Le secteur international, vivier des emplois locaux

Genève 500 000 habitants 2/6Le canton doit-il attirer de nouvelles multinationales? Un débat crucial pour une région qui vit de ses échanges avec l’étranger.

Cinq des quelque 80 professionnels travaillant au WBCSD, dans le quartier des Nations: la Malaisienne Kitrhona Cerri, la Genevoise Suzanne Feinmann, l’Espagnole Maria Mendiluce, le Tessinois Luca De Giovanetti et l’Américain Brendan Edgerton.

Cinq des quelque 80 professionnels travaillant au WBCSD, dans le quartier des Nations: la Malaisienne Kitrhona Cerri, la Genevoise Suzanne Feinmann, l’Espagnole Maria Mendiluce, le Tessinois Luca De Giovanetti et l’Américain Brendan Edgerton. Image: L. GUIRAUD

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Un emploi sur trois à Genève est assuré par une entreprise multinationale. Et le secteur international occupe près de 30 000 personnes. Autour de ces organisations gravitent aussi des ONG, parfois méconnues. Niché dans la Maison de la paix, le WBCSD (lire notre encadré) est représentatif de ces institutions qui font la Genève internationale. Vingt nationalités différentes y travaillent.

Maria Mendiluce y est arrivée il y a dix ans. Loin de sa Pampelune natale, elle se sent bien à Genève «malgré la cherté du franc». Après des études en psychologie et un emploi dans un cabinet de conseil à Londres, Kitrhona Cerri rejoint le WBCSD en 2012. Cette Malaisienne se plaît aux Eaux-Vives, même si elle regrette parfois le manque de contact entre «expatriés» et population locale. Résidant aux Pâquis, Brendan Edgerton, natif de Los Angeles, est du même avis. Mais tous louent les bonnes connexions aériennes entre Genève et l’étranger.

Ces jeunes professionnels, qui font aussi la Genève de 2018, vont-ils rester? Partir pour être remplacés par d’autres? Un départ s’explique souvent par des raisons privées: le mal du pays, le manque du reste de la famille…

Négoce, banque, horlogerie

Commencée timidement dans les années 50, l’installation des entreprises, en particulier dans la branche du commerce de gros et du négoce, est apparue véritablement dans le radar des statistiques genevoises il y a près de trente ans, avec la chute du mur de Berlin et le développement rapide de la globalisation des marchés. Mise sous pression par la fin programmée du secret bancaire, la place financière doit se réinventer. Quant à l’horlogerie, sa renaissance semble très solide.

Ces trois branches concentrent 60% de l’impôt sur les entreprises, qui en 2014 (dernière année disponible) pesait plus de 1,8 milliard de francs (avec la part de l’impôt fédéral direct revenant à Genève): l’horlogerie, la banque et la finance, et, enfin, le négoce et le commerce de gros (lire notre graphique). Bref: sans elles, Genève ne serait qu’une grosse bourgade provinciale.

De gauche à droite, la Malaisienne Kitrhona Cerri, l’Espagnole Maria Mendiluce, la Genevoise Suzanne Feinmann, le Tessinois Luca De Giovanetti et l’Américain Brendan Edgerton.

Mais faut-il attirer de nouvelles sociétés étrangères? Pour Giovanni Ferro Luzzi, professeur d’économie à l’Université et à la Haute École de gestion de Genève, «le négoce pose des problèmes à certaines personnes, qui estiment qu’en attirant ces sociétés, le Canton n’est pas suffisamment regardant sur l’activité de certaines d’entre elles dans les pays du tiers-monde. Or la responsabilité sociale des entreprises fait partie de la croissance dite durable. D’un autre côté, ces sociétés de trading amènent beaucoup de rentrées fiscales et permettent donc au Canton de financer son train de vie.» L’avis d’Alessandro Pelizzari, secrétaire régional du syndicat Unia, est plus tranché: «Nous ne sommes pas favorables à la création d’emplois alimentant la spéculation et la profitabilité à tout prix.» Et le négoce des matières premières en fait clairement partie aux yeux du syndicaliste.

Blaise Matthey, secrétaire général de la FER (Fédération des entreprises romandes), se déclare, pour sa part, partisan de la liberté d’entreprendre. Il aurait horreur que l’État, par exemple, s’occupe de choisir quel type de société doit être accueilli et quel autre repoussé: «Je ne crois pas que les fonctionnaires de l’État aient des compétences particulières pour définir l’avenir des entreprises privées.» Pour Blaise Matthey, il est important de maintenir de bonnes conditions-cadres, et cela passe par une fiscalité attractive pour les entreprises, au minimum compétitive par rapport à celle du voisin vaudois.

S’attaquer au chômage

«Genève vit dans une telle insécurité juridique et fiscale que cette question ne se pose déjà plus. Nous avons fini de les attirer!» lâche-t-il. Et le patron des patrons genevois d’ajouter: «Je peux quasi faire le pari que le nombre d’emplois dans les sociétés étrangères est en train de diminuer.»

Alessandro Pelizzari détecte de son côté une pénurie d’emplois dans deux domaines: «D’abord, celui de l’artisanat et de l’industrie. Nous n’avons aucune politique industrielle à Genève! Notre syndicat défend par exemple la promotion de l’économie dite verte, le recyclage, etc. Ensuite, nous manquons d’emplois socialement utiles, par exemple dans le soutien aux personnes âgées.»

«Attirer tel ou tel type d’emploi équivaut à certains choix de société, détaille Giovanni Ferro Luzzi. Au-delà des aspects éthiques, Genève doit développer une politique de reconversion professionnelle des personnes qui se retrouvent au chômage. Et cela indépendamment des branches économiques, car le déficit de formation et de compétences se retrouve au sein de nombreux secteurs soumis à des changements technologiques majeurs.» Le débat, sensible, sur le genre d’emplois souhaitables, et donc sur le visage économique du canton, n’est pas près de s’achever. (TDG)

Créé: 01.08.2018, 15h45

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Galaxie des ONG

Fondé à Genève en 1995 par l’industriel suisse Stephan Schmidheiny, le WBCSD (World Business Council on Sustainable Development) conseille les entreprises, et en particulier ses 200 multinationales partenaires, sur les nécessités du développement durable. Ses 100 collaborateurs (dont quelque 80 basés à Genève) sensibilisent et coachent les cadres et dirigeants de ces compagnies. Le WBCSD dispose d’un budget de 25 millions de francs. Comme plus de 40 autres ONG, il est accrédité avec
un statut consultatif auprès de l’Ecosoc (conseil économique et social) de l’ONU. R.R.

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