Le Muséum de Genève perce le mystère des oreillards

FauneGenève est le seul canton à abriter les trois espèces de chauves-souris à très longues oreilles. Une étude récente permettra de mieux les protéger.

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Leur longue période d’hibernation est terminée. Depuis deux à trois semaines, à la tombée de la nuit, des myriades de chauves-souris virevoltent au-dessus de nos têtes. Parmi elles, les fameux oreillards, regroupés au sein de trois espèces reconnaissables à leurs très longues oreilles. D’où leur nom. Mais pour les identifier entre elles, c’est un casse-tête sur lequel butent les naturalistes.

Afin de mieux protéger ces animaux menacés au niveau national, le Muséum d’histoire naturelle de Genève a réalisé une vaste étude scientifique qui vient de paraître dans la «Revue suisse de zoologie».

Alpin, gris ou brun

Première particularité, et non des moindres pour Genève, «c’est le seul canton suisse où l’on trouve des colonies de reproduction des trois espèces», souligne Manuel Ruedi, conservateur au Muséum, qui a mené la recherche avec son doctorant, Tommy Andriollo. Une spécificité que l’on partage avec les Alpes-Maritimes (France), la Croatie ou encore la Slovénie.

Parmi les trois espèces, l’oreillard alpin (qui répond au doux nom latin de Plecotus macrobullaris) est le plus menacé. D’où l’importance de connaître son aire de répartition sur le territoire helvétique. «Sa présence dans la région genevoise est due à la proximité des Alpes», précise Manuel Ruedi. L’oreillard brun (Plecotus auritus) est le plus commun. Quant à son cousin germain l’oreillard gris (Plecotus austriacus), c’est le plus rare.

Seconde particularité, «les trois espèces, pourtant si ressemblantes, coexistent bel et bien chez nous, mais sans se combattre ni se mélanger, poursuit le naturaliste. Nous n’avons découvert aucune trace d’hybridation.»

L’étude des crottes

Pour parvenir à leurs fins, les chercheurs ont procédé à l’analyse ADN de centaines d’échantillons provenant de toute la Suisse, ainsi que de 130 spécimens issus des collections du Muséum.

Des naturalistes de terrain ont également récolté aux quatre coins du pays quelque 200 échantillons… de guano. Qui ont ensuite été transmis au Muséum, afin d’être analysés. En plus d’être un excellent engrais, ces déjections permettent en effet d’étudier les chauves-souris sans les déranger. Pour les scientifiques, elles sont une source de nombreuses informations sur leur identité et leur mode de vie. La collecte de ces crottes est précieuse, car l’observation des chiroptères, animaux nocturnes par excellence, n’est pas aisée. «De plus, l’oreillard est particulièrement discret, au contraire de la pipistrelle, par exemple», ajoute Manuel Ruedi. Qui indique par ailleurs que les chauves-souris ont payé un lourd tribut au froid vif ayant sévi jusqu’à la fin de mars. «La sélection naturelle a été impitoyable, on a observé un nombre inhabituel de spécimens affaiblis, voire morts.»

Repérer les zones sensibles

Mais avec les beaux jours, les chiroptères sont de retour. S’il est impossible d’estimer leur nombre, les données fournies par l’étude permettent aujourd’hui d’avoir une connaissance précise des oreillards, alors que depuis une quinzaine d’années, une grande confusion s’était peu à peu glissée dans l’identification et l’aire de distribution de ces trois espèces. Ainsi, l’oreillard alpin, sans surprise, colonise les Alpes (mais pas dans les cantons de Vaud et de Berne) ainsi que le Tessin et la région genevoise. L’oreillard gris, lui, est visible dans le massif jurassien et le sud-ouest du Plateau. Quant à l’oreillard brun, on peut l’observer dans toute la Suisse.

L’étude a aussi permis de réviser les caractères morphologiques de ces espèces afin de les distinguer entre elles de manière certaine. Et, dans la foulée, de répertorier les zones et les colonies les plus sensibles, soulignent les mammalogistes du Muséum.

Mammalogistes car, pour ceux qui l’ignorent encore, les chauves-souris – il y a 30 espèces en Suisse, dont 25 présentes dans le bassin genevois – sont des mammifères. Et les seuls aptes à voler. Quant à l’écureuil dit «volant», ses membranes ne lui permettent que de planer «comme un fer à repasser», glisse Manuel Ruedi. Rien à voir avec l’agilité légendaire d’une chauve-souris. (TDG)

Créé: 18.04.2018, 19h28

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