Reportage dans les abysses de Champel

Chantier souterrain Un tunnel piéton donnera accès à la gare. Son tracé utilise une ancienne cave à fromage.

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Ce qui fut une cave à fromage va devenir sous peu le portail d’accès à une gare. Ce destin peu banal est en train de se tramer aux abords de l’Hôpital cantonal. Mené par l’Etat, le chantier du tunnel piéton qui reliera la future gare de Champel au bas de l’avenue de Beau-Séjour va entrer ces prochains jours dans une phase cruciale.

Quelle est l’idée? C’est sur le plateau de Champel que se situera l’accès principal de la station ferroviaire qui s’y construit en sous-sol. Mais, en songeant notamment aux personnes à mobilité réduite, les autorités ont jugé peu opportun que les passagers voulant rejoindre l’Hôpital doivent remonter sur le plateau pour ensuite dévaler la colline via la rue Michel-Servet, qui ressemble davantage à un toboggan qu’à une promenade. D’où l’idée d’une liaison piétonne souterraine. Elle reliera la mezzanine surplombant les voies ferrées au quartier de la Roseraie, en bordure du complexe hospitalier.

Un vieux tunnel recyclé

Quelle chance! Une galerie souterraine existe déjà à cet endroit et sera réutilisée. Une ancienne cave à fromage! Partant de Beau-Séjour et pointant dans la bonne direction, ce tunnel est un cul-de-sac d’une cinquantaine de mètres. Il en manque 170 pour arriver au but. La construction historique est en bon état. «Aucun renfort ne sera nécessaire et c’est là tout l’intérêt: on récupère la structure», explique Frédéric Paratte, chef de projet à la direction cantonale du génie civil. Le vieux boyau gardera son allure d’antan. Il n’aura besoin que d’une cure de jouvence: nettoyage, traitement contre les mousses et les graffitis…

Au bas de l’avenue de Beau-Séjour, l’ancienne galerie semble surgir des entrailles de la colline. Ses abords ont été élagués et couverts de béton afin de maintenir en place le terrain durant les travaux. Mais le tout sera reverdi au bout du compte, avec des plantations. Le vieux tunnel a été abrégé de quelques mètres afin d’offrir aux futurs passants un parvis spacieux à l’entrée du boyau. Il offre un parcours rectiligne d’une cinquantaine de mètres sous la colline, sous une voûte en pierre de taille.

Avalanche de sable

Tout au fond, les bâtisseurs ont entrepris de le prolonger, avec une technique semblable à celle utilisée dans le tunnel voisin du CEVA, celle de la voûte parapluie. La géologie du lieu est sensible: c’est du terrain meuble, des restes de moraines et d’alluvions. On commence par y forer des tubes métalliques où du ciment est injecté pour créer la voûte. Une fois celle-ci achevée, c’est à son abri qu’on peut alors excaver. En novembre, la première étape de cette opération a été interrompue. Une poche dans le terrain a déversé une quarantaine de mètres cubes de sable sur le chantier. «Mais il n’y a eu ni blessé ni impact sur le bâti environnant», relève Frédéric Paratte.

L’excavation reprendra en février. D’ici là, un travail de consolidation aura été mené depuis la surface, près du chemin Thury. On recourra à une méthode nommée jet-grouting: elle consiste à stabiliser le terrain en le mélangeant avec du ciment pour former une voûte.

Entamés l’an dernier, les travaux ont permis de réaliser, environ à mi-parcours du futur accès piéton, un puits vertical émergeant à côté de la Haute Ecole de santé. De cette structure, un véritable gouffre aujourd’hui, ne restera visible qu’une sortie de secours. Le puits abritera aussi des locaux techniques (éclairage, ventilation, etc.) dont la construction a commencé. Le labeur de creuse reliera d’abord le tunnel historique à ce puits avant de poursuivre vers la gare. L’idée de base était d’utiliser le puits pour ouvrir deux fronts d’attaque, mais on a fini par choisir une méthode qui réduira les nuisances pour les voisins.

Sur des tapis roulants

En pente douce, le tunnel contemporain, plus long et plus large que l’ancien, offrira à l’usager des tapis roulants. Il y aura aussi de l’espace pour marcher. Si le retard pris cet hiver est rattrapé, tout sera fini à la fin de 2018, un an avant la mise en service du CEVA. Le chantier est devisé à quelque 15 millions de francs à la charge de l’Etat qui peut toutefois compter sur une aide fédérale de 4,9 millions, le tout hors taxe et renchérissement.

Gros générateur de déplacements, l’Hôpital a devancé l’ouverture de la gare en ouvrant, en juin 2015, un nouvel accès public à son bâtiment au 28, rue Lombard. Quant au chantier CEVA, il a pris en compte les travaux menés par l’Etat en consentant l’an dernier à des dépenses supplémentaires afin que des ascenseurs facilitent le passage entre les quais ferroviaires et le tunnel piéton.

(TDG)

Créé: 26.01.2017, 11h11

Un si mystérieux tunnel

Qui donc a bâti cet étrange tunnel? Et quand? Bien qu’imposant, l’ouvrage utilitaire n’a pas laissé de traces chez les historiens. A une époque, il a vraiment eu une vocation fromagère. Cadre retraité des Laiteries réunies, Armand Schweingruber le confirme: «Nous avions eu deux caves où nous stockions et affinions des meules de gruyère, importées de Suisse romande, narre-t-il. Celle de Champel avait été récemment abandonnée quand j’ai débuté dans l’entreprise en 1958. Celle des Moraines, à Carouge, a été désaffectée dans les années 1960.» Le tunnel de Champel aurait ensuite servi de dépôt de pièces d’automobile, selon un employé des HUG dont les souvenirs nous ont été transmis par l’institution. L’Hôpital cantonal a ensuite loué le lieu pour que ses jardiniers y rangent «des machines, des substrats, du sel de déneigement, ainsi que du matériel de jardinage».

Mais quid de la date de construction et de la vocation initiale du tunnel? Glacière? Champignonnière? Cave à bière ou fromage? A notre demande, les services du géomètre cantonal ont retrouvé un plan daté du 25 janvier 1908 où figure le tunnel, qualifié de cave et flanqué d’autres bâtiments, le tout appartenant à Jean Billon-Haller. Concepteur de boîtes à musique dont la fabrique, héritée de son père, brûla à deux reprises, il se recycla, quand son industrie tomba en désuétude, dans l’invention de lits pour malades et opérés, apprend-on des écrits d’un contemporain, Jean-Elie David. Une jolie piste, non?
Au vu de l’état du terrain, les responsables du chantier actuel supposent que le boyau n’a pas été foré, mais créé de la surface: une tranchée creusée, bâtie et remblayée. Le tunnel serait sans lien avec la station hydrothérapique qui a éclos dans le quartier dès 1873, selon David Ripoll, historien qui a ausculté le bâti de l’époque.

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