Le tour de force de deux Genevois sur le Toit de l’Europe

ReportageAprès trois ans de chantier, le nouveau refuge du Goûter, lieu mythique situé sur la voie classique du Mont-Blanc, ouvre ses portes jeudi. Un exploit réalisé par Thomas Büchi et Hervé Dessimoz

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Vertigineux. Niché sur un rocher à 3837?mètres d’altitude, le nouveau refuge du Goûter donne des frissons depuis l’hélicoptère qui le survole. Ce bijou taillé sur mesure, aux exigences environnementales stratosphériques, réalisé dans des conditions extrêmes, est l’œuvre de deux Genevois passionnés de montagne, l’ingénieur bois Thomas Büchi et l’architecte Hervé Dessimoz, mandatés par le Club alpin français (CAF). Après trois ans de travaux, un parcours semé d’embûches, l’œuvre est achevée. Visite guidée avant l’ouverture aux alpinistes le 16 août.

«C’est l’aboutissement d’un savoir-faire développé avec Thomas depuis la création du Palais de l’équilibre, sourit Hervé Dessimoz sous un soleil radieux. Ici, il fallait concevoir un bâtiment de quatre étages comme un gigantesque mécano, qui résiste au vent pouvant atteindre 300?km/h, avec des contraintes environnementales fortes.» La forme ovoïde choisie n’a rien d’un caprice d’architecte. «Nous avons recherché une forme aérodynamique pour favoriser l’accumulation de neige sur un fondoir afin d’obtenir de l’eau.» Non potable, elle s’avère bien utile pour la vaisselle, la toilette et les WC, avant d’être traitée dans une station d’épuration sur place et rejetée dans la nature. C’est l’un des multiples éléments techniques à la pointe de l’innovation mis au service du plus haut refuge gardé de France.

«En construisant un bâtiment qui ne consomme aucune énergie fossile, nous avons ouvert la voie en portant le développement durable au sommet», appuie Thomas Büchi. Seule la cuisine fonctionne au gaz, faute de pouvoir utiliser des éoliennes à cette altitude. «Il y a soit trop de vent, soit pas assez», précise-t-il.

Chaussons aux pieds, comme c’est la règle dans les cabanes, nous accédons, au premier étage, à la salle à manger de 120?places offrant un panorama époustouflant depuis l’arête du Goûter jusqu’au dôme du même nom. Au loin, le Léman se dessine. Au 2e niveau, dans les dortoirs «Nid d’Aigle», «Conscrits» ou «Cosmiques», «nous avons placé des oreillettes en bois entre chaque lit, qui permettent de limiter les bruits de ronflements…, sourit Thomas Büchi. Tout a été conçu pour obtenir un confort maximal sans tomber dans le luxe.» Un détail qui a son importance. En course, l’essentiel est de pouvoir dormir. Une vraie chambre avec douche (rarissime dans une cabane) attend les deux gardiens, qui logent actuellement dans le faux plafond de la cuisine de l’ancien refuge, datant des années 1960. Son sort est scellé: il sera détruit l’an prochain. «Là-bas, c’est un cauchemar, raconte la guide valaisanne Marie Hiroz. C’est vétuste, mal pensé, sale, dans les WC extérieurs, c’est l’horreur.» Certains guides refusent même de s’y rendre et beaucoup d’alpinistes n’arrivent pas à y dormir, précise son collègue vaudois Jean-Marc Krattiger. «S’il y avait un incendie, ce serait un piège», affirme-t-il. Quelques pas plus loin, on entre dans le bâtiment de 100?places. C’est le contraste: il se montre peu pratique, vétuste, sombre. Assis à l’entrée des toilettes faute de place, deux Savoyards dévorent leurs sandwichs, l’odeur nauséabonde en prime. «On espérait être dans le nouveau, mais l’ouverture a été retardée. Cela a l’air bien.» Tous ne partagent pas cet avis. Comme Kévin, 29?ans, l’un des aides gardiens rencontré dans la cuisine: «L’esprit du refuge va disparaître au profit d’un hôtel de haute montagne. Et cela va inciter davantage de monde à venir ici, alors qu’on se bat contre la surfréquentation.» Une crainte infondée si l’on en croit Marie Hiroz. «C’est le refuge le mieux conçu des Alpes. La surfréquentation, c’est un autre problème auquel personne n’a de solution.»

Plus qu’un bâtiment, cette réalisation représente pour ses concepteurs une aventure humaine, technique, mais aussi politique. Au sein même du CAF, ce projet coûteux a eu du mal à passer. Il a failli être abandonné. Le maire de Saint-Gervais a rechigné à délivrer le droit de superficie, avant de se montrer enthousiaste. Le duo Büchi et Dessimoz n’a jamais renoncé, suivant l’exemple du géologue de Saussure, premier Suisse à gravir le Mont-Blanc, il y a deux cent vingt-cinq?ans.

(TDG)

Créé: 10.08.2012, 22h42

Après trois ans de chantier, le nouveau refuge du Goûter, lieu mythique situé sur la voie classique du Mont-Blanc, ouvre ses portes jeudi. Un exploit réalisé par Thomas Büchi et Hervé Dessimoz. Interview.

Approche en hélicoptère du nouveau refuge du Goûter dessiné et construit par les Genevois Hervé Dessimoz et Thomas Buchi. Le refuge high-tech à plus de 3800 mètres d'altitude, le plus élevé de France, accueillera ces prochains jours ses premiers alpinistes en chemin pour le Mont-Blanc

La structure du refuge est entièrement en bois. La cabane respecte les normes écologiques les plus sévères. Une première: le refuge abrite une station d'épuration et se trouve équipé d'un ingénieux système pour créer de l'eau.

Le guide de Verbier explique pourquoi une nouvelle cabane sur la voie du Mont-Blanc était devenue nécessaire.

La gardienne temporaire de la cabane se réjouit du côté fonctionnel du refuge et des conditions de séjour confortables avec une vue à couper le souffle.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Donald à l'ONU
Plus...