Le jeu vidéo a le pixel nostalgique

SociétéUn nouveau jeu vidéo 100% genevois surfe sur une tendance lourde: le neoretrogaming.

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Que ceux qui ont grandi dans les années 90 une manette greffée à la main se réjouissent: Vairon’s Wrath, un jeu vidéo 100% genevois sorti vendredi, est un grand cri d’amour. Derrière l’épopée inédite du jeune Vairon, il faut lire en filigrane une ode aux graphismes sauce 8 et 16 bits, aux boss de fin de tableau et aux mercredis après-midi passés devant une console NES.

Et en termes de nostalgie, l’opus helvète connaît ses classiques, Star Tropics et Neutopia en tête, et fleure bon les Zelda, Final Fantasy ou Secret of Mana d’antan. Bref, que des noms exhumés d’une époque où un poste de télévision pesait l’équivalent d’un âne mort. «Ce jeu s’adresse en premier lieu à ceux qui désirent revivre ce type d’aventure et retrouver les sensations d’antan, mais en découvrant une nouvelle histoire, expliquent les Genevois Marcio Bastos et Antonio D’Alesio, chefs du projet Vairon’s Wrath. Bien entendu, la technique au niveau des graphismes est un peu plus moderne et le level design mélange règles oldschool et plus actuelles. On a quand même fait des choses qui ne sont pas vraiment présentes dans les classiques du genre, comme une partie un peu à la shoot’em up contre un monstre gigantesque et une fuite en radeau…»

C’est que Vairon’s Wrath est le dernier-né d’une tendance lourde dans le petit monde vidéoludique: le neoretrogaming. Traduction? Ça a le goût du rétro, les codes du rétro, mais c’est créé avec les technologies d’aujourd’hui pour les supports d’aujourd’hui.

Neoretrogaming? Drôle de bestiole

«Faire du neuf avec du vieux, ce n’est pas spécifique au secteur du jeu vidéo, ça existe dans tous les domaines, explique Jean-Baptiste Clais, conservateur au Musée du Louvre et ethnologue spécialisé dans les cultures numériques. Certains cinéastes tournent toujours des films en noir et blanc par exemple, ce qui n’empêche pas l’existence de superproductions débordantes d’effets spéciaux.»

Si dès 2014, l’incontournable Secret of Mana, né en 1993 sur la console Super Nintendo, (re)faisait une entrée fracassante sur l’Apple Store, c’est donc parce que l’ancien est devenu une culture à part entière, un genre qui possède ses propres lois, ses mythes et un auditoire grandissant. Avec les plates-formes de jeux comme Steam ou les boutiques dématérialisées de Sony, Microsoft ou Nintendo, il est possible d’acheter du «nouveau vieux» pour une poignée d’euros. Une manière également pour certains éditeurs de tirer des nouveaux profits de leurs hits passés. Mais avec la prolifération des supports – ordinateurs, smartphones, tablettes, consoles portables ou consoles de salon – chaque génération de concepteurs ajoute son pixel à l’édifice. A l’histoire ensuite de ne retenir que le meilleur, la substantifique moelle numérique. «Comme pour n’importe quelle forme d’art, de la littérature à la peinture, il y a un biais de sélection, poursuit le spécialiste. On va continuer de reprendre les meilleurs concepts, la qualité. Le neoretrogaming est la suite logique.»

Raisons du succès? Les habitudes. «On dit qu’il faut rater quelque chose sept fois pour le réussir et intégrer son apprentissage, étaie le scientifique. Imaginez combien de fois un joueur a du échouer avant de parvenir à terminer un jeu. Les réflexes de manipulation du jeu se sont inscrits dans son corps. Il joue sans regarder sa manette, un peu comme on passe les vitesses sans réfléchir lorsqu’on conduit. Si on a appris à conduire sur une 2CV, on aura plaisir à retrouver ces sensations, même si on conduit aujourd’hui des voitures avec ABS et direction assistée. Il en va de même avec les sensations sur les vieux jeux…»

Erudition vidéoludique

Loin de n’être qu’une horde de geeks en goguette, le public amateur de neoretrogaming englobe non seulement les nostalgiques mais aussi les nouvelles générations qui souhaitent découvrir des titres chargés d’histoire. Parce qu’il est également responsable des collections de l’association Mo5.com, qui conserve la collection de référence en France en matière de jeux vidéo et micro-informatique ancienne, Jean-Baptiste Clais côtoie ce public. «On voit arriver de plus en plus d’adolescents désireux de découvrir des jeux ou des concepts de jeux anciens, précise-t-il. Ils sont là pour se construire une culture numérique. Il y a chez eux une véritable volonté d’érudition, à la manière d’un cinéphile qui regarde un film des années 30.» C’est aussi le profil des Genevois de Myoubouh Corp, le studio indépendant qui a développé Vairon’s Wrath. «Sortir un tel jeu ailleurs que sur une tablette est un pari audacieux de nos jours, explique Marcio Bastos. Mais Vairon’s Wrath se destine vraiment aux amateurs du genre action/aventure à l’ancienne. Nous sommes fiers de ce titre et nous espérons vraiment qu’il touchera le cœur des gamers.»

«Vairon’s Wrath» Développé par Myoubouh Corp. Sortie le 27 mai sur store.steampowered.com. Prix: 13 francs. Nécessite Windows.

Créé: 06.06.2016, 10h39

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