Visite du plus gros «data center» de Suisse

Sécurité informatiqueA quelques jours de son inauguration, Gérard Sikias, patron de Safe Host, a ouvert les portes de ce bâtiment coffre-fort ultrasécurisé à la «Tribune de Genève».

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Que peut bien cacher cette espèce de forteresse sans fenêtre à Gland? C’est la question qu’ont dû se poser des milliers de passagers des trains circulant sur la ligne Lausanne-Genève, puisque la construction, située au bord des voies CFF, est en travaux depuis mars 2014. Il s’agit d’un data center (centre d’hébergement informatique), le plus gros de Suisse, qui sera inauguré le 18 mai. Pour le moment, il ne contient rien de particulier. Des dizaines d’ouvriers sont encore en train de s’affairer sur le chantier à bout touchant. Mais ce bunker géant aura la capacité d’abriter 3600 racks (armoires) pour des serveurs informatiques. La société genevoise Safe Host, qui construit cet édifice à 150 millions, met tout en œuvre pour garantir à ses clients la plus grande sécurité. Visite des lieux avec Gérard Sikias, directeur, et sa fille Elena, coordinatrice du marketing de la société.

La Suisse a un cadre législatif très attractif au niveau de la protection des données, tout accès aux données sans l’ordre d’un juge est interdit

A une semaine de l’inauguration, les portes sont encore grandes ouvertes et ce sont surtout les échelles des ouvriers qui barrent le chemin des visiteurs. Mais à l’avenir, aucun intrus ne sera admis. Même pour pénétrer dans le bâtiment administratif, il faudra passer devant une loge de gardiens, puis franchir un portique avec un badge. Ensuite, pour entrer dans le data center, un contrôle biométrique des empreintes digitales sera nécessaire. Enfin, pour avoir accès aux salles des serveurs, chaque client aura son badge. Et pour éviter tout trafic illégal à l’intérieur de ces salles, des caméras de surveillance ont été installées. La visite des bureaux permet à nos hôtes de relever qu’en cas de gros pépin chez un client, Safe Host, qui ne se limite pas à jouer le rôle du maître d’ouvrage mais s’occupera aussi de la gestion du data center, met à disposition des «salles de repli». Gérard Sikias prend l’exemple d’une banque victime d’une inondation. «C’est arrivé à Genève (ndlr: Safe Host possède un autre data center à Plan-les-Ouates depuis quinze ans). Si un tel désastre se produit, le personnel de la société peut venir travailler chez nous. On lui fournit des bureaux, des ordinateurs, de la téléphonie, tout ce dont il a besoin pour continuer ses activités.» On quitte les bureaux lumineux avec vue sur les Alpes pour les sous-sols du bunker, forcément moins engageants, où se trouve l’infrastructure technique du bâtiment. Notamment les citernes d’eau, des génératrices de secours, en cas de panne d’électricité, et les groupes de froid, car l’hébergement de milliers de serveurs bourrés de microprocesseurs nécessite des mesures de refroidissement. Pour nous démontrer qu’il se soucie des questions d’économie d’énergie, Gérard Sikias nous emmène alors sur le toit, où l’on découvre d’immenses aérorefroidisseurs, qui récupèrent l’air extérieur. «Ils prennent toute la place, si bien que nous ne pourrons installer des panneaux solaires que sur le toit du bâtiment administratif», précise-t-il.

Enfin, nous pénétrons au cœur du data center, qui accueillera les serveurs des clients. Il y a 14 400 m2 de surfaces à louer, avec de grandes salles de 900 m2 et de plus petites salles. «Chaque espace est dédié à un client, qui est le seul à avoir un badge d’accès, explique Elena Sikias. Il est chez lui et peut donc avoir accès au serveur 24 heures sur 24. Il peut par exemple venir faire de la maintenance à tout moment du jour ou de la nuit.»

A quels clients s’adresse Safe Host? «Nous pouvons accueillir toutes sortes d’entreprises, de la plus petite à la plus grande, car nous proposons des espaces très flexibles, précise-t-elle. Et de citer en exemples des banques, des sociétés de trading, des cliniques, ou des compagnies aériennes. «Vous comprenez pourquoi la sécurité est notre priorité. Par exemple, si les serveurs d’un aéroport ne fonctionnent plus, les avions ne volent plus. Nous devons garantir à nos clients la continuité de leurs affaires.»

Electricité garantie

Dès lors, tout a été entrepris pour assurer l’alimentation des serveurs, leur connectivité, et leur climatisation. Il existe un système de redondance pour chaque appareil. «Nous avons toujours une solution alternative qui garantit le fonctionnement des serveurs en tout temps», insiste Elena Sikias. Le site de Gland a notamment été choisi parce qu’il était susceptible d’obtenir un important approvisionnement en électricité. La Société électrique intercommunale de La Côte (SEIC) a construit un nouveau poste d’alimentation à Gland pour garantir cet approvisionnement. En plus, lorsque le data center tournera à plein régime, il totalisera vingt-quatre génératrices de secours prêtes à l’emploi en cas de panne de courant.

