«Les montres connectées ne sont pas une révolution»

HorlogerieLa Suisse est-elle en train de rater le train des montres connectées, alors que les géants de l’électronique préparent tous leur modèle? Interview de Thierry Brandt, rédacteur en chef du trimestriel The Watches Magazine.

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La planète high-tech vibre au rythme des annonces et rumeurs concernant les montres connectées d’Apple, Microsoft, Sony & Co. De leur côté, les analystes tablent sur une explosion du marché en 2014, plus 900%, avec 5 millions de «smart watch» vendues. «Le segment smart watch constituera la catégorie de produit la plus importante du marché de l’électronique depuis celle des tablettes initiée par l’iPad», estime le cabinet Canalys.

L’industrie horlogère suisse a-t-elle une carte à jouer dans ce marché? Thierry Brandt, rédacteur en chef du trimestriel The Watches Magazine, nous livre son analyse.

la Tribune de Genève: Tous les géants électroniques développent une montre connectée, et l’on entend très peu parler de la Suisse. Sommes-nous en train de manquer la prochaine révolution horlogère?

Thierry Brandt: Non. Les montres connectées ne sont en tout cas pas une révolution horlogère. Parler de montre est un peu un abus de langage. Il n’y a rien d’horloger dans ces appareils. Pour moi, ce sont de petits terminaux se portant au poignet, et qui accessoirement donnent l’heure. Voilà pourquoi l’on entend assez peu parler de la Suisse dans ce secteur.

La Suisse a déjà connu une crise horlogère, sûre d’occuper un créneau inamovible. Qu’est-ce qui met notre industrie et nos PME à l’abri aujourd’hui?

Paradoxalement, je pense que la standardisation des montres connectées va renforcer le potentiel d’attraction du produit horlogerie suisse moyen et haut de gamme. La vraie belle montre, avec un mouvement mécanique et des finitions soignées, pourrait encore gagner en pertinence.

Donc les horlogers suisses ont raison de regarder passer le train high-tech?

Il existe des modèles de montres ultra-technologiques, dans une fourchette entre le moyen et le haut de gamme Par exemple Slyde, une montre haut de gamme à écran tactile. Le module est électronique, mais l’interface graphique reproduit de vrais mouvements mécaniques.

Toshiba a pour sa part travaillé avec la société jurassienne Aerowatch pour l’habillage (bracelet, cadrans virtuels, poussoirs) de sa montre connectée. Le géant japonais voulait clairement inscrire son produit dans une tradition et des normes suisses. Encore une fois, on se situe nettement au-delà du gadget connecté qui se porte au poignet.

Il y a fort à parier qu’Apple ne fera pas dans le low-cost avec son iWatch. Le monde de l’électronique high-tech est aussi compatible avec le luxe, non?

Il faudra voir s’il existe un point de rencontre, quelque part entre 1000 francs et 5000 francs, où ces terminaux version luxe pourraient concurrencer le milieu de gamme suisse. A mon sens, ces objets sont trop différents pour se concurrencer vraiment. La montre va rester ce qu’elle est, un bel objet, un bijou qui vous distingue. En face, vous aurez le Xe terminal qui se porte au poignet plutôt que dans la poche. J e ne dis pas que Sony, Apple ou Motorola feront de mauvais produits. Je ne demande qu’à être surpris. Mais s’il y a concurrence, elle sera marginale pour les grandes maisons suisses.

Inutile donc de se profiler plus sérieusement dans cette branche?

Je ne suis pas aussi optimiste que les analystes qui prédisent une explosion de la vente de ces smart watch dès l’an prochain. Elles doivent encore faire la preuve de leur utilité. Sont-elles un chaînon manquant dans la liste de tous les produits que nous utilisons déjà?

Le débat porte déjà sur la taille de l’écran du smartphone, qui a tendance à devenir plus grand. Que peut dès lors offrir une montre avec un écran nettement plus petit?

La Suisse n’a-t-elle pas une carte à jouer, par exemple en vendant des composants, ou un design?

Swatch Group pourrait sans doute vendre des composantes électroniques. N’oublions pas que montre T-Touch de Tissot possédait un écran tactile avant le smartphone. Nous avons aussi un tissu de PME capable de produire des boîtiers, des poussoirs, et bracelets, mais ces pièces pousseront le prix des smart watch vers le haut. Est-ce que cela sera compatible avec le positionnement des produits sur le marché? A voir.

L’avenir de l’horlogerie suisse, c’est de se réinventer dans ce qu’elle sait faire. De beaux produits porteurs d’émotion, plutôt que gadgets informatiques qui se portent au poignet et bientôt sous la peau.

Créé: 25.07.2013, 07h54

Thierry Brandt, rédacteur en chef du trimestriel The Watches Magazine.

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