Les femmes sont discriminées dans les secteurs high-tech

Marché du travail Le World Economic Forum note une stagnation en matière de parité hommes-femmes. La situation dans l’IA est préoccupante.

En Suisse, les femmes représentent un petit 19% des effectifs dans le domaine de l’intelligence artificielle.

En Suisse, les femmes représentent un petit 19% des effectifs dans le domaine de l’intelligence artificielle. Image: Getty Images

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pas folichonne, la place de la femme sur le marché du travail. La dernière étude du World Economic Forum pointe du doigt une stagnation en matière de progrès vers la parité hommes-femmes en 2018. Les spécialistes du WEF constatent un ralentissement de la participation professionnelle et politique des femmes dans le monde. Ils mettent aussi en garde contre les inégalités criantes existant dans le monde de l’intelligence artificielle (IA). Rien de moins.

Klaus Schwab, le patron du WEF, prévient: «Les économies qui réussiront à aller au bout de la quatrième révolution industrielle seront celles qui seront le mieux à même d’exploiter tous les talents disponibles.»

Les chiffres qui ressortent de l’étude – menée en collaboration avec le réseau Linkedln – sont éloquents. Dans le domaine de l’IA, les femmes ne constituent que 22% des personnes formées dans le monde. Dans le détail, elles représentent 16% des effectifs en Allemagne, 20% en France, 22% en Inde, 23% aux États-Unis ou encore 28% en Afrique du Sud.

L’intelligence artificielle concerne toute une série de secteurs économiques: la production industrielle, l’informatique et les réseaux, la santé ou encore l’éducation. Des exemples? Demain, les voitures seront intelligentes, fonctionnant sans conducteur; et un logiciel sera capable de mesurer et d’adapter, seul, la dose d’insuline nécessaire à un patient.

Le WEF a des pistes pour faire bouger les lignes. «Les différents secteurs de travail doivent résolument viser la parité hommes-femmes à l’avenir par le biais de formations efficaces, de reconversions, de perfectionnement des compétences et de transitions professionnelles tangibles», explique Saadia Zahidi, directrice du Centre for the New Economy and Society du WEF.

Le WEF met aussi le doigt sur la sous-utilisation des femmes formées en IA. Ces dernières, peinant à faire reconnaître leurs connaissances très pointues, occupent des postes secondaires. Elles se retrouvent généralement cantonnées dans des fonctions d’«analystes de données, chercheuses, gestionnaires de l’information et enseignantes». Les postes de hauts cadres, notamment ceux d’ingénieurs en logiciels ou de responsables informatiques, mieux payés, sont très majoritairement occupés par des hommes. «La société y perd, regrette Roberto Crotti, économiste au WEF. Malgré le manque de personnel qualifié, les femmes n’arrivent pas à atteindre des postes correspondant à leur qualification en intelligence artificielle.»

Mieux former est nécessaire

La situation est identique en Suisse. Le taux de femmes formées en intelligence artificielle se monte à un petit 19%. Un phénomène particulièrement inquiétant dans un contexte marqué par le faible taux, en comparaison internationale, de personnes se lançant dans des études supérieures. Moins de 60% du total des Suisses passent par l’EPFL ou une université (le nombre de femmes est légèrement supérieur à celui des hommes, soit dit en passant), contre par exemple plus de 70% en France. D’où probablement la difficulté à trouver des spécialistes locaux dans les domaines technologiques les plus pointus, ce dont se plaignent parfois les milieux économiques.

Au-delà, la stagnation en matière de parité hommes-femmes en 2018 est réelle. Sur le plan mondial, le nombre de femmes travaillant en entreprise ou actives en politique fait du sur-place. Si les inégalités salariales se sont un peu réduites et si davantage de femmes exercent une profession libérale, l’accès à la santé et à l’éducation s’est par contre compliqué, selon le WEF. Peu réjouissant, en somme.


