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Fines GueulesIl y a 3000 ans, riches et pauvres mangeaient la même tambouille

Les archéologues de l’Université de Genève qui étudient notre alimentation vont de surprise en surprise.

Il arrivait à nos ancêtres de l’âge du bronze de partir à la chasse et de revenir avec un cerf, un chevreuil ou un sanglier pour le dîner.
Il arrivait à nos ancêtres de l’âge du bronze de partir à la chasse et de revenir avec un cerf, un chevreuil ou un sanglier pour le dîner.
Dessin: Johannes Gehrts 1880/Getty Images

«Nous sommes ce que nous mangeons», lance Marie Besse, mi-figue, mi-raisin. La scientifique, professeure au Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie de l’Université de Genève, publie avec des collègues ses recherches sur notre alimentation à l’âge du bronze (2200 à 800 av. J.-C.). Étudiant cinq sites du bassin lémanique, les archéologues sont allées de surprise en surprise. «Nous avons effectué des prélèvements dans les os et les dents de restes humains et les avons soumis à des analyses isotopiques de dernière génération (ndlr: il s’agit de mesures physico-chimiques de l’azote, du soufre et du carbone). Nous sommes arrivées à la conclusion étonnante qu’à l’âge du bronze, tous mangeaient la même nourriture: hommes et femmes, enfants et adultes, riches et pauvres.»

«Cet accès équilibré à l’alimentation laisse penser que la hiérarchie sociale n’était pas très marquée à l’âge du bronze.»

Marie Besse, archéologue

Surprenant, en effet, car un peu plus tard, à l’âge du fer (800 à 50 av. J.-C.), la différence d’assiette entre hommes et femmes apparaît. Sur le plan social aussi, les déductions de Marie Besse et son équipe amènent une vision nouvelle: «Cet accès équilibré à l’alimentation laisse penser que la hiérarchie sociale n’était pas très marquée à l’âge du bronze. Elle est perceptible dans les sépultures, certaines tombes sont plus riches que d’autres et nous observons des différences dans le mobilier funéraire, mais rien de tel dans l’alimentation. Alors que c’est clairement le cas aujourd’hui: les plus riches mangent bio, les autres achètent de la malbouffe qui coûte moins cher.» Et si les bambins de 2021 ont leurs rayons spécialisés dans le garde-manger, leurs frères de l’an 1000 avant notre ère mangeaient comme les grands.

Pas de filet de perches…

Marie Besse et ses collègues, Mireille David-Elbiali et Alessandra Varalli, ne sont pas au bout de leur stupéfaction. Après avoir passé au tamis les sites de Chens-sur-Léman, à deux pas d’Hermance, Vufflens-le-Château, Tolochenaz et Rances, dans la vallée de l’Orbe, ainsi que Colombey-Muraz, dans le Chablais valaisan, où nos ancêtres vivaient les pieds presque dans l’eau, elles ont constaté que ces piètres gastronomes se refusaient les délices du filet de perche. «Nous savons, pour avoir fouillé d’autres endroits sur le Plateau suisse, que les hommes et les femmes de cette époque pêchaient, mais les analyses isotopiques effectuées sur ces cinq sites ne montrent pas qu’on y mangeait du poisson.»

… mais du millet dans la gamelle

En revanche, on y plantait du millet – encore un sujet d’étonnement pour les scientifiques. Cette céréale venue de Chine s’épanouit sous un climat sec et torride et, l’Europe subissant un coup de chaud il y a 3000 ans, les agriculteurs ont cherché une alternative au blé, à l’orge et à l’épeautre. «De nouvelles voies de circulation des marchandises ont été mises en place avec la Chine», souligne l’archéologue, qui relève aussi un usage accru des engrais organiques (purin et crottin) pour doper le potager. Faut-il en conclure que la population, mieux nourrie, a augmenté ou qu’à l’inverse, c’est l’abondance des récoltes qui a vitaminé la natalité? La science s’endort sur cette question abyssale, qui devait de toute façon laisser de marbre la ménagère de l’âge du bronze: ni poule ni œuf dans son panier.

13 commentaires
    Mascogne

    Il ne faut pas se moquer des anciens temps. Nous aussi serons un jour l’ancien temps, probablement incompris. Nous ne sommes pas à la fin mais sur le passage du fil de l’humanité.