Manuel Tornare: «Ces dépenses sont légitimes et elles ont été légitimées»

Notes de fraisL’ancien maire socialiste s’explique sur les frais élevés qui lui sont imputés. Le conseiller national est indigné.

Manuel Tornare, conseiller national et ancien conseiller administratif de la Ville de Genève.

Manuel Tornare, conseiller national et ancien conseiller administratif de la Ville de Genève. Image: Laurent Crottet / Archives

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Il compte bien laver l’affront. Le conseiller national Manuel Tornare est indigné par la publication des frais des membres du Conseil administratif sur dix ans, telle qu’elle a été effectuée jeudi par l’Exécutif de la Ville de Genève. Le socialiste, qui a quitté ce collège en 2011, apparaît comme le plus dépensier parmi les huit personnalités qui ont fait ou font encore partie de ce collège. Il devance le PDC Guillaume Barazzone, épinglé par le rapport que la Cour des comptes a publié le 1er novembre au sujet de l’exercice 2017. Manuel Tornare réagit.

Vos frais apparaissent comme 50% plus élevés que la moyenne des huit conseillers administratifs comparés. Comment cela se fait-il?
C’est totalement injuste! On compare ici l’année 2017, qui a fait l’objet d’un audit de la Cour des comptes, à neuf autres années qui n’ont pas subi un tel examen. Si les exercices qui me concernent avaient été analysés par la Cour, celle-ci se serait sans doute étonnée du fait que les frais qui me sont attribués additionnent des comptes qui émargent au Conseil administratif dans son ensemble et d’autres qui relèvent de la présidence de mon département de l’époque. Plusieurs centaines de milliers de francs ont été attribuées, avec l’aval du Conseil municipal, au projet du pavillon des trois grandes villes suisses à l’Exposition universelle de Shanghai en 2010. On s’est rendu sur place déjà en 2005 et on a ensuite dû y aller souvent. Ai-je effectué des voyages privés aux frais de la Ville? Non. Ces voyages ont-ils été cautionnés par le Conseil administratif? Oui. Par le Conseil municipal? Oui. Y a-t-il eu des dépassements? Non. Ces dépenses sont-elles légitimes et ont-elles été légitimées? Oui.

Cette exposition suffit-elle à expliquer la différence?
Non. Indépendamment de mon département et au nom du Conseil administratif, je représentais notre ville à l’Association internationale des maires francophones ainsi qu’à l’ONU des villes et j’ai présidé l’association, aujourd’hui disparue, des villes contre la pauvreté. Toutes ces activités étaient approuvées par les majorités en place et le sont encore. Elles sont favorables à la Genève internationale, à son image de ville des droits humains.
Par ailleurs, il faut prendre en considération la grandeur qui était celle de mon département, qui a été scindé en trois depuis lors. Je gérais un budget de 332 millions de francs de l’époque! J’avais la petite enfance, le social, les espaces verts, les écoles, les sports, l’état civil, les pompes funèbres. En comparaison, Guillaume Barazzone a un tout petit département!

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Pouvez-vous exclure tout frais privé dans ces montants?
Je n’ai jamais mélangé argent public et privé. Deux personnes contrôlaient mes factures au sein de mon département. On me demandait parfois si c’était privé ou public. C’est parfois imbriqué.

Justement, il y a sans doute une zone grise parfois…
Je vous donne cet exemple. J’ai souvent dîné avec les collaborateurs d’une mécène, ce qui m’a permis de décrocher 450 000 francs pour la rénovation de l’orangerie du parc Mon-Repos, des travaux que le Conseil municipal n’a pas voulu financer. Nous avons pu utiliser ce site pour développer des activités pédagogiques. Mes démarches auprès de cette donatrice auraient pu échouer et, dans ce cas, on aurait pu me dire que ces repas étaient privés…

Qu’est-ce qui a changé depuis l’époque où vous étiez en Ville?
On n’avait pas de carte de crédit. Les portables de l’époque étaient de simples téléphones, dépourvus de la technologie actuelle. Durant des années, on m’a imputé des bons de taxi avec la signature du magistrat qui pouvaient par exemple servir à véhiculer des hôtes. J’ai demandé que la pratique cesse et les frais de taxi qui m’étaient attribués ont alors chuté.

Comprenez-vous qu’une certaine indignation se manifeste dans le public?
Je le comprends tout à fait, raison pour laquelle j’ai pris les devants. C’est pour ceci que je m’explique à la presse, que j’ai demandé de pouvoir voir toutes les factures et que l’on refasse un tableau juste, distinguant les dépenses effectuées pour le département et celles faites pour le Conseil administratif. Cela donnera aussi un éclairage sur les comptes de Sami Kanaan: s’il dépense un peu plus, c’est bien parce qu’il a repris une partie de mes réseaux extérieurs.

Avez-vous été consulté avant que ces frais soient rendus publics?
Absolument pas. On m’a dit qu’on me donnerait ces chiffres. Je les ai reçus mercredi à 16 h 46. Un quart d’heure après, la RTS avait les mêmes données. Sans être paranoïaque, il y a une volonté de me cibler. On savait qu’il y avait de forts montants chez Tornare au vu des tâches incontournables qui lui incombaient et que cela pouvait être utilisé pour exonérer d’autres personnes et atténuer la vindicte populaire à leur égard.

De qui parlez-vous?
Vous m’avez très bien compris. Mais encore une fois, dans mon cas, ce sont des frais nécessités par les services publics. Il n’y a pas d’enrichissement personnel, ni de frais privés. (TDG)

Créé: 09.11.2018, 07h26

Règlement à peine adopté, déjà décrié

À peine entré en vigueur, le règlement relatif aux frais professionnels des conseillers administratifs est déjà contesté par le MCG. L’original prévoit un contrôle du bien-fondé des dépenses entre pairs et indique que les frais inférieurs à 30 francs ne seront pas remboursés. «Cela ne va pas assez loin, explique le conseiller municipal Daniel Sormanni. On pense que ce seuil doit monter à 50 francs. Avec 30 francs, on ne mange pas.» Mais on prend un taxi. «Sur ce point, il faudra se poser la question des véhicules avec chauffeur et savoir s’ils sont suroccupés ou sous-occupés.» L’élu critique également le maintien des cartes de crédit «Ville de Genève», qu’il aimerait supprimer. Et se pose la question de la coexistence de frais forfaitaires et réels.
Le parti, qui n’est pas représenté au gouvernement de la Ville, déposera aussi mardi une motion pour demander la démission collective de l’Exécutif. «Mais il ne faut pas rêver. Qu’a fait le Contrôle financier de la Ville?»

Françoise Sapin se pose la même question. Elle dirigeait cette entité il y a une vingtaine d’années avant de démissionner. Devenue députée MCG aujourd’hui, elle constate que «rien n’a changé. À l’époque, j’avais eu l’outrecuidance d’aller contrôler les frais du Conseil administratif et un magistrat m’avait rétorqué: «Je suis élu par le peuple, je fais ce que je veux avec l’argent.» Je n’arrivais pas à le comprendre et je n’y arrive toujours pas. L’accès aux documents, c’était déjà la croix et la bannière.»

Cette experte-comptable constate tout de même que l’indépendance de la Cour des comptes l’a aidée. «Il faudrait sortir le Contrôle financier de son lien hiérarchique interne et le rattacher au Conseil municipal», suggère-t-elle.

Sophie Simon

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