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Décès d’Ilija Petkovic«Il aimait profondément ses joueurs»

De Bosko Djurovski à Michel Pont, en passant par Christophe Ohrel, Marco Pascolo, José Sinval et Jean-Michel Aeby, tous ceux qui ont côtoyé l'entraîneur serbe à Servette soulignent sa grande humanité.

Ilija Petkovic, en mai 1994, sur le banc des Charmilles à Genève.
Ilija Petkovic, en mai 1994, sur le banc des Charmilles à Genève.
Eric Lafargue

Ainsi donc, Ilija Petkovic s'en est allé, samedi à Belgrade, à l'âge de 74 ans. Le Serbe, qui a été l'entraîneur du Servette FC de mars 1993 à avril 1995 - avec en point d'orgue un titre de champion en 1994 - est décédé après avoir passé trois jours aux soins intensifs d'un hôpital de Belgrade.

«Ilija avait un ulcère aux intestins et il semblerait que cet ulcère se soit perforé, provoquant des saignements abondants, explique Bosko Djurovski, ancien défenseur serbe, qui a porté le maillot servettien pendant six ans (1989-1995). Il a été amené d'urgence à l'hôpital, où il a de plus été diagnostiqué positif au Covid-19. Je pense que la combinaison des deux problèmes lui a été fatale, même si les meilleurs médecins du pays se sont relayés pour le sauver.»

«Petko», c'était une gueule, des méthodes venues de l'ancienne Europe de l'Est, mais un grand «cœur» aussi. «Petko toujours correct», aimait-il à répéter en roulant les «r». Et, fidèle à ses principes, il n'hésitait pas à clouer le bec aux «journalistes partisans» qui osaient critiquer le style de jeu parfois défensif de son équipe - l’auteur de cet article s’en souvient.

«Ici, à Belgrade et en Serbie, tout le monde parle du décès d'Ilija, poursuit Djurovski au bout du sans fil. Même Dejan Stankovic, l'ancien joueur de l'Inter et actuel entraîneur de l'Étoile Rouge, a adressé un message. Ilija était une personne très, très aimée. Et moi...» Il s'interrompt, pris par un sanglot. Avant de poursuivre: «Moi, je suis très triste, très ému. Je suis à un pic-nic avec ma famille, j'essaie de me changer les idées, mais je n'y arrive pas et je pleure.»

Bosko Djurovski, ici en 2015, devant le Centre d'entraînement de Servette à Balexert.
Bosko Djurovski, ici en 2015, devant le Centre d'entraînement de Servette à Balexert.
Eric Lafargue

Djurovski ravale ses larmes pour évoquer la période servetienne d'Ilija Petkovic. «En deux ans, il a marqué l'histoire de Servette, affirme-t-il. On formait une grande famille. C'est moi qui ai appelé quelques anciens, samedi, pour leur apprendre son décès. On a, tous ensemble, partagé des moments inoubliables.»

Jean-Michel Aeby: «Travail, respect et intégrité»

Les anciens coéquipiers de Djurovski se souviennent parfaitement des moments particuliers qu'ils ont vécus dès le moment où Petkovic est arrivé. «C'était l'entraîneur qu'il fallait à Servette à ce moment-là, se souvient l'ancien milieu de terrain Christophe Ohrel. Nous avions quelques forts caractères dans le vestiaire, et il a su trouver la bonne méthode pour faire passer son message - même s'il maîtrisait mal le français. Il a su nous faire comprendre que le talent ne suffisait pas. Et il a eu raison, puisque cela a débouché sur un titre.»

De sa ligne de but, Marco Pascolo était bien placé pour voir à quel point Petkovic savait fédérer: «Il y avait de sacrés personnalités dans cette équipe, mais il a su faire en sorte que chacun laisse son ego de côté, dit-il. Il avait cette exigence et cette rudesse propre à la culture d'Europe de l'Est, mais il savait être humain et chaleureux aussi. Parfois, on avait même l'impression qu'il nous pouponnait! Il a laissé une trace dans l'histoire du Servette, c'est incontestable.»

Jean-Michel Aeby n'était pas le moins affecté par le décès de son ancien entraîneur: «C'était une personne merveilleuse. Il aimait énormément ses joueurs. Quelque part, on était tous ses gamins. Il était strict, exigeant, mais il avait une certaine forme d'humour aussi. Il a su nous inculquer les valeurs du travail, du respect et de l'intégrité. Et il était toujours tiré à quatre épingles, la grande classe. C'est vraiment un grand Monsieur qui s'en est allé, et je m'estime chanceux d'avoir pu le côtoyer.»

Pont: «L'an passé Köbi, maintenant Petkovic...»

Michel Pont, qui a été l'assistant de Petkovic sur le banc servettien, était lui aussi très touché: «L'an passé, c'est Köbi (ndlr: Kuhn, dont il a été l'adjoint pendant sept ans en équipe de Suisse) qui nous a quittés à 76 ans, et maintenant c'est au tour de Petkovic, à 74 ans... Bosko Djurovski m'a laissé un message samedi soir, ça m'a fait mal. Petkovic est une personnalité qui m'a marqué. Avec sa grosse voix, il donnait une impression de dureté, mais cela cachait un grand cœur et une certaine forme de jovialité. Sa personnalité avait tapé dans l’œil de Paul-Annick Weiler, le président de l'époque, qui fonctionnait beaucoup au feeling.»

Michel Pont retient aussi l'amour que portait Petkovic à ses joueurs: «Il les prenait dans ses bras, il les protégeait, il les adorait vraiment. J'étais dans la complémentarité avec lui, comme avec Kuhn et Hitzfeld d'ailleurs. Il véhiculait certaines idées qui commençaient à être dépassées – le marquage individuel à 10 contre 10 sur tout le terrain, alors que Roy Hodgson ne jurait que par la zone en équipe de Suisse -, mais sa méthode nous a amenés au titre en 1994. C'est donc qu'elle avait du bon!»

Michel Pont (à dr.) aux côtés d'Ilija Petkovic: c'était le 17 mai 1994, quand le Servette FC a célébré son titre de champion de Suisse aux Charmilles.
Michel Pont (à dr.) aux côtés d'Ilija Petkovic: c'était le 17 mai 1994, quand le Servette FC a célébré son titre de champion de Suisse aux Charmilles.
Eric Lafargue

José Sinval: «Quelqu'un d'important pour moi»

José Sinval.
José Sinval.
Georges Cabrera/TDG

Le Brésilien, qui a joué sous les ordres de Petkovic, se souvient: «Ilija Petkovic était quelqu'un d'important pour moi, un entraîneur auquel je souhaite vraiment rendre hommage aujourd'hui. J'ai été champion de Suisse une fois dans ma carrière, un souvenir évidemment formidable, et c'est à lui que je le dois. On a passé une année formidable ensemble, avec une belle équipe et un très bon entraîneur. Je me rappelle autant de sa personnalité que de ses compétences d'entraîneur. Il a eu une belle carrière, en étant aussi sélectionneur national. Aujourd'hui, je suis triste, car le monde du football a perdu une belle personne.»