Les riverains du pont Butin freinent le trafic

CirculationPremière à Genève: un test à 50 km/h sera réalisé sur un grand axe pour lutter contre le bruit. Une victoire des habitants.

Daniel Dind et ses voisins ont réussi à faire baisser la vitesse à 50 km/h sur le tronçon reliant le pont Butin à l’avenue Louis-Casaï.

Daniel Dind et ses voisins ont réussi à faire baisser la vitesse à 50 km/h sur le tronçon reliant le pont Butin à l’avenue Louis-Casaï. Image: Christian Bernet

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«C’est une sacrée victoire pour nous, les habitants.» Daniel Dind ne cache pas sa satisfaction. Avec ses voisins, il a réussi ce qui a longtemps semblé impossible: faire baisser la vitesse à 50 km/h sur un axe à grand trafic. Pour l’heure, il ne s’agit que d’une victoire d’étape, puisque la mesure ne durera que le temps d’un test, sur le tronçon reliant le pont Butin à l’avenue Louis-Casaï. Mais c’est une première à Genève et elle va faire des petits.

La coopérative d’habitation Les Falaises dispose de deux petits immeubles à la sortie du pont Butin, rive droite. L’un d’eux borde la chaussée de quelques mètres et voit défiler plus de 50 000 voitures par jour. «Lors de la construction de ces bâtiments en 1949, cet axe n’était qu’une route de campagne peu fréquentée», rappelle Daniel Dind. Aujourd’hui, les valeurs d’alarme y sont régulièrement dépassées.

Condamnés au bruit

Les habitants de la coopérative se sont toujours battus contre le bruit, sans grand succès, malgré la fibre militante de Daniel Dind, un ancien syndicaliste à la retraite. «Un jour, je lis dans la Feuille d’avis officielle que, dans notre secteur, l’État a pris des autorisations allègements. Je me dis: chouette, ils vont alléger le bruit.»

Erreur. Ce terme juridique indique le contraire. Il signifie que l’État, en l’occurrence le Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA), se permet de déroger à la loi car les mesures qu’il compte prendre, comme la pose de phonoabsorbant, ne suffisent pas à respecter les valeurs limites de bruit.

Ce qu’il allège, ce sont ses obligations légales. Il condamne ainsi les habitants à vivre avec des niveaux sonores trop élevés. Cela concerne près de 3000 personnes sur le tronçon qui s’étire du pont Butin à l’avenue Louis-Casaï, au niveau de Balexert.

La coopérative des Falaises recourt contre cette décision. Elle est d’autant plus motivée à le faire que l’État prévoit de construire de nouveaux immeubles sur ses terrains. «Nous adhérons à ce projet, raconte le syndicaliste. Mais on nous a dit que les surcoûts des futurs logements liés au bruit seront à la charge du propriétaire, c’est-à-dire nous, les coopérateurs. C’est fort de café.»

Réduire la vitesse

Devant la justice, les riverains réclament la pose d’un mur antibruit. Ce qui leur est refusé en raison de son coût trop élevé par rapport aux gains qu’il apporte. En revanche, le Tribunal administratif préconise une mesure: s’attaquer au bruit à la source, en réduisant la vitesse.

Les juges relèvent que le DETA n’a pas du tout étudié cette mesure. Il s’est contenté d’affirmer qu’il «n’est pas favorable à une baisse de la vitesse sur les réseaux primaires». Il a même admis, soulignent les juges, que les véhicules roulent souvent 10 km/h au-dessus de la vitesse maximale, «sans vouloir y remédier».

Or, le tribunal rappelle que les mesures d’allégements sont l’ultima ratio, la mesure extrême que l’on prend après que toutes les alternatives ont été étudiées et écartées. Il rappelle d’ailleurs que le Tribunal fédéral a relevé cet aspect dans une jurisprudence récente (lire ci-dessous). Bref, la justice enjoint le DETA d’étudier une baisse de la vitesse.

Test dès l’été

L’État n’a pas recouru contre cette décision. Il a annulé les mesures allègements sur tout le secteur concerné et va donc tester les effets d’une diminution de la vitesse maximale à 50 km/h. «Ce test débutera au deuxième semestre 2018, annonce Christian Gorce, directeur des Ponts et chaussées au DETA. Pour le préparer, un groupe de travail va réunir les services de l’environnement, du génie civil et des transports ainsi que la police. Nous intégrerons aussi les habitants dans la réflexion.» Il faudra notamment trouver le moyen de faire respecter la vitesse.

Ce test, qui devrait durer plusieurs mois, doit permettre d’évaluer l’efficacité acoustique d’un maximum à 50 km/h, mais aussi d’analyser son impact sur le trafic et la sécurité. «À la suite d’une évaluation complète, la décision sera prise en faisant une pesée des intérêts en présence», explique Christian Gorce. En clair, la limite de 50 km/h pourrait être maintenue si son impact sur le trafic ou la sécurité n’est pas jugé disproportionné. (TDG)

Créé: 02.01.2018, 17h53

30 km/h sur le boulevard du Pont-d’Arve

Le ralentissement du trafic sur le pont Butin n’est pas le seul test prévu à Genève. En ville, des propriétaires ont obtenu de réaliser un essai sur les boulevards du Pont-d’Arve et de la Tour. Cette fois, à 30 km/h. Là aussi, l’État a perdu en justice, comme nous l’indiquions dans nos éditions du 30 novembre. La Cour de justice s’est basée sur un arrêt du Tribunal fédéral de février 2016 qui jugeait une affaire dans le canton de Zoug.

Selon les juges de Mon-Repos, les autorités ne peuvent plus écarter d’emblée une limitation de la vitesse sur des routes très fréquentées. La mesure d’allègement, qui condamne les riverains à vivre dans un bruit portant atteinte à leur santé, doit demeurer l’ultima ratio, que l’on prend quand toutes les autres actions possibles et raisonnables ont été épuisées. Au boulevard du Pont-d’Arve, l’État (en l’occurrence le Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture) a décidé de ne pas recourir contre l’arrêt de la Cour de justice et d’annuler les mesures allègements. Il revient désormais à la Ville de Genève, propriétaire de la route, de proposer un assainissement qui comprenne un test à 30 km/h.

Il s’agit d’une simple limitation, sans aménagement tel que pour les zones 30. Son impact sur le bruit et sur le trafic sera analysé et une décision sera prise sur la base d’une pesée des intérêts. La Ville risque fort de faire la même demande pour d’autres rues à assainir. Des tests similaires ont été effectués en Suisse alémanique sous l’égide du Département fédéral de l’environnement. Ils indiquent que le bruit peut être réduit de moitié. En 2017, la Ville de Zurich a introduit une limite à 30 km/h sur 27 tronçons de routes cantonales. Ils font l’objet de recours.

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