«L’Hospice n’a plus les moyens de travailler comme avant»

Interview Christophe Girod, le directeur général de l’institution, parle de l’asile, de l’aide sociale, du manque de moyens et des réformes nécessaires.

Christophe Girod, le directeur général de l'institution, lance une réforme pour repenser la manière de travailler de l’Hospice général.

Christophe Girod, le directeur général de l'institution, lance une réforme pour repenser la manière de travailler de l’Hospice général. Image: Georges Cabrera

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Christophe Girod a pris les rênes de l’Hospice général il y a trois ans, en juin 2013. Cet ancien délégué du CICR fait le point sur les grands dossiers du moment. Il affirme que l’explosion des besoins, tant à? l’aide sociale que dans le secteur de l’asile, va contraindre l’institution d’action sociale à revoir en profondeur sa manière de travailler.

Christophe Girod, l’Hospice général et vous-même avez déposé une plainte pénale après des appels à la violence – sur un site Internet – contre des personnes œuvrant dans le domaine de l’asile. Y a-t-il un malaise?

Ce n’est certes pas la première fois que l’Hospice général est critiqué, mais cela restait normal, dans les limites du débat démocratique. Là, nous avons estimé que cela dépassait les bornes. C’est un appel à commettre des déprédations, une liste de gens visés est dressée et c’est calomnieux. Ces attaques sont effectivement symptomatiques d’un climat un peu délétère.

Les collaborateurs sur le terrain doivent-ils également faire face à une augmentation de cas d’agressions verbales et physiques?

Il y a malheureusement une agressivité grandissante envers nos collaborateurs. Cela est dû à l’augmentation du nombre de gens qui s’adressent à nous. La frustration des usagers est en hausse. Mais ce n’est pas l’unique raison. Ainsi, l’aide sociale doit s’occuper de plus en plus de personnes que les autres assurances, dont les conditions se sont durcies, notamment l’assurance-invalidité, et qui sont très réactives car fragilisées. Dans le domaine de l’asile enfin, nous sommes clairement débordés et la température monte. On ne peut toutefois en vouloir à ces personnes.

L’Hospice peine à faire face?

Oui. Le volume d’activité a plus que doublé depuis 2008, alors que nos ressources de fonctionnement n’ont progressé que d’environ 20%. Il faut être réalistes, en raison des difficultés financières de l’Etat, nous n’aurons pas les moyens de continuer à travailler comme nous le faisions jusque-là. Il faut par conséquent repenser la manière dont Genève distribue son aide sociale. Nous devons nous réorganiser, mais je vois en fait cela comme une opportunité d’évoluer.

Qu’est-ce que vous allez changer?

L’idée centrale est de moduler davantage le niveau d’encadrement social selon les besoins de l’usage.

Que répondez-vous à la pétition des employés de l’Hospice qui dénonçait en mars la surcharge de travail?

Ils ont 100% raison de parler de surcharge. Aujourd’hui, un assistant social ne parvient plus à voir chaque mois chacun des usagers dont il s’occupe. C’est mathématiquement impossible. Un assistant social a la charge en moyenne de 73 dossiers. C’est bien pour cela que la manière de travailler doit changer. En réalité, cette pratique a déjà cours. Maintenant, il faut poser les critères, la modéliser, tout en déchargeant au maximum les assistants sociaux du volet administratif.

Vous avez gelé les séjours pour personnes âgées au Chalet Florimont. D’autres prestations vont-elles être abandonnées?

Non, le cas des maisons pour les aînés est particulier. C’est une activité proposée à perte. Mais nous allons procéder sans licenciement.

Quelle devrait être l’augmentation du nombre de dossiers d’aide financière en 2016?

Nous nous attendons à une progression de 4%. Ce serait bien moins que l’année dernière, où nous avons dû faire face à 800 dossiers supplémentaires (+8%). Personne n’a encore pu expliquer les raisons de cette forte augmentation en 2015 et nous cherchons la réponse.