En Suisse, l’économie est à la traîne

Marco Taddei, responsable romand de l’Union patronale suisse (UPS)

Selon le rapport du WEF, la Suisse figure cette année au 20e rang des pays les plus égalitaires, sur 149 pays analysés. C’est une place de mieux que l’année dernière, avec un score similaire: 0.755, «0» correspondant à l’inégalité et «1» à la parité. Cette apparente stagnation est en fait le fruit de deux mouvements contraires. Le rapport annonce en effet «un progrès dans l’émancipation politique contrebalancé par un plus grand écart dans l’activité économique». En politique, on doit l’amélioration à Doris Leuthard, dont la présidence en 2017 a gonflé l’indicateur dénombrant les années avec une femme présidente au cours du dernier demi-siècle. La récente élection simultanée de deux conseillères fédérales (une première) vient attester de ce progrès et devrait à terme encore améliorer ce résultat.

«Il faut encourager les femmes à mieux intégrer le marché du travail»

Côté économie, toutefois, l’égalité est à la baisse, contrairement à la tendance observée à l’échelle mondiale. Certes, la participation des femmes à la main-d’œuvre est en augmentation, cependant l’égalité salariale à travail égal est en recul. Cette conclusion va à l’encontre du dernier rapport de l’Office fédéral

de la statistique (OFS), qui ne souhaite pas commenter les résultats du WEF. Pour améliorer l’égalité salariale, cela passe par plus de travail, selon Marco Taddei, responsable romand de l’Union patronale suisse (UPS): «Les femmes interrompent plus facilement leur carrière et ont un taux d’activité plus faible, ce qui les empêche d’obtenir des valorisations salariales. Il faut donc encourager les femmes à mieux intégrer le marché du travail.»

Le rapport souligne un autre point noir: les femmes boudent les métiers en lien avec la technique. Dans le secteur de l’intelligence artificielle, elles ne constituent ainsi que 19% de la main-d’œuvre, un abîme trois fois plus grand que dans les autres secteurs. «Cet écart pourrait davantage se creuser si rien n’est fait pour inverser a tendance», ajoute le WEF.
Sami Zaïbi

(TDG)

Créé: 18.12.2018, 07h13

Points clés

Islande au top
Ce pays reste le plus égalitaire au monde si l’on se base sur les critères du WEF, à savoir les opportunités économiques, le niveau d’éducation, la santé et l’émancipation politique.

Un travail sur la durée
Il faudra 108 ans au rythme actuel pour combler la majorité des disparités entre les genres, et 202 ans pour parvenir à la parité professionnelle.

Écart salarial hommes-femmes
S’il s’est réduit par rapport à l’année dernière, il avoisine encore les 51% en 2018.

L’Afrique régresse
Alors que la situation s’était améliorée au cours des six dernières années, les inégalités entre les hommes et les femmes se creusent globalement en Afrique subsaharienne. Cela n’empêche pas le Rwanda (6e) et la Namibie (10e) de bien figurer au classement. Par comparaison, les États-Unis se classent 51e et la Suisse 20e. N.P.

Articles en relation

«L’égalité doit se placer au-dessus de la bigoterie»

Naturalisation Lors de son audition de naturalisation, un couple lausannois a refusé de serrer la main et de répondre à des élus du sexe opposé. La Municipalité ne lui accordera pas le passeport. Plus...

Ils ont voté non à la loi sur l'égalité salariale

Transparence Le Matin Dimanche Le Conseil national veut obliger les entreprises à analyser les salaires pour lutter contre les discriminations. L’UDC et une partie du PLR y sont opposés. Des élus romands s’expliquent. Plus...

Egalité homme-femme: la Suisse loin du compte

Suisse Les inégalités de traitement des femmes et des hommes sur le marché du travail restent «flagrantes». Plus...

Manifestation pour l'égalité salariale à Berne

Suisse L'égalité des sexes est ancrée dans la Constitution fédérale depuis 37 ans et la loi en la matière est en vigueur depuis 22 ans. Mais la réalité n'est pas la même. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Parlement veut plus de femmes à la tête des grandes entreprises
Plus...