Passer au contenu principal

Regard ÉcoHackathon, la nouvelle culture d’entreprise

Louise Muhdi, Professeure d’innovation et stratégie, IMD Business school
DR

Face au drame sanitaire et aux complications économiques engendrées par le coronavirus, le digital représente évidemment un atout central dans la gestion de la crise. La manière dont l’OMS exploite le potentiel numérique des plateformes collaboratives pour partager les recherches scientifiques effectuées aux quatre coins du monde démontre un fait essentiel: la complexité du contexte sanitaire, scientifique et économique nécessite la mise en place et l’utilisation de ressources novatrices connectées. Dans les grandes lignes, il s’agit de pouvoir collaborer rapidement, de manière inclusive, tout en se jouant des frontières physiques et géographiques. On l’aura compris, l’heure est à la collaboration digitale inclusive.

Un modèle aussi novateur que prometteur, mis à l’honneur dans toute la Suisse du 3 au 5 avril, à l’occasion du hackathon #VersusVirus soutenu par la Confédération. Objectif: élaborer, développer et mettre à l’épreuve des solutions novatrices pour lutter contre la pandémie. Plus de 4000 participants ont ainsi réalisé 250 projets pour contrer la pandémie dans de multiples domaines: économie, santé, politique, isolation sociale et éducation. Un hackathon? Un événement décentralisé 100% numérique de crowdsourcing dont le but consiste à mettre sur pied des projets pour résoudre une problématique donnée en un laps de temps très court. Un format unique, durant lequel les équipes de travail sont constituées organiquement en mixant des profils variés venant d’horizons différents. Et c’est précisément cet aspect que j’ai trouvé le plus constructif lors de ma participation à cet événement digital.

Cette prise en compte inclusive de profils divers, aussi bien en termes d’âge, d’expérience, de position, de background que de genre démontre selon moi que la collaboration numérique permet véritablement de se focaliser sur l’humain et ses atouts pluriels. Au-delà de la problématique actuelle liée au coronavirus, je suis convaincue que la culture hackathon mérite clairement une attention particulière de la part des acteurs économiques. En temps de crise, alors que l’esprit d’innovation doit permettre de concrétiser rapidement de nouveaux modèles, ce format de travail constitue un outil décisif, en particulier dans l’optique de repenser l’expérience client et d’accélérer la croissance économique. Car dans un monde socialement bouleversé, il est certain que les clients et utilisateurs ne vont plus consommer ni acheter de la même manière. Autre aspect des plus intéressants, la contrainte temporelle.

En tant que professeure d’innovation et stratégie au background scientifique, je vois les contraintes comme des accélérateurs. En mode contre-lamontre, une équipe qui parvient à bien gérer son temps ainsi qu’à organiser et segmenter son travail de manière claire et précise va voir sa productivité décuplée. J’ajouterais encore que l’esprit de challenge, voire de compétition saine, peut jouer un rôle clé en termes de motivation et de curiosité au sein d’une entreprise. Ponctuellement, un hackathon interne ne pourra que stimuler le moral des troupes tout en favorisant un précieux esprit d’innovation transdisciplinaire et transgénérationnel. Enfin, alors que la digitalisation occupe tous les débats, ce format de travail permet d’implémenter rapidement une culture professionnelle digitale de la meilleure manière possible: l’apprentissage par la pratique.