L’e-santé, la médecine à l’heure du numérique

Ces métiers bouleversés par le numérique Avec l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’ensemble du secteur médical se réorganise. Une révolution en marche qui promet beaucoup.

La télémédecine permet aux médecins de déléguer un certain nombre de tâches aux infirmières.

La télémédecine permet aux médecins de déléguer un certain nombre de tâches aux infirmières. Image: AFP

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Les médecins d’un certain âge s’en souviennent encore. Ce n’est pas si vieux. Au début des années 80, tous les documents médicaux étaient dactylographiés. Des piles de papiers entassés. Les analyses biologiques d’un côté, les films radiologiques de l’autre. Une véritable galère. Un patient changeant de docteur devait transporter avec lui tous ses documents ou subir à nouveau des tests médicaux. A l’hôpital, les dossiers se perdaient en passant d’un service à l’autre, des Urgences à la radiologie, de la cafétéria à la consultation.

Et puis, avec l’émergence de l’informatique dans les années 90, tout a changé. «Aujourd’hui, les centres hospitaliers ne peuvent plus se passer du numérique. C’est devenu un outil majeur, souligne Antoine Geissbuhler, du Service de cybersanté et télémédecine des Hôpitaux universitaires de Genève. Si l’on veut un bon système de santé, il faut une bonne information. Or le numérique permet justement une meilleure information, disponible partout, à chaque instant.»

Encore des réticences

Le numérique facilite l’accès aux données médicales entre les différents acteurs de santé. «Nous travaillons désormais avec des logiciels qui sont, en quelque sorte, des WhatsApp des soins médicaux. Ils permettent une approche collaborative de la prise en charge du patient, poursuit Antoine Geissbuhler. Par exemple, lorsqu’une personne est suivie à l’hôpital, mais aussi par une infirmière à domicile, ses comptes rendus médicaux sont accessibles et modifiables par tous les professionnels autorisés par le patient. Cela permet de gagner beaucoup de temps entre médecins et de diminuer le risque d’erreur médicale.»

Pour les malades, cette évolution se traduit par la mise en place de MonDossierMedical.ch, un système de données médicales informatisées lancé en 2013, après une dizaine d’années de gestation. «Au départ, nous nous sommes heurtés à pas mal de réticence de la part des patients, mais aussi des professionnels de la santé qui voyaient dans MonDossierMedical.ch une menace pour le secret médical, rappelle Antoine Geissbuhler. Mais aujourd’hui, le train est lancé.»

A Genève, environ 20 000 personnes possèdent désormais un dossier médical partagé (DMP), avec près de 1000 nouveaux abonnements chaque mois. Mais les réticences restent fortes. Selon le baromètre santé Odoxa de janvier 2015, près d’un Français sur deux considère que les DMP constituent un danger pour leurs données. Une peur qui se reflète dans le nombre d’inscriptions: en décembre 2015, 570 000 dossiers médicaux partagés avaient été créés en France, alors que la société chargée de leur hébergement en avait prévu 5 millions pour la fin de 2013.

Autre écueil: la multiplication des services. Aux côtés de MonDossierMedical.ch, de nombreuses sociétés privées proposent leur système. Par exemple l’entreprise Swiss MedBank, basée à Founex, a lancé sa Med’Profile Card, qui revendique 5000 utilisateurs. «Il s’agit d’un passeport de santé dans lequel les gens peuvent enregistrer leurs données médicales, explique Benjamin Philippe, managing director de la société. Les informations sont automatiquement traduites en français, anglais et espagnol, ce qui rend plus facile la communication avec des médecins étrangers.» Mais cela représente également une difficulté supplémentaire pour les professionnels qui voient débarquer des patients possédant chacun un système de sauvegarde différent. «Nous essayons d’harmoniser les standards à l’échelle de la Suisse, explique Antoine Geissbuhler. Mais l’important est que, quel que soit le système, les données puissent être lues.»