Ce souci de sécurité va encore au-delà des aspects purement techniques. Gérard Sikias rappelle notamment que le site a été choisi parce qu’il ne se situe pas dans une zone à risques de tremblements de terre ou autres catastrophes naturelles. Et surtout, la Suisse, pays stable politiquement, fait partie des nations les plus sûres au monde pour accueillir ces centres de traitements de données informatiques. En ouverture de son site Internet, Safe Host indique que le Data Center Risk Index a classé la Suisse au 3e rang des nations les plus sûres pour héberger ces données. Son rapport se base sur sept critères de sélection, dont la stabilité politique, les risques de catastrophes naturelles et la sécurité énergétique. «On pourrait encore ajouter que la Suisse a un cadre législatif très attractif au niveau de la protection des données, ajoute Elena Sikias. En Suisse, tout accès aux données sans l’ordre d’un juge est interdit.»

Et les affaires, comment se présentent-elles, osons-nous demander à la fin de la visite? «Il y a de la demande. Nos premiers clients seront installés à la fin de l’été, répond Gérard Sikias. Notre développement s’étendra sur plusieurs étapes séparées de plusieurs mois.» En attendant, Safe Host compte près de 900 inscriptions à l’inauguration du 18 mai. (TDG)

Créé: 12.05.2017, 09h37

La Suisse se profile comme le coffre-fort des données

«Vos données restent en Suisse», «La Suisse, banque des données», «Le cœur sécurisé de l’Europe». Dans leurs publicités, les sociétés de data centers et autres fournisseurs de services liés aux données numériques ne manquent pas de faire apparaître cette image de confidentialité, de sécurité, du secret et du coffre-fort qui a fait jadis les beaux jours du domaine de la banque.

Le marché de l’hébergement des données numériques reste fort discret à l’exemple de la société genevoise Infomaniak Network SA qui avertit que ses trois centres de données sont localisés à Genève et en Suisse, mais «pour des raisons de sécurité, leur emplacement exact n’est pas communiqué publiquement». La société se présente d’ailleurs elle-même comme neutre et indépendante…

Cela explique le fort développement de cette activité en Suisse ces dernières années alors qu’éclataient nombre d’affaires de fuites de données ainsi que les révélations de Snowden, l’ancien informaticien de la NSA. Selon un recensement de spécialiste, on dénombrerait pas loin de 80 data centers dans notre pays, dont quelques-uns situés dans d’anciens bunkers de l’armée, dans les Alpes. Deux des plus grands acteurs mondiaux – Equinix et Interxion – sont présents. Le premier, qui compte plus de 320 entreprises clientes, possède sept data centers dont deux au centre-ville de Genève. La ville du bout du lac est une place forte du stockage de données numériques pour le compte de banques et d’entreprises, notamment dans le secteur des télécoms et des fournisseurs d’accès Internet. Mais le canton de Vaud n’est pas en reste avec des sites à Crissier, Gland, Avenches, Renens et Lausanne. Leur bâtiment ressemble parfois à de véritables bunkers contemporains.

La législation suisse sur la protection des données est un autre atout pour ce marché. «Cette idée du coffre-fort suisse, liée à l’intégrité et au secret, rassure beaucoup de clients qui ne sont déjà pas très favorables à lâcher leurs données. Ils veulent en tous les cas qu’on les conserve en Suisse, même si rien ne prouve qu’un serveur en France ou ailleurs est moins sécurisé», estime un spécialiste des technologies de l’information.

Les mesures écologiques

C’est bien connu, les data centers sont des ogres énergivores en électricité. Les milieux écologiques ne manquent d’ailleurs pas d’alerter leurs propriétaires afin qu’ils prennent toutes les mesures possibles pour diminuer leur empreinte écologique. Gérard Sikias, fondateur et directeur de la société genevoise Safe Host, qui construit et va gérer le Data Center de Gland, ne reste pas insensible à cette préoccupation. «Il faut d’abord relever que si les serveurs des entreprises n’étaient pas regroupés dans un data center, ils existeraient ailleurs et consommeraient de toute manière de l’énergie. En les réunissant dans un même endroit, on diminue déjà cette consommation. D’autre part, comme nous l’avons fait à Plan-les-Ouates, nous avons pris toutes les dispositions techniques pour permettre de récupérer la chaleur émise par le data center afin de chauffer des immeubles voisins. Nous avons également un certificat qui garantit que 100% de l’électricité utilisée par le data center est verte, d’origine hydraulique. Enfin, vous avez pu voir que nous avons installé de puissants aérorefroidisseurs qui permettent de diminuer la consommation d’électricité liée à la climatisation. L’eau que nous utilisons pour refroidir le centre est récupérée du lac et de la pluie. Je tiens également à dire que nos clients, et pas seulement les milieux écologiques, nous demandent instamment d’utiliser de l’énergie verte.»

En chiffres

150

C’est, en millions de francs, le coût de la construction du Data Center de Gland.

23'000

C’est, en m2, la surface totale du terrain acquis par la société genevoise Safe Host pour construire le Data Center.

14'400

C’est, en m2, la surface totale à louer aux clients pour l’hébergement de leurs serveurs informatiques.

40

C’est, en MW, la consommation du data center en électricité quand il tournera à plein régime, soit l’équivalent d’une ville de 13 000 habitants.

39'400

C’est, en m3, la quantité de béton qui a été coulé pour la construction du gigantesque bunker.

15'000

C’est, en mètres, la longueur totale des câbles qui relient toutes les installations du Data Center de Gland.

24

C’est le nombre de génératrices de secours qui seront prêtes à l’emploi en cas de panne de courant lorsque le data center tournera à plein régime.

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