«Une union sacrée pour le rail se créera à Genève»

InterviewConseiller d’État chargé des Infrastructures, Serge Dal Busco fait le point à quelques jours du lancement du Léman Express et du tram transfrontalier.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est la dernière ligne droite pour le Léman Express, qui sera inauguré jeudi et mis en service le dimanche suivant. À huit jours du lancement, le conseiller d’État genevois chargé des Infrastructures fait le point. Entretien avec Serge Dal Busco.

Le Léman Express démarre dans huit jours. Est-on prêt?

On l’est. Le système sera fonctionnel en termes de sécurité, de parcours des voyageurs ou d’acquisition des billets. Mais certaines interfaces ne sont pas encore dans leur configuration finale, notamment parce qu’elles dépendent de plans de quartier. À Lancy-Pont-Rouge, la place où est prévue l’interface définitive des bus ne sera prête que dans près de deux ans. Aux Eaux-Vives, le secteur est du quartier et sa galerie commerciale doivent encore être bâtis.

La grève en France va-t-elle gâcher la fête?

Ce serait fort dommage, j’espère que non, mais nous nous trouvons là face à un risque sur lequel nous n’avons pas prise. Si cela devait arriver, les opposants au CEVA profiteraient de l’occasion pour critiquer le projet, faute d’avoir pu le faire sur des questions de budget ou de délais.

Le budget est-il tenu?

Normalement, on sera dans l’enveloppe, ce qui est remarquable pour un chantier de cette envergure, en tenant compte des aléas et des évolutions des normes en cours de route. Je rends hommage aux équipes et à mes prédécesseurs. Mais à l’usage, certains travaux complémentaires pourraient s’avérer nécessaires.

Couvrir le pont sur la Seymaz, par exemple?

En effet. Ce grand projet du CEVA visait à améliorer la qualité de vie. Or, dans ce secteur, elle sera objectivement dégradée. M’étant rendu sur place, j’ai constaté que le passage des trains cause de fortes nuisances. Dans un premier temps, on effectue des mesures de bruit. On examine en parallèle ce qui pourrait être entrepris pour corriger la situation dans les meilleurs délais.

Selon les projections, le Léman Express fait espérer une baisse du trafic de 12%. Une voiture sur huit, n’est-ce pas optimiste?

Non, ce devrait même être davantage, franchement. Au-delà du Léman Express et de ses mesures d’accompagnement (réorganisation des bus, facilitation de la mobilité douce), on incitera aussi ceux qui continuent de venir en voiture à le faire de façon plus rationnelle, avec le covoiturage. Cela démultipliera les effets.

Reste qu’une fluidité retrouvée sur les routes fera sortir de nouveaux automobilistes du garage...

Ça, c’est exclu! On connaît certes le phénomène, mais la fluidité routière qu’on récupérera doit bénéficier en premier lieu à ceux qui n’ont pas d’alternative. Je pense notamment au transport professionnel. Le gain de fluidité nous offre une marge de manœuvre qui nous aidera à concrétiser la LMCE (ndlr: la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée, un compromis voté par le peuple en juin 2016). Aujourd’hui, le système est si tendu que c’est impossible. Exemple: j’ai reçu il y a quelques jours un message se plaignant d’engorgements monstres près de l’OMC. La cause venait d’un mauvais réglage, à raison de quelques secondes, des nouveaux feux à la place du Port! Le «mou» dont nous allons bénéficier va nous permettre d’apporter des changements au système sans qu’il ne se bloque.

Mais ce mou ne durera pas, il se muera vite en appel d’air si vous ne faites rien.

En effet! Nous avons toutes les peines du monde à mener à bien des réalisations, même à l’essai. Nous avons voulu tester la mise à sens unique de la rue de la Croix-Rouge, mais un recours s’y est opposé. C’est d’autant plus regrettable que j’ai démontré par le passé que si un essai ne donne pas satisfaction, j’y mets fin.

D’autres entraves au trafic privé ont été annoncées à la rue du Rhône, à la route de Ferney, au boulevard du Pont-d’Arve. Hasard ou signal?

Prenons la rue du Rhône: la place Bel-Air est envahie de voitures provenant de cette rue, où le transit est interdit depuis maintenant vingt-cinq ans. C’est le chaos, les trams sont coincés. Je suis très sensible à l’accessibilité des commerces et elle reste possible. Mais je dis non aux 1500 à 2000 véhicules qui utilisent cette rue comme un raccourci. Ma mission, c’est d’améliorer la mobilité, faciliter la vie des personnes et entreprises qui doivent se déplacer, un objectif que je veux atteindre de la façon la plus efficace possible. Cela passe par les transports en commun, qui doivent être prioritaires là où le prévoit la LMCE, largement acceptée.

Mais elle peine à s’appliquer alors qu’elle est en force depuis trois ans et demi!

Je peux vous donner de multiples exemples d’améliorations. Nous avons lancé avec la Ville une task force pour établir des liaisons cyclables continues dans le centre. On a fortement réduit les engorgements de trams à la place des Vingt-Deux-Cantons. Idem à la rue du Stand, grâce à des interdictions de tourner établies à la rue du Tir. Mais chaque fois, cela suscite des résistances.

