Impérial, Roger Federer vole d’un monument à l’autre

TennisAu bout d’un chef-d’œuvre, le Bâlois a renversé Nadal et rejoint Djokovic en finale. Un enchaînement qu’il n’a jamais réussi en Grand Chelem.

Roger Federer disputera dimanche sa douzième finale sur le gazon londonien, sa 31e en Grand Chelem.

Roger Federer disputera dimanche sa douzième finale sur le gazon londonien, sa 31e en Grand Chelem. Image: Keystone

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La puissance des retrouvailles, l’éternel défi technique que lui pose Rafael Nadal, la course aux records, le plaisir, la tension, les attentes, Roger Federer a pris tout ça et l’a transformé, vendredi sur le Centre Court de Wimbledon, en une explosion de tennis. Du jeu à l’état brut. Rapide, intense, inspiré. Ce n’était pas tout à fait la finale de 2008. L’empoignade ne dura que quatre sets, elle ne fut perturbée ni par la pluie ni par la pénombre. Mais après onze ans d’attente, les deux extraterrestres réussirent à faire passer par séquences ce mélange d’admiration et de surexcitation qui a toujours escorté leurs plus grands matches. Un pari gagné que, contrairement à il y a onze ans, Federer empoigna et referma avec la détermination des conquérants.

Enfermé dans sa bulle

«Aucune émotion, il enchaîne les points, ne montre rien, comme enfermé dans sa bulle. Cela fait longtemps que je n’ai pas vu Roger Federer avec un langage corporel aussi impressionnant, admirait Boris Becker au micro de la BBC au milieu du quatrième set. Je crois que la dernière fois que je l’ai vu aussi absorbé, c’est lors de l’Open d’Australie 2017.» La référence de l’ancien No 1 mondial touche évidemment dans le mille. Déjà parce qu’elle associe les deux seules victoires de Federer sur le Majorquin en Grand Chelem depuis 2007. Ensuite parce qu’elle dresse un parallèle saisissant dans la qualité des performances. Il ne faut en effet pas se tromper: cette demi-finale a atteint un niveau de jeu jamais approché durant cette quinzaine. Et si le mérite en revient évidemment aux deux acteurs, l’obsession de «RF» de ne jamais reculer d’un centimètre – même au cœur d’échanges parfois irrespirables – lui aura donné ses plus belles émotions et le nom de son vainqueur.

«Historiquement, quand «Rafa» étend les échanges et fait durer le match, il gagne, analyse Tim Henman. Or Roger a remporté la majorité des longs rallyes disputés à haute intensité. Le voir réussir pareil exploit à presque 38 ans, c’est juste phénoménal.» «Gentleman Tim» a tout dit. Sauf peut-être que la trame de ce match débuta par un schéma bien différent. C’est en effet au bout d’un premier set «de gazon» – séquences de 2-3 coups, grande qualité de service – que Roger Federer arracha le tie-break de la première manche. «Un set qui pèse très lourd dans la balance, a reconnu le Bâlois. Car ensuite, on a chacun eu des passages plus confortables au service. Et j’ai simplement le sentiment que les gros points ont basculé de mon côté.»

L’homme aux 20 titres du Grand Chelem a raison. Mais son analyse à chaud est un peu modeste. Il aurait pu louer sa qualité de retour qui a fait planer une menace constante sur les jeux de service de Rafael Nadal. Ou ces attaques de coup droit «en deux temps», qui ont mis en lumière à quel point ce coup était «grippé» l’été dernier. Pour faire simple, Roger Federer a créé davantage, toujours sur le pied avant. Si bien que même dans cette deuxième manche qu’il a fini par «lâcher» de frustration (avec un SABR en prime), «RF» s’était procuré les premières balles de break. «Côté revers, je n’ai pas été au même niveau que durant tout le tournoi, a grimacé l’Espagnol. Mais je pense que c’est surtout parce que Roger a presque tout fait juste.»

«C’était fou. Il y avait tout»

Pour le presque, il faut pointer du doigt ces deux derniers jeux invraisemblables. Roger Federer y réussit les exploits de «challenger contre lui», de caviarder un smash capital puis manquer quatre balles de match sous la bronca de la foule. «C’était fou, il y avait tout, souriait-il après coup. Vous croyez que l’on maîtrise toujours mais ce n’est pas le cas. Si «Rafa» avait fait le break, on serait peut-être encore en train de jouer.» L’air de rien, le «Maître» venait de faire un ultime clin d’œil à l’histoire. Alors que le Centre Court avait retrouvé le silence de la nuit tombée, il rendait hommage aux «matches éternels», ces empoignades qui finissent par se décider un peu par elles-mêmes. Comme la finale de 2008 et peut-être celle qui l’attend contre Novak Djokovic. Jamais sur la route de ses 20 titres en Grand Chelem, Roger Federer n’a réussi l’exploit de battre ses deux alter ego. Tel est le nouveau morceau d’histoire qui l’attend dimanche.

Créé: 12.07.2019, 23h15

Résultats

Wimbledon. Tournoi du Grand Chelem.(47,1 millions de francs/gazon).
Simples messieurs, demi-finales:


Djokovic (Ser/1) bat Bautista Agut (Esp/23) 6-2 4-6 6-3 6-2,
Federer (S/2) bat Nadal (Esp/3) 7-6 (7/3) 1-6 6-3 6-4.

Finale. Dimanche 15 h:
Djokovic (1) - Federer (2).

Simples dames, finale. Samedi 15 h:
S. Williams (EU/11) - Halep (Rou/7).

«Quelle fin de match de fou!»

Roger Federer, quel match! Comment l’avez-vous vécu?

Je suis ravi d’avoir su élever mon niveau à la hauteur de l’événement. Mais quelle fin de match de fou! D’un côté, c’est agréable de breaker tôt dans un set. De l’autre, la route est encore longue derrière. La pression est montée à la fin, ça s’est vu avec ce smash raté. La foule hurlait. Disons que ça fait encore plus plaisir de gagner dans une telle ambiance (sourire).

Vous devrez battre Djokovic après Nadal. En quoi est-ce si difficile?

La difficulté tient dans le mélange de leur niveau et de leurs différences. Rafa est gaucher, il retourne de loin. Novak est droitier, il colle à sa ligne, bouge différemment. Il faut garder un niveau d’intensité et de confiance très élevé tout en procédant à des ajustements tactiques. C’est compliqué.

M.A.

Djokovic, finaliste contrarié

Tout va bien pour Djokovic. Le No 1 mondial jouera dimanche sa sixième finale de Wimbledon (4 titres). Sur son chemin, il n’a pas croisé un top 20, il a égaré deux petits sets et profité, vendredi, d’une poignée d’heures de repos de plus que Federer. Pourtant, il n’a pas passé un très bon moment sur le Centre Court face à Roberto Bautista-Agut (22e mondial). D’abord parce que l’Espagnol l’a emmené dans des gammes lancinantes, sa spécialité, qui ont fini par fragiliser son coup droit et ses nerfs. Ensuite parce que Djokovic s’est irrité contre la foule du Centre Court lorsqu’elle salua bruyamment la deuxième manche remportée par «RBA».

Était-ce la façon choisie par «Nole» pour se secouer? Peut-être. Mais la presse anglaise n’a pas manqué de remettre en cause ces provocations. «Ce n’était rien de particulier. Il arrive que des choses te sortent de la zone de confort. Parfois la frustration monte et je montre mes émotions. Le plus important, c’est de rebondir.» Djokovic l’a fait avec style et conviction au quatrième set. Mais dimanche le public risque de se souvenir de ce qui avait précédé. M.A.

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