Swisscom déploie la 5G et crée la polémique

GenèveL'opérateur lance son réseau 5G à Genève. Antonio Hodgers avait pourtant assuré que le Canton n'allait «pas se précipiter» sur cette technologie controversée

20 antennes 5G quadrillent le canton, comme ici à Chêne-Bougeries. Source: Ofcom

20 antennes 5G quadrillent le canton, comme ici à Chêne-Bougeries. Source: Ofcom Image: Keystone

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Swisscom prend tout le monde de court. Alors qu’un débat national est engagé sur l’utilité et les impacts sur la santé de la 5G, que les Cantons de Genève et Vaud ont voté un moratoire sur la technologie, que des collectifs anti-5G se sont formés, l’opérateur a lancé aujourd’hui en grande pompe son réseau 5G national, le premier à couvrir les grandes villes, y compris la Cité de Calvin. Sunrise avait lancé en mars la technologie dans des petites villes et localités.

Cafouillage politique

L’annonce de Swisscom surprend particulièrement à Genève: la semaine dernière, le président du Conseil d’État Antonio Hodgers avait en effet laissé comprendre que la technologie ne débarquerait pas de sitôt dans le canton. Alors qu’il incitait le Grand Conseil à renvoyer en commission le moratoire sur la 5G (qui a finalement été adopté par 58 voix contre 28), il avait tenu à rassurer les élus sur l’avancement de l’implantation de la technologie: «Quoi qu’il en soit, nous n’allons pas nous précipiter pour installer ces antennes. C’est un processus qui demande d’abord des enquêtes publiques, tout cela doit faire l’objet d’une pesée des intérêts, notamment pour la santé, l’aménagement ou le patrimoine. Nous n’allons en tout cas pas nous presser, c’est certain. Je n’ai pas encore de demande sur mon bureau pour une antenne 5G, pour être très clair. Quand il y en aura, nous les traiterons avec toute l’attention voulue.»

Dans les faits, il y avait peu de chances que l’élu reçoive une telle requête. En effet, le Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (SABRA), organisme en charge de valider les demandes d’installations d’antennes, n’est pas en mesure de savoir si les dossiers qui lui sont soumis concernent la 5G. «Le SABRA analyse les demandes des opérateurs au vu des paramètres des antennes qu’ils veulent installer, notamment leur fréquence, leur puissance ou leur localisation. Mais nous n’avons pas de moyen de savoir à quelle technologie elles seront dédiées, si c’est pour de la 3, 4 ou 5G», explique Philippe Royer, directeur du SABRA. Aucun dossier «pour une antenne 5G» n’aurait donc pu atterrir sur le bureau de l’élu.

Normes respectées

Que s’est-il passé? Interrogé lors du point presse du Conseil d’État, Antonio Hodgers explique que ses propos de la semaine dernière portaient sur les «ondes millimétriques», que la 5G peut potentiellement utiliser, mais qui sont effectivement proscrites pour l’instant par l’ordonnance fédérale sur la protection contre le rayonnement non ionisant. La 5G en vigueur ne présente donc pas de risques plus élevés que la 4G et n’a pas fait l’objet de décision. «Il n’y a pas eu de choix politique ou administratif concernant la 5G», résume le chef du Département du territoire. Reste le malentendu: la majorité des élus ont compris que ses propos rassurants d’il y a une semaine concernaient la technologie 5G en général. Quant aux risques engendrés par ces fréquences légales, «c’est à Berne de régler la question», souligne le magistrat.

Actuellement, vingt antennes 5G sont recensées par l’Office fédéral de la communication (voir ci-contre). Parmi elles se trouvent des antennes 4G modifiées et de nouvelles antennes spécifiques. Pour le moment, aucun appareil compatible n’est disponible sur le marché. Sans matériel connecté, les antennes émettent à très basse puissance. Mais Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom, assure que le premier portable 5G, de la marque chinoise Oppo, arrivera au début de mai.

Swisscom critiqué

L’empressement de l’opérateur à lancer la technologie fait réagir. «C’est du foutage de gueule, lâche le médecin et député Bertrand Buchs. Tous les partis sont préoccupés par la question, et cette entreprise appartenant à la Confédération n’en tient pas compte.» Du côté de la Coordination genevoise du moratoire de la 5G, on se dit «surpris: on pensait que le Conseil d’État respecterait le moratoire voté la semaine dernière».


Berne adapte les normes légales pour le développement de la 5G

Hasard du calendrier ou opération concertée? Hier, alors que Swisscom lançait son réseau de 5G (lire ci-dessus) l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) annonçait avoir adapté la législation pour permettre le déploiement de cette nouvelle technologie. L’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI) ne prévoyait pas de valeur limite pour les antennes de téléphonie mobile utilisant la fréquence de 1400 mégahertz, l’une des trois qui ont été attribuées en février à la 5G. C’est désormais chose faite. Ces normes, définies en volts par mètre, visent à protéger la population contre les effets thermiques qui causent le réchauffement des tissus corporels, voire d’autres effets.

L’OFEV explique sur son site que des valeurs limites nettement plus sévères que dans la plupart des pays européens ont même été fixées pour les lieux sensibles tels que les logements, les écoles, les jardins d’enfants, les hôpitaux ou les postes de travail permanents. En revanche, les antennes utilisées de manière intermittente, par exemple pour l’hébergement de troupes militaires ou pour des festivals, ne sont pas soumises à ces normes.

Les trois fréquences attribuées à la 5G (700 MHz, 1400 MHz et 3500 MHz) sont en fait déjà utilisées pour la diffusion de programmes télévisés par voie hertzienne terrestre, les microphones et caméras sans fil, la radio numérique DAB ou encore les transmissions par satellite. Autrement dit, et comme le soulignait Antonio Hodgers devant le Grand Conseil, il n’y a là rien de très nouveau. Reste que la 5G est présentée comme une révolution, parce qu’elle offre un débit de données cent fois supérieur à celui de la 4G et que le nombre de terminaux qu’il est possible de connecter en même temps est multiplié par cent, pour atteindre un million d’objets connectés au kilomètre carré. Donc, si les ondes resteront les mêmes qu'actuellement, il y en aura potentiellement cent fois plus qui circuleront dans les airs.

En septembre, un groupe de travail a été constitué par la Confédération pour analyser les besoins de la téléphonie mobile et les risques en matière de rayonnement, notamment en lien avec la 5G. Il doit rendre son rapport d’ici à l’été. L’OFEV précise que l’introduction rapide de cette technologie répond à la stratégie «Suisse numérique» du Conseil fédéral. (TDG)

Créé: 17.04.2019, 18h44

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