En l’absence de budget en 2016, vous serez forcément dans le rouge à la fin de l’année puisque votre budget est celui de 2015. Cela vous inquiète?

Pour ce qui est de l’aide sociale et de l’asile, les prestations aux ayants droit sont une obligation de l’Etat. Le déficit d’environ 23 millions sera par conséquent couvert par un crédit complémentaire. Le vrai souci, comme je l’ai dit, c’est le budget de fonctionnement.

(TDG)

Créé: 10.06.2016, 16h48

Asile: 1500 lits à trouver rapidement

En mars 2016, le dispositif d’aide aux migrants de l’Hospice suivait 6598 personnes relevant de l’asile. En décembre 2014, elles étaient 5218.

Faut-il s’attendre en 2016 à une même quantité d’arrivées?

C’est en effet ce que nous projetons, puisque nous prévoyons 1300 personnes supplémentaires à la fin de l’année. Nous avons déjà épuisé les abris de protection civile (PC) cantonaux. Huit sont ouverts aujourd’hui. Pour la suite, il faudra que des communes nous mettent à disposition leurs infrastructures ou que nous les réquisitionnons. Mais dès 2017, on n’aura plus de réserve.

Est-ce une histoire qui se répète ou un phénomène particulier?

Je ne le sais pas précisément, mais ce dont je suis certain,c’est que la diminution du nombre de places d’hébergement, exigée en 2006 par Christoph Blocher alors qu’il était conseiller fédéral, nous pose d’énormes problèmes aujourd’hui. Nous avons un besoin urgent de 1500 places. L’échéance est fixée à la fin de 2017.

Est-ce faisable?

Nous avons lancé cinq projets qui nous permettraient d’atteindre ce but (ndlr: en ville de Genève, à Thônex, à Veyrier, à Vernier et à Onex). C’est un travail énorme car il faut aussi aller dans les communes pour s’expliquer et répéter que la criminalité n’augmente pas avec l’ouverture d’un abri PC ou la construction d’un foyer. Cela nous prend une énergie folle, mais il faut tout faire pour tenter d’éviter des recours en justice. Si nous n’y parvenons pas, des gens continueront d’être hébergés dans des abris. Les Genevois doivent se rendre compte que tout retard aura des implications.

De quel genre?

L’hébergement en abri est néfaste à terme. On prépare la bombe sociale de demain.Ce qui a changé, c’est
qu’auparavant on y logeait des déboutés et ceux frappés d’une non-entrée en matière. Autrement dit des gens qui ne devaient pas rester en Suisse. Aujourd’hui, ce sont des personnes en procédure qui, pour 80% d’entre elles, resteront chez nous. Il y a donc urgence à les sortir de là afin qu’elles puissent s’intégrer au mieux dans notre société. Car l’intégration est le principal défi à relever, mais elle dépend aussi de l’hébergement.
E.BY





























































Chiffres clés

Ressources

L’Hospice général comptait 1065 collaborateurs en 2015.

Ses charges se montaient à 424,4 millions de fr., dont 298 millions de prestations aux usagers.

Les charges de personnel se fixaient à 105 millions de fr. en 2014, à 109,5 millions en 2015.

La commission du personnel estime qu’il manque actuellement 88 postes d’assistants sociaux.

Evolution

A la fin de 2014, le nombre de dossiers d’aide financière était de 11 142, de 11 985 à la fin de 2015.

Estimation pour la fin de 2016: 12 400 dossiers.

5218?personnes étaient suivies par l’aide aux migrants à la fin de 2014, 6532 à la fin de 2015.

Estimation pour la fin de 2016: 7832 personnes.

Déficit

L’Hospice s’attend en 2016 à un déficit de 10 millions de fr. concernant l’aide sociale et de 15 millions pour ce qui est de l’asile. Le Grand Conseil a toutefois accepté cette semaine une rallonge de 25 millions pour équilibrer les comptes. E.BY

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