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Covid-19Ils ont livré 1750 repas gratuits en quarante jours

Fouad Zniber, Sammy Wasem et Edward Klein ont profité du confinement pour mettre leur temps à profit des autres.

Pendant le confinement, Edward Klein, Fouad Zniber et Sammy Wasen (de g. à dr.) ont cuisiné des repas pour les personnes dans le besoin.
Pendant le confinement, Edward Klein, Fouad Zniber et Sammy Wasen (de g. à dr.) ont cuisiné des repas pour les personnes dans le besoin.
Lucien FORTUNATI

Plus de 1750 repas gratuits livrés en quarante jours. À la sortie du confinement, le 27 avril, l’heure est au bilan pour Fouad Zniber, Sammy Wasem et Edward Klein. Les trois amis ont profité de cette période de chômage forcé pour mettre leur temps à profit des autres. Ils en ressortent exténués mais comblés: «En donnant une heure de notre temps chaque jour, nous pouvons faire des miracles», résume Fouad Zniber, 36 ans. Leur souhait: que d’autres suivent leur exemple.

Tout est parti d’un message posté sur le réseau social Instagram le lendemain de l’annonce du confinement. Fouad Zniber, 36 ans, propose de cuisiner gratuitement «des petits plats de pâtes pour tous ceux qui sont dans le besoin». Cinq personnes répondent à l’appel. Le trentenaire livre ses premiers repas en trottinette électrique.

Puis le réseau social s’emballe. Les messages sont dupliqués et transférés. «Il y a eu un effet boule de neige», observe Fouad Zniber. En septante-deux heures, le nombre de plats commandés passe ainsi de 5 à 27. Le trentenaire s’adjoint les services de deux amis: Sammy Wasem, 27 ans, et Edward Klein, 23 ans. Ce dernier a l’avantage de posséder une voiture. «On n’y arrivait plus en trottinette électrique, confie l’initiateur de l’opération. On devait livrer des repas aux quatre coins du canton!»

L’impact des réseaux sociaux

Les commandes sont renouvelées de jour en jour. Certains soirs, le trio livre jusqu’à 120 plats. Il met un point d’honneur à ne laisser aucune personne sur le carreau. «Si tout d’un coup, il nous manquait un repas, nous allions acheter un sandwich ou une pizza, confie Sammy. Nous n’aurions pas pu dormir si nous savions que quelqu’un n’avait pas eu à manger.»

Toutes les actions sont filmées et diffusées sur Instagram et Facebook. De la confection des plats aux remerciements des gens, en passant par l’entassement des boîtes dans le coffre. «Les réseaux sociaux ont été nos outils de travail, relève Fouad Zniber. L’opération a eu du succès parce qu’on l’a montrée.» Cette visibilité leur a valu toutefois quelques critiques: «Des gens nous ont reproché de vouloir nous mettre en avant.»

Dépassés par le succès

Sur internet comme en face-à-face, le trio apporte un certain soin à son image. Le jour de notre rencontre, il refuse de poser sur la plaine de Plainpalais, préférant l’intérieur cossu d’un café du quartier. «Il y avait des containers, c’était moche», expliquent ses trois membres. Fouad Zniber et Edward Klein travaillent dans le domaine de l’immobilier, Sammy dans un centre de loisirs pour enfants. Tous avaient déjà réalisé «des bonnes actions» dans le passé, mais jamais de cette envergure. «Cela nous a dépassés, jamais je n’aurais pensé qu’on rencontrerait un tel succès», confie l’aîné, qui souligne s’être inspiré de Coluche et ses Restos du Cœur. Edward Klein ajoute: «Beaucoup de gens partent au bout du monde faire de l’humanitaire, mais en réalité on peut en faire à Genève. On ne se rend pas compte du nombre de personnes qui sont dans le besoin ici.»

Aujourd’hui, les trois amis ont repris leurs activités professionnelles. Mais la livraison de repas à domicile n’a pas cessé pour autant. Des proches, dont le cousin de Fouad, ont repris le flambeau. L’expérience a profondément marqué le trio: «Si, à Genève, chaque famille cuisine simplement un ou deux repas en plus par semaine et l’offre à des personnes dans le besoin, nous pouvons aider beaucoup de monde.»