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AllemagneIls vont défiler contre le port du masque et le confinement

Des dizaines de milliers de manifestants sont attendus dimanche dans plusieurs villes d’Allemagne pour dénoncer les restrictions face au coronavirus.

Manifestation à Berlin ce 2 mai contre les mesures pour lutter contre l’épidémie. AFP
Manifestation à Berlin ce 2 mai contre les mesures pour lutter contre l’épidémie. AFP

Venus de l’extrême droite, de l’ultra gauche ou de la mouvance conspirationniste, des milliers de personnes doivent manifester dimanche dans plusieurs villes d’Allemagne pour dénoncer les restrictions restantes face au coronavirus, un mouvement qui prend de l’ampleur et inquiète les autorités.

Rien qu’à Stuttgart, 5000 personnes ont été autorisées à battre le pavé, malgré les interdictions en principe de grands rassemblements du fait de la pandémie, là où les organisateurs affirmaient vouloir réunir 500’000 personnes.

Des manifestations sont aussi attendues, comme déjà au cours des dernières semaines, à Munich, Berlin, ou encore Dortmund, sous étroite surveillance policière.

Il s’agit d’un assemblage hétéroclite de militants extrémistes, défenseurs des libertés publiques, opposants aux vaccins, voire d’antisémites; Tous se rejoignent pour dénoncer le port du masque dans les magasins ou les restrictions de mouvement qui subsistent après le déconfinement.

Certains vont jusqu’à revendiquer le droit d’être contaminé ou à mettre en garde contre l’avènement d’une dictature dans le pays.

Vendredi, une imitation de pierre tombale a été déposée devant la permanence électorale de députée de la chancelière Angela Merkel à Stralsund, dans le nord du pays.

Accroché dessus: un masque de protection. Et un slogan comparant la mobilisation actuelle avec les manifestations ayant fait tomber la dictature communiste d’Allemagne de l’Est en 1989.

Les protestataires sont soutenus par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui espère bien surfer sur ces mobilisations et regagner le terrain perdu durant le pic de la pandémie: la chancelière Angela Merkel a vu sa popularité grimper en raison d’une gestion de l’épidémie ayant permis à l’Allemagne d’être moins touchée que ses voisins.

Le phénomène n’est pas marginal. Un Allemand sur quatre dit comprendre ces manifestations, selon un sondage Civey.

«Niveau élevé d’agressivité»

Des violences ont déjà émaillé certains rassemblements. Le 1er mai à Berlin, une équipe de la chaîne ZDF a été violemment agressée par une dizaine de personnes proches selon la police de l’ultragauche. À Prina en Saxe, un policier a été blessé en marge d’un défilé.

La chancelière a elle-même jugé ces marches «alarmantes», auprès de dirigeants de son parti, et accusé la Russie d’être derrière des opérations de désinformation qui les nourriraient, selon le quotidien populaire Bild.

Ces mobilisations semblent avoir pris par surprise les autorités, d’autant qu’elles gagnent en intensité au moment où l’Allemagne, dont le bilan est à ce stade moins dramatique que ses voisins européens, a entamé une levée significative des restrictions.

Dans la classe politique, ces «manifestations Corona» réveillent le souvenir du mouvement islamophobe allemand Pegida, à l’origine de la poussée de l’extrême droite anti-migrants en Allemagne.

«Chapeau d’aluminium»

Outre les violences contre les policiers et journalistes, deux aspects inquiètent particulièrement les autorités.

Dès les premières manifestations à Berlin, des messages antijuifs ont été aperçus, accusant par exemple Rockefeller et Rothschild d’avoir «inventé le coronavirus» ou comparant ports du masque et de l’étoile jaune.

Ces manifestations «constituent un réservoir dans lequel antisémites, conspirateurs et négationnistes peuvent se retrouver», met en garde Felix Klein, commissaire du gouvernement pour la lutte contre l’antisémitisme.

Pour M. Klein, «il n’est pas surprenant que les théories antisémites fleurissent à nouveau dans la crise actuelle». «On reprochait aux Juifs les épidémies de peste, on les accusait d’empoisonner les puits», rappelle-t-il dans le quotidien «Süddeutsche Zeitung».

L’autre composante est le succès des théories complotistes avec une fréquentation en nette hausse de groupes conspirationnistes sur Telegram ou Youtube.

Les thèses antivaccins y sont en vogue, comme les craintes liées au développement de la 5G.

«Malheureusement, nous assistons à une radicalisation souvent rapide de ces personnes (…) qui ne croient plus aucune information provenant de sources officielles et se plongent rapidement dans les communautés en ligne, perdant le contact avec la réalité», explique à l’AFP Miro Dittrich, spécialiste de cette thématique au sein de la Fondation antiraciste Amadeu-Antonio.

Ces dérives préoccupent jusqu’au sommet de l’État: le président de la République, Frank-Walter Steinmeier, est sorti de sa réserve jeudi pour prévenir qu’il valait «mieux porter un masque qu’un chapeau d’aluminium», traditionnellement associé en Allemagne aux conspirationnistes.

AFP/NXP