Ils sont poussés à devenir locataires de leur propriété

Creux-de-GenthodCruelle surprise pour six ménages: la Commune ne veut plus leur louer le sol où se dressent leurs maisons, qu’elle compte racheter.

Le Creux-de-Genthod, un site idyllique mais en ébullition.

Le Creux-de-Genthod, un site idyllique mais en ébullition. Image: LAURENT GUIRAUD

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Une anse sur le lac, évocatrice d’un tableau impressionniste. L’image paisible que peut offrir le Creux-de-Genthod est trompeuse. Depuis des mois, l’ébullition règne dans les logis du début du XXe siècle, ressemblant parfois à des maisonnettes de pêcheurs, qui bordent l’espace public du hameau. Motif: ils sont érigés sur des terrains appartenant à la Commune. Celle-ci les mettait à la disposition des propriétaires des maisons par une location à long terme: ces droits de superficie établis en 1969 pour un demi-siècle renouvelaient des arrangements plus anciens. Six foyers et un atelier sont concernés.

Genève a beaucoup débattu en juin de ce genre particulier de propriété. C’est en effet celui qui est envisagé dans le secteur PAV (Praille-Acacias-Vernets), lequel a fait l’objet d’une votation. «Une fausse propriété privée», ont clamé les milieux immobiliers. La mésaventure vécue au Creux-de-Genthod semble donner raison à ces voix critiques. Car l’Exécutif gentousien, suivi jusqu’ici par son Conseil municipal, ne veut pas renouveler ces accords et projette de racheter les murs aux habitants, quitte à faire d’eux ses locataires au cas où ils voudraient rester. Ce dessein révolte certains résidents. L’échéance fatidique tombe au printemps 2019.

«Un flou inhumain»

Laura Cassani, qui a acquis et rénové sa maison en 2007 pour un total d’environ un demi-million de francs, s’en voit offrir 300 000 pour le rachat des murs et la promesse d’y rester pour un loyer inconnu. «Lors de l’achat, la maire de l’époque nous a dit qu’elle ne pouvait rien garantir mais que l’usage en Suisse était de reconduire les droits de superficie, relate-t-elle. Le flou dans lequel la Commune nous plonge est inhumain. Comment suis-je censée savoir si je peux racheter autre chose ailleurs, si je peux me permettre le loyer qui me serait proposé ou si je dois scolariser ma fille ailleurs? Si je témoigne, c’est pour dire que la propriété en droit de superficie n’est pas un produit sûr: cela doit se savoir.»

«On nous dit que nous pourrons rester, mais tout ce que nous avons par écrit, c’est une lettre nous intimant de partir», enchaîne sa voisine Raphaëlle Golaz. Celle qui tient sa maison de son grand-père ne compte pas devenir locataire d’un bien qu’elle a toujours vu dans le giron familial.

La Commune lui offre un prix inférieur d’un quart à celui estimé par l’expert qu’elle a mandaté. Et de poursuivre: «Nous avons émis de nombreuses propositions: discuter de solutions au cas par cas, louer le terrain plus cher, le racheter, fixer une obligation de résidence (ndlr: l’une des six maisons est sous-louée au prix fort). Mais l’Exécutif, dont la mainmise sur le Délibératif est flagrante, n’a qu’une idée: la maîtrise du sol. Pour quoi faire? On ne l’a jamais su et nos propriétés n’entravent pas un réaménagement. On finit par se demander qui ils veulent placer dans nos maisons!»

Selon la Mairie, les loyers payés par les superficiaires vont de 150 à 600 fr. par mois. Et les loyers qui leur seront proposés pour rester? Ils seront calculés quand on se sera accordé sur la valeur des maisons. L’Exécutif dit avoir trouvé des accords avec quatre des six ménages touchés.

Réhabilitation envisagée

Comment expliquer la tension ambiante? «On ne mettra personne à la porte, on l’a promis, mais il est difficile d’entrer en discussion avec des personnes qui n’ont pas encore fait le deuil de cette situation, déplore Michel Stalder, adjoint au maire. Aujourd’hui, le Creux-de-Genthod est principalement un parking et mérite mieux que ça. Mais le jour où on voudra réaménager, on risque de se heurter au fait que les habitants, s’ils possèdent leurs maisons, pourraient recourir en raison de la distance aux limites de propriété.» Aucune réhabilitation n’est encore lancée, mais l’Exécutif veut s’y atteler une fois la question foncière réglée. Le moment lui paraît d’autant plus propice que les communes pourraient obtenir de l’État des compétences élargies sur la gestion des ports.

«Cette échéance de 2019 est une opportunité unique de maîtriser l’aménagement, renchérit le maire, Wolfgang Honegger. La Commune ne possède que trois terrains au bord du lac, dont celui-ci! Si on voulait renouveler ces droits de superficie, on devrait, selon les recommandations de la Cour des comptes, mettre au concours ces parcelles dont la situation est privilégiée. Et la même question se reposerait dans une trentaine d’années! On doit avoir le courage de l’affronter.» (TDG)

Créé: 15.08.2018, 18h34

Un débat encore en cours

Une commission ad hoc du Conseil municipal, aujourd’hui dissoute, a planché sur le sujet. Dans son rapport, elle liste six scénarios possibles pour les maisons concernées. Dont celui de rachats et locations. Les rentrées de loyers ou la plus grande facilité de mener un projet figurent parmi les atouts prêtés à cette option qui a, entre autres défauts, les coûts de mise aux normes et d’indemnisation des propriétaires: 3,2 millions de francs selon l’expertise de la Mairie.

«La question n’est pas tranchée au niveau du Conseil municipal qui pourrait, par exemple, parfaitement juger excessive la somme nécessaire au rachat des maisons», explique Olivier Joss, qui a présidé la commission. Laquelle n’a pas entendu les habitants, malgré leur requête. Pourquoi? «Elle avait pour seul mandat d’étudier les différents scénarios et, dans un souci de neutralité, elle n’a pas reçu l’Exécutif non plus», répond l’élu.

Votant le refus de renouveler les droits de superficie
et donnant le mandat de négocier un rachat, l’assemblée a jusqu’ici largement suivi l’Exécutif. Mais il y a des élus rétifs, dont Joël Schmulowitz, ex-adjoint au maire. «Je ne vois pas l’intérêt d’acquérir ces maisons dont on ne peut faire grand-chose vu la protection dont jouit le site, argue ce conseiller municipal. Pourquoi la Commune dépenserait-elle des millions pour ces achats et pour ces indispensables rénovations pour ensuite relouer ces maisonnettes? Ce n’est de loin pas notre vocation. Le Creux-de-Genthod est un lieu unique et fragile. Il faut préserver ce monde particulier qui vit en harmonie, ces gens, ces familles qui partagent des souvenirs et une histoire: c’est précieux par les temps qui courent.»

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