sa grande vitalité économique. L'équilibre des sexes est une préoccupation parfaitement légitime aussi. On pourrait aussi soutenir qu'il est légitime que les jeunes, mettons les moins de 40 ans, qui représentent près de la moitié de la population, aient un élu au gouvernement. Je précise toutefois que quand on siège dans un gouvernement, on doit vite dépasser l'approche sectorielle, régionale ou partisane pour forger des compromis. En résumé, c'est vrai que je ne pars pas favori, la période qui s'ouvre sera dure, les attaques seront sèches, mais je m'en voudrais de renoncer pour cela.
Quelles idées voulez-vous porter au Conseil fédéral?
J'en parlerai de manière détaillée aux membres de mon parti la semaine prochaine et je les rendrai publiques dans la foulée. Mais elles portent sur nos relations avec l'Union européenne, le partenariat social, les relations avec les entreprises, la centralisation croissante du pays. Il faut parler des vrais défis qui nous attendent. 80% des emplois à l'horizon 2030, n'existent pas aujourd'hui.
Europhile, régularisateur de sans-papiers, du partenariat social, vous pensez vraiment que cette ligne peut séduire à Berne?
Je suis bien conscient d'être un peu atypique dans le paysage fédéral. Mais mon parcours est tourné vers la Suisse, ce qui est atypique pour un Genevois: officier, études à Fribourg, Commission fédérale de la jeunesse. J'ai une expérience de dix ans dans un Exécutif. Je m'y suis montré pragmatique et mes réalisations le démontrent. Je ne renie rien du tout. Par exemple, la régularisation de certains sans-papiers, c'est aussi une manière de lutter contre le travail au noir et de rétablir une concurrence loyale entre les entreprises. Un objectif parfaitement libéral, au sens le plus noble du terme. Le corollaire de cette action, c'est aussi le triplement des renvois et le renforcement de la sécurité.
On vous reproche aussi d'être double national.
J'assume. Comme d'ailleurs d'être Genevois et à droite. Ma mère est Grisonne, ma grand-mère tessinoise, ma femme valaisanne. Tout mon parcours s'est fait en Suisse. Que dire de plus?
Certains prétendent que vous êtes finalement peu connu à Berne…
Je suis moins connu des parlementaires, car mes interlocuteurs les plus courants sont les représentants des gouvernements cantonaux et les hauts fonctionnaires des départements. Mon lobby si vous voulez, c'est celui des cantons.
Le PLR devrait-il présenter trois candidats à l'Assemblée fédérale ou deux?
Comme vous le savez, je ne suis pas membre de l'Assemblée, alors je serai bien en peine d'avoir un avis sur ces questions tactiques. De plus, ce n'est pas mon rôle en tant que candidat.
En cas d'échec à Berne, vous serez candidat au Conseil d'Etat. Un candidat plombé?
J'espère d'abord que les Genevois comprendront et soutiendront ma démarche. Et qu'en cas d'échec, ils ne m'en tiendront pas rigueur.
Vous ne craignez pas de faire d'affaiblir le PLR local par votre éventuel départ?
Non. Le PLR va bien. Les résultats électoraux en Suisse romande sont bons, meilleurs qu'en Suisse alémanique. Bien sûr, il faudrait revoir notre campagne et rouvrir des postulations, mais rien de très problématique.
Finalement cette candidature au Conseil fédéral, vous y pensiez depuis tout petit, non?
Je suis entré en politique pour promouvoir le skateboard quand j'avais 14 ans pas pour entrer au Conseil fédéral. Mais la nature des choses, c'est aussi de se projeter dans l'avenir et dans l'échelon supérieur, pas vrai?
----------
Réussites et échecs du conseiller d'Etat
Depuis son élection surprise en 2012, et sa brillante réélection en 2013, le conseiller d'Etat Pierre Maudet mène tambour battant une série de réformes dans deux politiques publiques phares: la sécurité et l'économie. Là où d'autres ont échoué, il a réussi. Sur le plan législatif, son bilan impressionne. La réforme de la police validée par la nouvelle loi, l'un des enjeux de sa législature, est passée, contre vents et marées. La loi sur les débits de boissons, jamais aboutie par son prédécesseur, a été acceptée. La loi sur les taxis, incluant Uber, hautement sensible aussi, a été revue et corrigée. Le statut du personnel pénitentiaire a été validé, après mille péripéties. Son projet de loi sur la laïcité, qui devrait être examiné avant la fin de la législature, constitue aussi un élément clé de sa politique. D'autres réalisations ont eu un écho au plan national. Genève joue les pionniers en matière de surveillance du marché du travail pour lutter contre la sous-enchère salariale. L'Inspection paritaire des entreprises a vu le jour en 2016, sous l'impulsion du magistrat, après des négociations entre les associations patronales et les syndicats. Autre mesure phare, annoncée en février dernier: l'opération Papyrus, inédite en Suisse. Une solution a pu être négociée entre Genève et la Confédération pour normaliser la situation de certains travailleurs clandestins dans le canton, et cela après plus de quinze ans d'efforts. Fin stratège politique, Pierre Maudet excelle dans la négociation, sans craindre d'empoigner les dossiers explosifs ni la confrontation pour parvenir à ses fins. A tel point que «Monsieur 100 à l'heure» roule parfois comme un bulldozer, au risque de faire des dégâts. L'agrandissement de la prison La Brenaz et l'ouverture de Curabilis se sont réalisés dans la douleur. Le magistrat a déjà montré les muscles puis fait machine arrière face aux puissants syndicats des gardiens de la police. Ses principales difficultés sont liées à sa conduite managériale. En imposant un rythme de travail irréaliste à ses subordonnés, il désécurise ses troupes. Et lorsque Pierre Maudet – avec le Conseil d'Etat – sanctionne durement deux hauts cadres du pénitentiaire et de la police, il se fait remettre à l'ordre par la justice genevoise. S.R.
Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.
















