Qui a peur des musulmans?

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Qui a peur des musulmans? Beaucoup assurément, dans une actualité scandée par les conflits et le terrorisme. Pour beaucoup, l’islam serait d’ailleurs irréductiblement contraire aux valeurs rationnelles et démocratiques de nos Etats de droit. Dans son discours de Ratisbonne de 2006, le pape Benoît XVI le suggérait, et beaucoup d’autres après lui, jusqu’à Michel Onfray, qui présente le Coran «comme un texte agressif qui dit qui il faut détester et apprend à décapiter», tout en annonçant, avec Michel Houellebecq, que l’Europe serait islamisée d’ici à cinquante ans. Mieux vaudrait donc que l’islam ne fut pas, et s’il doit être présent qu’il soit bridé par un contrôle policier.

Ce serait oublier qu’il n’y a pas si longtemps, le christianisme même s’est présenté comme menaçant. Certains textes bibliques n’ont rien à envier à ceux du Coran, et sans parler des guerres de religion, qui ont tant marqué Genève, on se souviendra que le général Dufour, qui siège sur la place Neuve, est le vainqueur d’une autre guerre, celle du Sonderbund, voulue par des cantons séparatistes catholiques en 1847. La Confédération suisse est née un an plus tard de tout cela.

Quelle a été la réponse de la Suisse aux dérives toujours possibles du religieux? Ni l’humiliation ni le projet d’une éradication de la religion, mais l’intégration dans un projet démocratique commun. Pour cela, l’éducation joue un rôle essentiel. Après la séparation des Eglises et de l’Etat en 1907, les radicaux l’avaient compris, eux qui n’avaient rien de «religieux». Mieux valait garder une Faculté de théologie au sein de l’Université, si l’on voulait que les ministres soient scientifiquement formés et qu’ils ne laissent pas libre cours à des idées créationnistes ou plus bizarres encore.

L’islam interroge ainsi nos conceptions de la laïcité. Il ne s’agit évidemment pas de revenir sur la séparation du religieux et du politique. Le religieux n’a pas à chercher à vouloir guider le politique et celui-ci ne doit pas dire si on doit croire et comment. Mais il est symptomatique que la France, hier encore championne d’une laïcité jacobine, change aujourd’hui de discours. La laïcité, déclarait il y a quelques jours le président français, «n’est pas une religion d’Etat, c’est une exigence politique et philosophique». Cette exigence était posée par son maître Paul Ricœur. L’Etat ne doit pas avoir de religion, c’est-à-dire n’être ni religieux ni athée mais simplement agnostique, mais le sens que doit prendre la laïcité dans la société civile est celui d’une laïcité de confrontation, argumentée et sereine, dont l’école et l’université sont les meilleures arènes. Que l’Université décerne le 13 octobre le doctorat honoris causa à Yadh Ben Achour, grand juriste, grand défenseur des libertés et grand musulman, en est le signe, au moment où l’alma mater s’est engagée à offrir une formation aux imams genevois.

Le fronton du bâtiment des Bastions ne le rappelle-t-il pas? L’instruction est le meilleur garant des libertés du peuple de Genève.

(TDG)

Créé: 09.10.2017, 21h58


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