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Projet Maghreb: prime au crime ou mesure efficace?

Offrir 4000?francs aux délinquants originaires d’Afrique du Nord afin qu’ils rentrent au pays: l’idée de la conseillère d’Etat Isabel Rochat a provoqué des remous dans toute la Suisse. Yves Nidegger (UDC) et Pierre Weiss (PLR) en ont débattu au Café des Savoises

De gauche à droite: Pierre Weiss, Irène Languin et Yves Nidegger au Café des Savoises.
De gauche à droite: Pierre Weiss, Irène Languin et Yves Nidegger au Café des Savoises.
Pascal Frautschi

Quels sont les détails de ce projet Maghreb et pour qui est-il conçu ?

Pierre Weiss (PW): C’est un projet PPE: pragmatique, provisoire et économique. Il concerne 300 à 400?personnes qui pourrissent la vie aux Genevois. On ne sait pas d’où ils sont originaires précisément, mais globalement, ils viennent du grand Maghreb – Tunisie, Maroc et Algérie essentiellement. Ces gens sont responsables de 40% des délits de type vol de voiture ou rapine, pour lesquels ils sont condamnés à des peines de prison allant de 10?jours à 6?mois. Ce plan est davantage un plan bâton qu’un plan carotte. On leur donne deux options: retourner dans la rue et risquer une autre incarcération ou rentrer au pays avec un viatique de 1000 francs remis dans l’avion, plus 3000?francs alloués à une ONG pour un projet de réinsertion professionnelle sur place. Et une fois réinsérés, il y a peu de probabilité qu’ils reviennent. On peut se dire que ce n’est pas moral de donner de l’argent à des délinquants. Effectivement. Mais est-il plus éthique de les rendre au trottoir pour faire courir le risque aux Genevois de se faire détrousser? Entre deux maux, je choisis le moindre. Je préfère donner de l'argent à un délinquant pour qu'il parte plutôt qu'il reste et qu'il me vole.

Yves Nidegger (YN): Ce plan ne marche évidemment pas. Cela fait dix mois qu’il est en cours et dix personnes en auraient bénéficié. Il faudrait donc 400?mois pour arriver au bout du stock qui serait renouvelé immédiatement par appel d’air. Bien sûr, il y a toute une série de paramètres très défavorables à la sécurité à Genève qui ne sont pas de la faute de Mme Rochat. Les frontières terrestres ne sont plus protégées depuis 2008, le Code pénal suisse est attractif pour les criminels du monde entier, et certains Etats ne collaborent pas pour reprendre leurs ressortissants. Mais dans cette situation où les gens, en mentant sur leur identité, parviennent à rendre très difficile leur expulsion, doit-on, comme à Genève, les remettre dans la rue ou doit-on, comme à Zurich, les embastiller en détention administrative et les expulser? A Zurich, on renvoie le 80% des gens qui sont sous le coup d’une mesure d’éloignement, alors qu’à Genève, on renvoie le 100% à la rue. Si notre canton avait construit une prison administrative qui a pour objet, durant 18?mois, de faire revenir la mémoire aux criminels qui ne savent plus de quel bled ils sont originaires, Mme Rochat n'aurait pas besoin de leur donner des sous pour qu’ils nous disent qui ils sont. C’est totalement absurde.

PW: Combien de départs volontaires à Zurich? Un! A Genève, dix. Offrez-vous une autre solution? Le projet a été mis sur pied au mois d’août et est en application depuis le début 2012. Une dizaine de personnes est déjà partie et une centaine d’autres s’est montrée intéressée. Cet automne, un crédit doit être voté au Grand Conseil pour une trentaine de places de détention administrative supplémentaires. A Zurich, ce n’est pas la même population: la majorité des personnes posant problème est issue de pays de l’ex-Yougoslavie, avec lesquels il existe des accords de réadmission. Et j’ajoute que le projet Maghreb est assorti de la mise sur pied d’une brigade anticriminalité de 18?personnes, une brigade Maghreb pour ainsi dire. Combien les autres cantons, à population comparable, parviennent-ils à renvoyer de délinquants du même type dans leur pays d’origine?

Qu'espérez-vous comme résultat ?

