Ignazio Cassis fait corriger un rapport jugé trop critique

La Suisse passera son premier grand oral sur le développement durable à l’ONU en juillet. Pour dire quoi? Ignazio Cassis a fait polir le rapport initial qu’il jugeait trop négatif

Le chef du Département des affaires étrangères aurait trouvé le texte du rapport trop à gauche, selon une source.

Le chef du Département des affaires étrangères aurait trouvé le texte du rapport trop à gauche, selon une source.

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Des crispations surgissent à la veille du passage au Conseil fédéral d’un rapport d’une grande importance. Le gouvernement doit discuter mercredi prochain de la mise en œuvre suisse de l’Agenda 2030 pour le développement durable. La Suisse se targue d’avoir été précurseure dans ce domaine. Elle en fait l’une de ses cartes de visite diplomatiques. Autant dire que le grand oral que passera l’ambassadeur Michael Gerber, représentant spécial du Conseil fédéral pour le développement durable, devant les Nations Unies à New York le mois prochain, est attendu. Pour la première fois, la Suisse rendra compte dans l’enceinte onusienne, sur la base du rapport adopté par le gouvernement, de ses réussites et ses défis par rapport aux dix-sept objectifs de l’Agenda 2030. Parmi lesquels, par exemple, la fin de la pauvreté dans le monde, l’égalité des sexes ou encore la lutte contre les changements climatiques.

Or, selon des sources concordantes, le rapport sur le développement durable élaboré pendant deux longues années par l’Administration fédérale aurait été raccourci sous la pression d’Ignazio Cassis. La volonté du PLR tessinois de rendre les copies de l’administration plus digestes est connue. Mais trois sources croisées rapportent que le chef du DFAE a cette fois-ci demandé des coupes en raison non seulement de la longueur mais aussi du contenu du document. Il aurait qualifié le texte de trop «à gauche», rapporte une source. Une autre abonde dans ce sens: «Il n’était pas content du contenu.» La troisième souligne: «Il considérait ce rapport trop critique.»

Les Suisses consomment trop

Suite à une rencontre fin mai avec la conseillère fédérale Doris Leuthard, qui en sa qualité de ministre de l’Environnement est cosignataire du rapport, la décision aurait été prise de remanier le texte et d’en biffer les passages les moins appréciés. Le texte n’est pas encore connu dans sa version définitive. Il circule dans les secrétariats généraux des départements qui préparent la séance du Conseil fédéral de mercredi prochain.

Pourquoi ces modifications? La première version du rapport était-elle si explosive? Nous l’avons obtenue. Ce document de 79 pages avec les annexes ne contient pas de critiques assassines. Mais il liste les défis qui se posent à la Suisse en matière de développement durable. Les indicateurs virent au rouge notamment lorsqu’on aborde la question des modes de consommation et de production du pays. L’empreinte écologique de la Suisse est trop lourde, «au-delà de ce que peut supporter la planète et cela fait reporter des charges environnementales sur les pays producteurs de ressources naturelles» affirme le rapport. Une phrase que ne renierait pas le parti écologiste, Les Verts.

Le libéral-radical Ignazio Cassis goûterait peu le ton du rapport notamment sur ces points-là. Vice-présidente du parti, Lisa Mazzone (Les Verts/GE) est atterrée: «Quand on parle de l’Agenda 2030, on ne parle pas d’objectifs de gauche, mais d’objectifs onusiens. Ignazio Cassis n’arrive pas à réaliser que tout n’est pas clivage politique. Et si l’on veut répondre à un défi global, on doit reconnaître le rôle de la Suisse dans cette globalité.»

La société civile critique

De même, le rapport initial ne se prive pas de rapporter les critiques d’acteurs externes à la Confédération. Au cours de trois pages, les cantons et les communes regrettent par exemple de ne pas avoir été inclus plus tôt dans les efforts fédéraux de mise en œuvre de l’Agenda 2030. Ils déplorent un manque de coordination entre les échelons fédéraux et souhaitent être davantage impliqués à l’avenir.

Mais ce n’est pas tout. Dans le souci originel de faire briller la Suisse comme pays modèle de l’Agenda 2030, le Département des affaires étrangères, conduit à l’époque par Didier Burkhalter, a voulu impliquer la société civile. «À ma connaissance, aucun autre pays n’a créé une base aussi large et participative sur laquelle il puisse développer sa stratégie de mise en œuvre», se réjouissaient encore l’an dernier l’ambassadeur Michael Gerber dans une interview.

Pendant deux ans, un groupe d’accompagnement composé d’ONG, de représentants de l’économie et des milieux académiques a ainsi planché sur la mise en œuvre des objectifs de développement durable par la Suisse. Dans le rapport qui a mis le feu aux poudres, il tire son propre bilan, au cours de cinq pages. La critique perce rapidement. Ce groupe estime que si la Suisse veut réellement concrétiser l’Agenda 2030 et amener une contribution importante au niveau mondial, elle doit mettre en place les conditions institutionnelles et financières nécessaires. En clair: la Confédération doit débourser plus d’argent pour le développement durable.

Là encore, Ignazio Cassis aurait peu apprécié ces critiques de la société civile. Dans l’attente de la décision du gouvernement mercredi, sur les pattes arrière vu le contexte, des ONG sont déjà prêtes à dénoncer un exercice alibi par la voie de communiqués incendiaires.

Créé: 16.06.2018, 23h00

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