Le prix du masque flambe en pharmacie

CoronavirusUn élu a mené l’enquête en ville. Boris Calame a acquis une pièce à 50 fr. Les autorités pourraient sévir.

Le député suppléant Boris Calame a acheté un masque à 50 fr. dans une pharmacie des Pâquis.

Le député suppléant Boris Calame a acheté un masque à 50 fr. dans une pharmacie des Pâquis. Image: Keystone

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«Un tel abus de faiblesse, c’est dégueulasse.» Boris Calame ne décolère pas après la tournée des pharmacies qu’il a effectuée mardi après-midi au centre-ville, en chemin entre son domicile et son travail, avec quelques détours, admet-il, motivé par l’intérêt public de la question.

Le député suppléant dit avoir reçu un accueil «adorable» dans la plupart des officines, mais il a aussi débusqué des brebis galeuses. Dans chaque échoppe, l’écologiste a demandé un masque pour sa mère octogénaire rebelle, refusant le confinement. La plupart des enseignes visitées étaient en rupture de stock, mais ce n’est pas le cas partout. On lui a proposé des modèles simples, dits de chirurgien pour 1 ou 2 francs (rue de Coutance ou avenue de Champel), et d’autres plus sophistiqués pour des tarifs allant jusqu’à 50 francs la pièce.

Tarif apocalyptique

Le prix le plus élevé concerne un masque de type FFP2, plus protecteur qu’un masque de chirurgie, acquis auprès de la pharmacie Beau-Rivage, aux Pâquis. Le parlementaire y a déboursé 50 francs pour une pièce et dit avoir été abasourdi par le ton apocalyptique de l’apothicaire en question. Quand on le joint par téléphone, on est en effet confronté à une logorrhée virulente, où l'on finit par apprendre que l’interlocuteur, qui refuse de donner son nom, a acquis ces trésors au prix de 20 francs pièce (soit une marge de 60% à la revente).

On apprend aussi, pêle-mêle, que la Suisse est en guerre, qu’un confinement plus strict devrait être mis en place vu que chacun circule comme il veut, qu’on ne peut plus gagner sa vie vu que plus personne ne circule, que la vie humaine passe avant l’argent, qu’on fait ce qu’on veut en régime capitaliste, que l’humanité est en danger de mort et que le journaliste au bout du fil s’en tirera mal lors du Jugement dernier.

Non loin de là, Boris Calame a acheté pour 20 francs un masque similaire, auprès de la pharmacie du quai du Mont-Blanc. Jointe, l’enseigne commence par démentir puis indique qu’elle se fournit à l’étranger et en grosse quantité pour un tarif de 15 euros plus taxes, ce qui lui laisse une marge de 2 ou 3 francs seulement. «Ces prix sont de la folie furieuse, mais regardez à combien se vend le papier WC au supermarché, rétorque la tenancière, Mme Moyal. Avec ces masques, on sauve des vies à la place de l’État, qui n’a pas assuré, et on se fait critiquer pour les prix alors qu’on prend des risques tous les jours. D’autres se vantent de ne pas vendre de masque, mais cette attitude revient à dire aux gens d’aller mourir.» L’officine précise avoir offert des masques et du désinfectant à la police judiciaire, qui en était démunie, pour une valeur de quelque 2000 francs.

«Inflation inadmissible»

Enfin, parmi les prix élevés, une pièce à 20 francs a été acquise au début du mois de mars à la filiale de la chaîne Amavita au pied de la gare, selon le député. Hors sujet, puisqu’il n’y a plus du tout de masque à vendre, réplique l’enseigne, sans s’étendre: il y a du monde au comptoir. «En temps de crise, il est inadmissible qu’il n’y ait pas un contrôle des prix», conclut Boris Calame.

Qu’en dit son collègue et pharmacien Thomas Bläsi? L’élu UDC, qui réserve les masques dont il dispose à la protection de son personnel, indique les tarifs usuels. En temps normal, le type FFP2 (d’une durée de vie de cinq ou six heures, selon lui) s’acquiert à environ 3 francs la pièce pour être revendu le double, un commerce marginal en temps normal. Mais l’élu dit avoir dernièrement reçu des propositions fluctuant entre 9 et 14 francs la pièce, émanant de distributeurs qui ont surgi de nulle part sur le marché. La situation le rend sévère: «Je trouve cette inflation inadmissible et ce sera aux collègues qui y ont pris part en temps de pandémie d’assumer par la suite.»

Sanctions pénales en vue

Du côté des autorités, on envisage de sévir. «Nous avons été alertés par des prix parfaitement intrigants, réagit Adrien Bron, directeur général de la Santé de l’État de Genève. Nous sommes déjà intervenus directement dans certains cas. Des sanctions disciplinaires peuvent être prises. En l’occurrence, sur certains cas relevés, nous allons examiner sérieusement s’il y a des infractions pénales, que ce soit l’usure ou l’escroquerie.»

Médecin cantonale suppléante, Aglaé Tardin juge le port du masque par la population générale justifié seulement dans des cas très particuliers, avec avis médical: par exemple celui d’une personne porteuse du coronavirus qui devrait impérativement interrompre sa quarantaine et sortir de chez elle, ou encore, moyennant un avis médical, celui d’une personne atteinte d’une suppression sévère de son immunité (cela peut arriver à la suite d’une greffe ou d’un cancer). Mais sinon? «Pour tous les autres, le port du masque n’est pas recommandé, et je dirai même qu’on pense être protégé quand on porte un masque et, de fait, on va s’exposer davantage à un risque de contamination; ce n’est pas une bonne idée.» Et à quel prix…

Créé: 26.03.2020, 16h51

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