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Un thé chez la voisine de Cyril Aellen

Cyril Aellen, député PLR, parle souvent de sa voisine. