Me Hayat: «Une enquête paresseuse et orientée...»

Meurtre de la petite SemharPsychiatres, experts, policiers, aucun ne trouve grâce aux yeux de la défense qui veut prouver l'innocence du prévenu.

Mes Yaël Hayat et Vincent Spira plaident l’acquittement devant le Tribunal criminel.

Mes Yaël Hayat et Vincent Spira plaident l’acquittement devant le Tribunal criminel. Image: Patrick Tondeux

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Mes Vincent Spira et Yaël Hayat ont eu fort à faire, mercredi, pour convaincre les juges du Tribunal criminel de l’innocence de leur client au sujet du viol et de l’assassinat de la petite Semhar et des agressions sexuelles sur trois ex-compagnes. La défense du chauffeur de taxi éthiopien de 42 ans a plaidé toute la journée. Pour dire quoi? Face à des indices de culpabilité très sérieux, tous les aspects du dossier ont été abordés puis contestés afin d’instiller le doute dans l’esprit des juges.

Les plaideurs y ont-ils réussi? On le saura la semaine prochaine. À notre sens, le flot de paroles élégantes prononcées par ces ténors du barreau peine à convaincre. Les arguments tombent à plat, les efforts oratoires tournent à vide et on en vient presque à se demander en écoutant Me Spira s’il croit véritablement à cette innocence proclamée. «La justice a horreur du vide et le prévenu est le suspect idéal», indique-t-il, avant de s’en prendre à la construction imparfaite de l’accusation qui laisse, selon lui, une large part au doute. Pour tenter d’humaniser son client, qui est apparu très froid durant ces débats, il évoque le décès accidentel de sa mère en 1992 qui l’a conduit à une tentative de suicide.

L’avocat s’oppose fermement à l’internement préconisé dans la première expertise psychiatrique genevoise. La contre-expertise française, requise par la défense elle-même, ne trouve pas non plus grâce à ses yeux. Une demande de récusation est d’ailleurs pendante à l’encontre du psychiatre français Pierre Lamothe. Sa faute selon Me Spira? «S’être érigé en procureur» durant l’instruction. «Nous ne pouvions pas le prévoir». Pierre Lamothe aurait dit à propos de l’accusé, «un innocent ne réagit pas comme ça, ne décortique pas le dossier ainsi, ne fait pas preuve d’une telle quérulence administrative…».

On ne devient pas psychopathe à 36 ans!

L’expert-psychiatre français, dont la réputation n’est plus à faire, aurait également émis l’hypothèse que certaines relations entre Semhar et le prévenu, décrits par ce dernier comme des «jeux taquins», relèveraient «d’une excitation partagée et quelque peu ambiguë». Se considérant lui-même comme un enfant, l’accusé se plaçait au même niveau que Semhar sans faire la part des choses. Lorsque l’avocat lui demande sur quoi il se base pour émettre de telles hypothèses, l’expert évoque sa longue expérience. Me Spira n’accepte pas cette réponse. Pas plus que le diagnostic du médecin français: l’accusé est un psychopathe qui peut très bien avoir commis les actes qu’on lui reproche. «On ne devient pas psychopathe à 36 ans!» s’insurge Me Spira.

L’avocat s’attaque ensuite aux récits des ex-compagnes de l’accusé qui se sont plaintes de viols à répétition, de séquestrations et de brutalités en tout genre. Sans se connaître, elles décrivent des procédés identiques. Ennuyeux pour la défense. Me Spira tente de retourner la similitude des descriptions contre elles. «Comment se fait-il que ces femmes qui ne se connaissaient pas, profèrent les mêmes mensonges?» Il évoque les liens entre l’interprète et deux des trois victimes, insinue qu’elle peut-être joué un rôle. «Non pas que je l’accuse mais elle officie durant toute la procédure avec ces trois femmes». Et à l’adresse des juges: «Dire que ces femmes ne se connaissaient pas, je n’y crois pas une minute». Leurs prétendus mensonges découlent, selon lui, de leur situation irrégulière en Suisse.

Ce n'est pas un serial violeur!

Me Spira, admet que son client est peut-être «un sale type». «Votre femme est enceinte, lui dit-il, et vous la virez parce que vous en avez trouvé une autre. C’est moche mais ce n’est pas un crime.» Et de conclure que tout ceci ne fait pas du prévenu «un serial frappeur ou un serial violeur».

Me Hayat, pour sa part, commence par réaffirmer sa foi au sujet de l’accusé: «Je suis convaincue de son innocence!» Elle dénonce «une enquête paresseuse et orientée». Elle pense que le précédent conseil du prévenu a très vite «abdiqué» alors qu’il est important de croire en son client et de se battre pour lui. Le prévenu n’a pas protesté contre sa détention de six ans? «Mais Dreyfus non plus». Elle attaque l’enquête de la police technique et scientifique et les spécialistes en ADN qui ont travaillé sur le dossier. Elle affirme que son client n’est jamais monté dans l’appartement de la Tambourine où se trouvait Semhar ce 23 août 2012. Le verdict sera rendu vendredi 22 juin. (TDG)

Créé: 13.06.2018, 20h58

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