Les trains du Léman Express peinent à obtenir le feu vert

FerroviaireFaire homologuer le matériel roulant s’avère difficile. Les autorités rassurent, mais une association s’alarme.

Une rame du Léman Express sur le pont ferroviaire de la Jonction.

Une rame du Léman Express sur le pont ferroviaire de la Jonction. Image: Lucien Fortunati

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Les trains du Léman Express recevront-ils leurs autorisations de circuler à temps pour la mise en service intégrale du réseau, prévue le 15 décembre? Une lancinante inquiétude se diffuse dans les milieux concernés. La Communauté d’intérêts pour les transports publics (Citrap) a sonné le tocsin en juin après la parution d’un article dans une revue spécialisée alémanique. Celle-ci pointait l’écueil supplémentaire que représente, en France, le transfert de la responsabilité d’homologuer les trains à une agence européenne.

La flotte du Léman Express sera formée de 23 modèles Flirt, du constructeur thurgovien Stadler, acquis par les CFF, et de 17 rames Regiolis du français Alstom, choisies par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ces dernières, fréquentes en France, doivent faire leurs premiers pas dans la Confédération et sont équipées pour la première fois d’une électrification à 15 000 volts (le standard helvétique) en plus des deux tensions pratiquées dans l’Hexagone (25 000 et 1500 volts). Cette nouveauté force cette version du Regiolis à être autorisée dans les deux pays.

Délai de juin dépassé

Stadler a déjà fait homologuer en France son Flirt, qui roule en Alsace depuis 2011, après une rebuffade en 2008, sa cabine de pilotage ayant d’abord déplu. L’examen doit être repassé car les rames du Léman Express font œuvre de pionnières avec un nouveau système de sécurité qui fait la synthèse de deux standards. Homologué côté suisse depuis décembre, ce nouveau Flirt doit encore obtenir l’aval français.

Selon un document des CFF et de la SNCF remontant à décembre, il était prévu que le modèle Regiolis obtienne ses homologations définitives en octobre 2019 et que le Flirt reçoive son sésame français en juin dernier. C’est durant ce même mois, le 16 exactement, que l’Agence européenne pour les chemins de fer (ERA) a repris la responsabilité d’autoriser les véhicules des pays membres (en France, de l’Établissement public de sécurité ferroviaire, l’EPSF).

La «Tribune de Genève» a pris des nouvelles de la procédure relative au Flirt auprès de l’agence européenne. «Selon les informations dont nous disposons, la demande que vous mentionnez pourrait être soumise à l’EPSF dans les semaines à venir», a répondu l’ERA le 22 juillet.

L’EPSF nous a donné son propre son de cloche lundi 29 juillet. «Selon nos informations, la constitution du dossier de demande d’autorisation est en cours», indique Isabelle Delleré, responsable communication de l’organisme. L’organe promet que, lorsqu’il aura reçu le dossier, il vouera ses «meilleurs efforts pour l’instruire avec diligence, et ceci dans la mesure du possible.» En clair, l’homologation que Stadler devait, selon le planning diffusé en décembre dernier, obtenir en juin n’a même pas encore été requise auprès de l’autorité française, alors que juillet touche à sa fin.

Inquiétudes associatives

La section genevoise de la Citrap s’inquiète. «On pressentait ce type de difficultés dès le moment où les deux pays se sont avérés incapables de choisir les mêmes trains, juge Michel Ducret, président. Si les homologations ne sont pas délivrées, on peut supposer que le matériel suisse pourra rouler jusqu’à Annemasse et que le matériel français, qui sera sans doute autorisé en France, prendra le relais, les passagers devant alors changer de train. On n’en est plus à cela près: il est déjà prévu que les trains changent de conducteur à Annemasse.» C’est en effet la méthode prévue pour surmonter les différences de conditions de travail des personnels des deux pays.

À Berne, l’Office fédéral des transports (OFT) juge qu’il n’y a pas de souci à ce stade et note que le Regiolis est déjà testé en Suisse. Le train français a effectué sa première circulation sur le tracé du CEVA le 16 juillet, selon la SNCF. L’OFT renvoie à Stadler pour ce qui est de la validation du Flirt en France. Les CFF font de même, ajoutant que le feu vert reste espéré cet été et que le matériel suisse a été livré à temps. «Les délais sont serrés, c’est pourquoi un planning très intensif de formations et de courses d’essai est prévu dès l’automne, écrivent les CFF. Il ne s’agit cependant pas d’une nouveauté.»

Processus «très complexe»

Stadler a pris son temps pour nous répondre. «Le processus d’approbation est très complexe et particulièrement exigeant dans ce cas alors qu’un nouveau système de contrôle du train provenant d’un fournisseur tiers doit être installé», confesse le constructeur, qui vise toujours une mise en service le 15 décembre. L’irruption d’une autorité européenne n’aide pas: «Oui, le transfert de responsabilités et les nouvelles conditions ont rendu plus difficile la procédure d’autorisation», écrit Stadler. Ce transfert était pourtant prévu de longue date, les trains Léman Express figurant parmi les cas d’école désignés pour cette transition.

Le Département genevois des infrastructures dit suivre la situation de près, en lien avec l’OFT et les CFF. Il se veut rassurant: «Les démarches nécessaires à l’homologation du matériel roulant sont en cours et le Léman Express sera en service comme annoncé le 15 décembre prochain.»

Créé: 29.07.2019, 18h29

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