Applications de monitoring

En marge des DMP, des logiciels d’aide à la prescription (LAP) ont été développés. Ces programmes détectent automatiquement les contre-indications ou les interactions médicamenteuses dangereuses, en fonction du dossier du patient. Du côté des médecins, les dossiers médicaux partagés ont permis de repenser complètement les processus, en favorisant la coopération. «Certains actes médicaux qui étaient auparavant réalisés à l’hôpital par des médecins sont désormais pratiqués à domicile par des infirmières, raconte Antoine Geissbuhler. Il y a une véritable redistribution des rôles. A terme, certains métiers vont disparaître et d’autres émerger, comme les navigateurs de soins de santé qui aident les patients dans leur parcours médical.»

De manière générale, les patients sont de plus en plus incités à se prendre eux-mêmes en main, par le biais d’objets connectés, ce qui change de facto le travail des professionnels. L’application Diabeo, par exemple, permet aux diabétiques d’entrer les valeurs de leur glycémie dans leur smartphone puis de les transmettre à leur médecin, par l’intermédiaire d’un serveur sécurisé. Pour les hypertendus, la plateforme Hy-result, par exemple, collecte automatiquement les données des malades, en utilisant un tensiomètre connecté. Et l’ensemble de la population commence à se convertir, à travers la généralisation des applis de monitoring.

Créé: 05.08.2016, 11h08

Aux bons soins du docteur Watson

Et si demain les médecins étaient remplacés par des machines? L’idée peut faire sourire. Mais il ne s’agit plus tout à fait de science-fiction. «L’intelligence artificielle (IA) est en train de révolutionner la pratique médicale, souligne le professeur Antoine Geissbuhler, du Service de cybersanté et télémédecine des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Les ordinateurs manipulent des quantités de données incroyables, les big data, que le cerveau humain est bien incapable d’ingurgiter. Cela leur permet de faire des diagnostics ou d’établir des prévisions plus fiables que celles des médecins.» En 2012, le robot Watson d’IBM, qui a connu son heure de gloire pour avoir battu des humains au jeu télévisé Jeopardy, s’est ainsi essayé au dépistage du cancer du poumon, lors d’un test mené au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York. Les résultats montrent que la machine est parvenue à diagnostiquer la maladie avec un taux de succès de 90%, contre 50% pour les médecins. Pour y parvenir, le supercalculateur avait intégré 600'000 données médicales, 2 millions de pages issues de revues spécialisées et les dossiers de 1,5 million de patients. Une manne inaccessible à un docteur en chair et en os. Après ce succès dans le cancer du poumon, Watson s’attaque désormais à d’autres pathologies. En mai 2015, IBM a annoncé un partenariat avec 14 cliniques et instituts spécialisés qui vont utiliser le super-ordinateur pour tous les types de cancers: lymphomes, mélanomes, cancer du pancréas, de l’ovaire, du cerveau, du sein ou colorectal, énumère le groupe informatique américain dans un communiqué. A terme, tous les secteurs de la santé pourraient être bouleversés par l’arrivée de l’IA. En médecine générale, par exemple, la start-up Babylon a développé un logiciel qui délivre des conseils médicaux sans intervention humaine, en analysant les symptômes des patients. En radiologie, les machines ont montré qu’elles pouvaient repérer sur des IRM des anomalies imperceptibles pour l’œil humain. En épidémiologie, des logiciels développés par Google et Twitter sont parvenus à prévoir des pandémies de grippe, de dengue ou de choléra avec un certain succès. Reste une question épineuse: qui sera responsable si une machine se trompe et engendre des erreurs médicales? Le système de suivi des épidémies Google Flu Trends, par exemple, a dû fermer ses portes en août 2015. Et pour cause: une étude publiée en 2014 dans Science a montré que ses prédictions d’épidémie étaient fausses pour 100 des 108 semaines écoulées depuis 2011. BE.B.

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