Une chorale de mômes des rues de Manille passe par Genève

InterviewÀ l’occasion de sa venue en Suisse, le fondateur de l’ONG Virlanie, Dominique Lemay, parle de son action.

Dominique Lemay, fondateur de l’ONG Virlanie, court depuis 30 ans les rues de Manille pour venir en aide aux enfants.

Dominique Lemay, fondateur de l’ONG Virlanie, court depuis 30 ans les rues de Manille pour venir en aide aux enfants.

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Il a le visage buriné des hommes de terrain. Pas étonnant: voici plus de trente ans que Dominique Lemay, fondateur de l’ONG Virlanie, court les rues de Manille pour venir en aide aux enfants de la capitale des Philippines. Sa fondation héberge 200 d’entre eux, dont une trentaine de petits au sein de sa «maison des bébés». Cette année, la Ville de Genève lui a accordé une aide de 25 000 francs.

En octobre, celui qui est aussi expert à l’ONU était de passage à Genève, où est basée la filiale suisse de l’ONG, pour rencontrer des donateurs. Et pour organiser la tournée en Suisse romande de la chorale de Virlanie, qui compte une trentaine de ses protégés. Après avoir déjà chanté à Notre-Dame et au quai Branly à Paris, ils passeront en avril par Genève, où deux dates sont prévues. Interview.

– Une partie des enfants de la chorale vit au sein de votre fondation, d’autres dorment dans la rue. Que représentent ces tournées à leurs yeux?

– C’est l’occasion de leur vie de sortir de leur pays! Il s’agit aussi pour eux d’apprendre à connaître d’autres cultures. Ce qui est intéressant, c’est que lorsqu’ils rentrent chez eux, ils ne sont pas nostalgiques, comme on le craignait. Ils sont simplement contents d’avoir vécu une belle expérience.

– Faire partie d’une chorale, c’est une manière de leur donner confiance en eux?

– Je raconte toujours l’anecdote d’une choriste de 15 ans qui, lors d’un concert à Manille, a regardé la salle et m’a demandé si tous ces gens étaient là pour nous. Je lui ai répondu oui, et elle a ajouté: «Maintenant, j’ai le droit d’exister.» Les enfants des rues sont méprisés. Notre tâche consiste simplement à leur donner de l’amour, à leur dire qu’ils ont des talents, qu’ils ne sont pas différents des autres.

– À Manille, sur 15 millions d’habitants, il y a quelque 15 000 enfants des rues. Comment choisissez-vous ceux que vous aidez?

– Depuis mes débuts il y a trente ans, j’ai en tête l’histoire du petit prince et du renard. Ces enfants, il faut les apprivoiser. Ils ont leurs habitudes, leur manière de se débrouiller pour survivre, en bandes, dans le but de se protéger. On les approche en leur disant que s’ils veulent quitter cette vie, on est là. Tous les enfants ne sont pas prêts à laisser la rue et il faut le respecter. Parfois, on les retrouve des années plus tard, quand un déclic s’est produit.

– Tous les enfants que vous aidez ne s’en sortent pas…

– Non, bien sûr. Je dirais que 40% d’entre eux s’en sortent bien, 30% se débrouillent et 30% retrouvent la rue. Pour certains, je suis comme un père. Il arrive qu’une fois adultes, ils reviennent nous voir quand ils ont un problème, car la seule famille qu’ils ont eue, c’est Virlanie.

– Des diplomates de l’ONU ont dénoncé une vague d’exécutions liée à la guerre contre les trafiquants de drogue, depuis l’arrivée au pouvoir de Duterte. Y a-t-il des conséquences pour vous?

– Oui! En trente ans de Philippines, je n’ai jamais vu cela. Des milliers d’enfants se retrouvent traumatisés car on a abattu devant eux leurs parents, leurs oncles, leurs voisins. On craint une recrudescence d’enfants esseulés. Et ce n’est pas tout: il y a dix ans, nous avons par exemple fait relever l’âge légal d’incarcération des enfants de 9 à 15 ans. Duterte veut revenir là-dessus. Nous devons plus que jamais nous battre pour conserver nos acquis.

www.virlanie.ch

(TDG)

Créé: 12.11.2017, 18h05

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