«Dans le monde des salons, il y a toujours plus de concurrence»

GenèvePalexpo organise ce week-end le Royaume du Web, une foire autour des youtubeurs autant qu’un pari sur l’avenir. Entretien avec son directeur général, Claude Membrez.

Claude Membrez, le directeur général de Palexpo et son équipe se battent pour accueillir la coupe Davis.

Claude Membrez, le directeur général de Palexpo et son équipe se battent pour accueillir la coupe Davis. Image: Laurent Guiraud

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L’impact de Palexpo sur Genève grossit chaque année. En 2016, les retombées économiques pour le Canton engendrées par ses salons et foires, directes ou non, ont été évaluées à 612 millions de francs par l’Université de Genève. C’est qu’hôteliers, taxis et autres restaurants profitent tous de l’effervescence suscitée par les vastes halles du Grand-Saconnex. Pour faire rayonner le canton – la mission de Palexpo – le mastodonte doit se montrer proactif car la concurrence est rude. C’est ainsi qu’a lieu ce week-end le Royaume du Web, un événement qui vise à réunir des youtubeurs fameux avec leur public. Entretien avec Claude Membrez, directeur général de Palexpo.

Le Royaume du Web, c’est un pari?

On s’est inspiré du salon Video City à Paris. Nous en sommes l’organisateur, mais on s’entoure des experts, ça a pris deux ans pour le monter. En général, quand on lance un salon, on planifie sur cinq ans. La première édition, on ne rentre jamais dans nos frais. Si ça prend les années qui suivent on continue, sinon on abandonne.

Lancez-vous souvent des nouveaux salons?

Cette année, il y a le Royaume du Web et le Salon des antiquaires. L’an prochain, il devrait y en avoir un. En 2016, on a lancé Bébé et Moi. On a racheté le Supercross, qui se déroule depuis longtemps à Genève, mais Palexpo n’était pas l’organisateur. On lance entre zéro et deux événements par an, sachant qu’il y en a eu l’an dernier 94 à Palexpo.

Palexpo organise des congrès, mais en accueille aussi. Combien de métiers pratiquez-vous?

Quatre. L’organisation d’événements, en régie pour des propriétaires d’événements (Salon de l’auto, EPHJ par exemple) ou pour notre compte (Salon du livre, Automnales). Nous accueillons des événements organisés par des tiers. Nous vendons des prestations de services aux organisateurs et exposants (électricité, restauration, billetterie), nous faisons la maintenance des bâtiments. Il y a deux modèles de salons: le germanique, que nous avons adopté, qui consiste à accueillir des événements et à en organiser, et l’anglo-saxon, qui consiste à seulement en accueillir. Il y a les salons professionnels et les salons ouverts au public, deux modèles qui se mélangent peu. Le grand leader des salons et des foires, c’est l’Allemagne.

Pourquoi?

Cet univers est lié avec l’industrie. Un salon, à la base, c’est une réunion d’industriels. L’industrialisation des pays émergents est d’ailleurs un défi, il y a plus de concurrence de par le monde désormais. Pour faire face, les salons tentent de suivre l’industrie. Le Messe de Francfort organise dix-sept Automechanika, un salon de sous-traitants automobiles, dans le monde pour suivre et fidéliser ses exposants. On accompagne aussi nos salons ailleurs. On a lancé un festival du livre à Sion, à Lausanne, au château de Chillon. On organise Artmontecarlo, à Monaco, dans le sillage de Artgenève.

On renonce à accueillir des manifestations liées aux armes car le CICR siège à Genève

Comment est-ce que Palexpo fait la différence dans un contexte de franc fort?

En offrant un service parfait, en scannant au mieux ce qui se fait ailleurs, quitte à draguer un organisateur pour le faire venir chez nous, en jouant sur nos atouts. Le SIHH a sa raison d’être à Genève, capitale horlogère. En capitalisant sur notre ancrage historique. Le Salon de l’auto a été créé en 1905 à Genève, à une époque où il y avait sept constructeurs automobiles dans le canton. Il n’y en a plus aucun depuis 1934 mais le salon est toujours là. La numérisation de la société est aussi un défi. La Fnac, qui vend beaucoup en ligne, n’est pas présente au Salon du livre cette année.

Est-ce que Palexpo est suffisamment grand?

En général, la taille du principal événement détermine la taille des halles et du bâtiment dans son ensemble (il y a sept halles à Palexpo). Le Salon de l’auto a déterminé la taille de notre halle principale. Dans les pays émergents, c’est l’inverse, ce qui perturbe le marché.

La petite taille de Genève, avantage ou inconvénient?

Avantage. On évolue dans un contexte où, entre hôteliers, Genève Tourisme et l’Etat, on se connaît et où on se fédère. Dans une grande ville, c’est souvent plus compliqué.

La mission de Palexpo, qui appartient à 80% à l’Etat, consiste à faire rayonner Genève. Est-ce que cela vous incite à renoncer à des salons?

On renonce à accueillir des manifestations liées aux armes car le CICR siège à Genève. On renonce à inviter TabExpo, la grand-messe de l’industrie du tabac car l’OMS est à Genève. D’un autre côté, on fait cadeau aux Genevois de la Coupe Davis quand on peut l’accueillir. On loue la surface gratuitement, sachant que les milliers de fans vont remplir les hôtels de la région.

Ce ne sont pas les infrastructures de Palexpo qui font la différence pour la Coupe Davis?

Non, on se bagarre même comme des chiffonniers pour accueillir cette compétition. En Suisse, notre principal concurrent est le groupe bâlois MCH, qui possède 250 000 m 2 (à Bâle, Zurich et Lausanne); nous en avons 100 000 m2 sur un site. Mais la principale concurrence vient de l’étranger, des villes attractives en termes touristiques qui ne sont pas centrées sur leur marché intérieur: Amsterdam, Barcelone et Vienne. On se bat toujours avec eux pour accueillir des salons. (TDG)

Créé: 04.05.2017, 16h41

En chiffres

1905 Premier Salon de l’auto à Genève.

1926 Construction de l’ancien palais des expositions, où se trouve Uni Mail aujourd’hui.

1981 Déménagement au Grand-Saconnex. Les employés de la fondation du Salon de l’auto sont transférés dans une nouvelle fondation, Orgexpo, qui gère les expositions. Les bâtiments, eux, sont détenus par la fondation du Palais des expositions.

2000 Création de la Fondation pour la Halle 6, laquelle sera construite en 2003.

2008 Palexpo SA voit le jour, le résultat de la fusion des trois fondations précitées.

92,2 L’an dernier, Palexpo a réalisé 92,2 millions de francs de chiffre d’affaires, le montant le plus élevés depuis l’ouverture du centre d’expositions en 1981.

94 Le nombre de congrès, événements sportifs et culturels et autres expositions qui se sont tenus à Palexpo en 2016.

188 Le nombre de salariés à plein temps employés par Palexpo, un chiffre en hausse.

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