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Série TV«It’s a Sin» balance une claque aux préjugés sur le sida

Russell T Davies revient sur le début de l’épidémie du VIH avec une fraîcheur qui secoue en pleine pandémie de coronavirus. À voir dès le 22 mars sur Canal +.

Ritchie (Olly Alexander) finira par rejoindre les premiers mouvements dénonçant le silence des autorités.
Ritchie (Olly Alexander) finira par rejoindre les premiers mouvements dénonçant le silence des autorités.

Toute la Grande-Bretagne était suspendue à son poste en janvier dernier pour suivre «It’s a Sin», une minisérie diffusée sur Channel 4, sur le sida dans les années 1980 à Londres. Avouant un regard embué, Sir Elton John acclamait dans un post Instagram le travail du réalisateur Russell T Davies, «triomphe de créativité et d’humanité». «Tant de souvenirs dévastateurs me sont revenus à l’esprit en regardant le show. Tant de gens étaient sans cœur, ignorants et cruels. Dieu merci, nous avons évolué.»

«Une sorte de cancer pas contagieux qui ne frappe que les gays.»

dans «It’s a Sin»

Mais le rappel semble toujours nécessaire. Le ministre de la Santé britannique s’est ainsi fendu d’un speech notant que l’accélération des commandes de tests de dépistage en 2021 coïncidait avec le démarrage de «It’s a Sin», passant de 2800 à 8200 kits par jour.

Pourtant, rien de neuf en soi dans cette exposition de l’émergence du VIH en 1981 sur une décennie. Sinon que Russell T Davies, en historien de la cause homosexuelle, sait souligner les détails navrants. Ainsi à l’époque, le quidam croit que ce mal importé des États-Unis est «une sorte de cancer pas contagieux qui ne frappe que les gays».

Puis l’infection prend un tour plus nuisible, la contamination par le sang est détectée, les patients mis à l’isolement strict comme des pestiférés. Une chape mure toute communication, jusque dans la communauté homo elle-même.

Sobriété qui déchire

Filmé avec une sobriété qui déchire, «It’s a Sin», titre emprunté au Pet Shop Boys, ne recourt pas aux ficelles du tableau de groupe. Loin de stéréotypes, Ritchie (Olly Alexander) rêve de conquérir les scènes de la capitale, Roscoe le Nigérian de la deuxième génération (Omari Douglas) vivote en barman, le timide Colin alias Gladys (Callum Scott Howells) vit sa vie de tailleur dans une boutique chic. L’ostentation ne déborde jamais dans ces récits d’émancipation, un esprit bon enfant persiste longtemps dans ces amitiés décimées. Les histoires de combat naissent d’ailleurs à peine.

Une génération sacrifiée, que la série «It’s a Sin» capte dans l’éblouissante innocente de sa jeunesse.
Une génération sacrifiée, que la série «It’s a Sin» capte dans l’éblouissante innocente de sa jeunesse.
DR

Désamorçant le débat sur la vogue inclusive, Russell T Davies dit s’être refusé à sélectionner des homosexuels pour interpréter ces garçons dans le vent. Le créateur de «Queer as Folk» (1999), première série à faire de la scène gay son sujet exclusif, et du récent «Years and Years», connaît la musique. Cette délicatesse transpire sans cesse, ici. Alors que tout semblait avoir été dit sur le drame du sida, le Gallois balance une claque aux préjugés. En temps de pandémie, un peu d’humanité, c’est toujours bon à prendre.

«It’s a Sin», Canal+, 5 x 50’.