Ouverture d’un centre de lutte contre la corruption

QatarFinancé par Doha, le Rule of Law and Anti-Corruption Center aide aussi au recouvrement des avoirs qui ont été détournés.

Moncef Marzouki et Ali Bin fetais al Marri

Moncef Marzouki et Ali Bin fetais al Marri Image: DR

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Depuis quelques semaines, Genève héberge une antenne du Rule of Law and Anti-Corruption Center (ROLACC), créé à Doha en 2009. Installée route de Ferney au Grand-Saconnex, cette plate-forme d’échange vise à propager «les pratiques de bonne gouvernance» dans les pays arabes. Une structure qui fonctionne en partenariat avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), plusieurs centres de recherche et des universités. Ce centre a connu un regain d’intérêt après les printemps arabes.

«C’est la corruption des responsables politiques et l’absence de justice qui a poussé les peuples à faire la révolution», explique Ali Bin Fetais Al Marri, procureur général du Qatar et président du ROLACC. De passage à Genève il y a quelques jours, le magistrat a dénoncé le «fléau» de la corruption et défendu la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire «héritée de Montesquieu». Une posture pas toujours facile à tenir, reconnaît Ali Bin Fetais Al Marri. «Si je n’avais pas eu le soutien de l’émir Tamin ben Hamad Al Thani, sans doute que je ne serais pas resté longtemps en place», confie-t-il.

Le centre a été créé sous l’impulsion du jeune émir avant qu’il ne succède à son père. Une démarche diversement appréciée à l’époque. Tamin ben Hamad Al Thani estimait alors qu’il fallait rompre avec certaines pratiques. «Nous sommes aujourd’hui dans une économie mondialisée. S’il n’y a pas un Etat de droit et une vraie justice, les entreprises étrangères ne vous font pas confiance», poursuit Ali Bin Fetais Al Marri. La lutte contre la corruption est devenue une priorité pour tout le monde arabe.

Le ROLACC organise des conférences et des séminaires de formation. Il soutient aussi des travaux de recherche. Dans les prochains mois, ses responsables espèrent pouvoir se rapprocher de l’Université de Genève pour mettre sur pied un cours contre la corruption. Le procureur du Qatar estime que l’ouverture d’un bureau à Genève a une haute portée symbolique. Soutien de la première heure au projet, l’ancien président tunisien Moncef Marzouki a tenu à participer à l’inauguration de ce nouveau bureau.

Outre le travail de sensibilisation à la lutte contre la corruption dans les pays arabes, le ROLACC s’est aussi fixé pour objectif de «soutenir et promouvoir le recouvrement des avoirs» détournés. Une bataille qui est encore loin d’être gagnée, déplore Moncef Marzouki. «En Tunisie, nous sommes passés d’une dictature corrompue à une démocratie corrompue. La révolution n’a pas éliminé ce problème. C’est un défi majeur qu’il faut prendre par tous les bouts en envisageant toutes les approches possibles», estime ce dernier. Et de poursuivre: «Le problème de la corruption est tellement complexe et tellement multiple que vous ne pouvez pas vous borner à des prêches moralisateurs. Cela ne marche pas. Il faut une panoplie d’outils. C’est ce qu’offre ce centre qui dispense un prix international de lutte contre la corruption et encourage les initiatives citoyennes.» Pour Ali Bin Fetais Al Marri, qui s’apprête à signer de nouveaux accords d’entraide juridique avec plusieurs pays, la Suisse joue un rôle important dans la lutte contre la corruption «grâce à sa justice indépendante». «Elle l’a montré par le passé en participant à la restitution des millions détournés par le dictateur nigérian Abacha», rappelle-t-il.

(TDG)

Créé: 09.05.2017, 19h24

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