PW: Que ces?personnes partent de Genève à raison d’une centaine par année dans les quatre ans à venir. Certains objectent que d’autres les remplaceront. Si tel était le cas, ce ne serait pas pour bénéficier d’une aide de 1000 francs mais pour des activités de délinquance qui leur rapportent bien plus. Et ils sauront vite qu’il existe ce plan pour les renvoyer chez eux sans qu’ils perdent la face. Et si l’on constate que ce plan n’est pas efficace après évaluation, on passera à autre chose.

YN: M. Weiss affirme qu’ils ne reviendraient pas pour la prime mais pour le crime: tout est dit sur l’inefficacité du plan! En arrachant quelques sacs à main quotidiens, les délinquants atteignent aisément ces 1000?francs en une journée: Mme Rochat ne peut pas rivaliser.

Un atout de ce projet serait d’identifier ces délinquants. Y croyez-vous ?

PW: Oui, cela les incite à dire de quel pays ils sont originaires.

YN: Evidemment, l’identification est primordiale, mais ça me paraît cher payé. Une fois que les gens sont identifiés, vous pouvez les intégrer au Système d'information Schengen avec leur vrai nom, leur origine et leurs empreintes palmaires et digitales. Ce serait très efficace s’ils décidaient de revenir après avoir demandé un visa et décliné leur identité. Or ces gens reviennent par la mer, sans passer par un poste de douane. C’est donc faire preuve d’un angélisme aberrant que d’imaginer que l’identification à ce prix-là résoudra le problème.

Genève manque-t-il de volonté politique pour emprisonner et renvoyer ?

PW: Bien sûr, il faut renvoyer ces personnes délinquantes et ne faire preuve d’aucun sentimentalisme. D’ailleurs avec ce projet Maghreb, il ne s’agit pas d’être des Bisounours mais d’appliquer la loi et de trouver un moyen de renvoyer ces indésirables dans leur pays. Et comme les possibilités fédérales manquent, il faut bien agir. Lorsque Berne aura conclu des accords avec les pays concernés, la mesure n’aura plus de raison d’être.

YN: Ces accords n’aident qu’à faciliter les procédures. Encore faut-il identifier les personnes! Si on dit à un juge qu’on ne sait pas d’où vient un criminel, il ne l’emprisonnera pas. Par ailleurs, les élites genevoises ont horreur de la répression et ont laissé pourrir la situation. On a nié l’insécurité jusqu’à ce qu’on change de technique de communication: oui, on reconnaît la pointe de l’iceberg avec ces 400?personnes très visibles. Mais on réduit le problème à ça alors que bien plus de délinquants doivent être exclus du territoire.

Le plan Maghreb est-il intéressant du point de vue de son coût ?

PW: Les départs forcés par vol accompagné peuvent coûter jusqu’à 100?000?francs. Par rapport aux 4000 du plan Maghreb, le calcul est vite fait. Sans parler des frais de détention, qui s’élèvent à 450?francs par jour. Faites le compte !

YN: C’est un des mensonges que je vous pardonne le moins: dire que la prime au départ coûte moins cher qu’une détention administrative, alors même que vous affirmez que cette détention est impossible pour les gens à qui s’adresse ce viatique, car ils viennent de pays vers lesquels il est impossible de les renvoyer. Vous comparez ce qui est incomparable.

Si la méthode inspire le Conseil fédéral, c’est qu’elle n’est pas si mauvaise, non?

YN: Que la Berne fédérale se laisse de temps en temps séduire par une mauvaise idée, ça arrive. Elle a effectivement décidé mercredi d’augmenter les indemnités en cas de départ volontaire de requérants d’asile déboutés. Si tous les Maghrébins avaient disparu des Pâquis, je dirai à Mme Rochat que ses méthodes sont très peu orthodoxes sur le plan des principes mais qu’elle aurait réussi là ou d’autres ont échoué. Or je constate que ce n’est pas le cas.

PW: L'argent a toujours un rôle incitatif, qui peut être plus ou moins grand. Genève l'a compris pour des délinquants, Berne propose d'y recourir pour des requérants d'asile. Les deux populations n'ont rien à voir l'une avec l'autre, mais pour différentes raisons, quand le séjour est indésirable pour l'une ou impossible pour l'autre, il faut aider au départ pour éviter des problèmes tant aux habitants de ce pays qu'aux personnes appâtées par le viatique.

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