L’application de la LMCE dépend aussi de votre réforme de la compensation du stationnement. Ce sera un vote à risque, en mai. Que faire si vous le perdez?

Ce sera un vote important et nous allons le gagner. Au Grand Conseil, on a eu une large majorité et la quasi-totalité des organisations économiques est avec nous parce que nous avons démontré que cette réforme est nécessaire. Quand on veut donner la priorité aux transports en commun et à la mobilité douce dans les zones urbaines, comme le prescrit la loi, tout comme lorsqu’on tente de fluidifier les axes routiers qui doivent l’être au sens de cette même loi, on se heurte aux places de parc. Les conditions actuelles pour les supprimer sont trop rigides.

Les routes genevoises sont le théâtre de multiples incivilités. La police est-elle trop laxiste?

Je souhaiterais une présence en uniforme plus forte sur certains sites stratégiques. Le non-respect des règles de la circulation et des autres usagers est un des maux principaux dont souffre Genève. Je renvoie dos à dos tous les types d’usagers et je suis partisan d’une plus grande fermeté. Des automobilistes empruntent des axes interdits, les trottoirs sont envahis de trottinettes, des cyclistes roulent de nuit sans éclairage et brûlent des feux que les piétons sont une minorité à respecter...

Un mot pour les scooters?

Le procureur général a rappelé que leur parcage sur les trottoirs est illégal. J’ai constaté que le nombre de cases était insuffisant. On s’est engagé à en créer 2500, objectif qui est désormais atteint, en surface et en sous-sol. Au début de l’an prochain, on distribuera des flyers d’information et passé un certain délai, la Fondation des parkings verbalisera.

On va inaugurer le premier tram transfrontalier depuis soixante ans. Quid du suivant vers Saint-Julien? Lancera-t-on le chantier à temps cet hiver en dépit des oppositions?

Ce n’est malheureusement pas certain et j’en suis très contrarié. C’est ce printemps qu’on saura si on peut tenir ou pas les délais, à savoir arriver à la Ziplo en 2021 et à Saint-Julien en 2023. Par ailleurs, les études pour le tram Nations-Grand-Saconnex vont bon train, on espère ouvrir le chantier dès l’achèvement de la route des Nations, en 2022. Quant à l’extension vers Ferney-Voltaire, nous la proposerons dans le prochain projet d’agglomération.

Votre collègue Antonio Hodgers veut accélérer l’extension du réseau ferroviaire. Est-ce réaliste en sachant que Cornavin sature?

On va tout faire pour accélérer. Il faut d’abord passer par l’extension souterraine de la gare, qui s’achèvera en 2031. Il y a des idées farfelues de boucle qui essaient de semer le doute sur ce projet indispensable pour la poursuite du développement, mais j’en démontrerai la pertinence. Deux éléments permettront d’aller plus vite. D’abord, c’est le succès qu’on escompte du Léman Express. Je pense qu’il sera au rendez-vous, comme cela a été le cas avec le M2 lausannois, si bien qu’on sera obligé d’y répondre et Berne devra tenir compte de la forte demande. Ensuite, notre députation fédérale, comme d’autres ont si bien su le faire, devra utiliser tous les leviers pour promouvoir de façon unie nos requêtes. On a déjà décroché des fonds pour étudier notre projet de diamétrale ferroviaire. Le train était jusqu’ici presque inexistant dans les transports locaux à Genève. Quand chacun aura pu vérifier l’efficacité du Léman Express, cela créera une union sacrée pour le rail.

Créé: 07.12.2019, 09h06

Articles en relation

Ce que le CEVA change à Genève

Mobilité La construction des gares modifie fortement le paysage des zones impacts par le passage du CEVA. Zoom sur la métamorphose des Eaux-Vives, de Chêne-Bourg, de Lancy et d'Annemasse. Plus...

Les commerçants font irruption dans et autour des gares du futur Léman Express

Consommation Migros se taille la part du lion. La Coop est en embuscade. Tous rêvent de séduire cette clientèle urbaine. Plus...

Les Eaux-Vives ont hâte que les travaux soient terminés

Ces quartiers chamboulés par l’arrivée du Léman Express 1/4 Pour les habitants et les commerçants, la réjouissance principale de la prochaine mise en marche du CEVA est l’arrêt des nuisances causées par les chantiers. Plus...

Ils s’installent par milliers à l’est de Lancy

Ces villes chamboulées par l’arrivée du Léman Express 4/4 Le quartier d’affaires se garnit vite. En face, dix immeubles s’achèvent pour abriter bientôt 1100 habitants. Et ce n’est pas fini. Plus...

Avec le tram et le train, Annemasse fait coup double

Ces villes chamboulées par l’arrivée du Léman Express 3/4 Les nouvelles connexions s’accompagnent d’une frénésie bâtisseuse qui change la ville. Et devrait doper le commerce. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève se prépare à affronter le coronavirus
Plus...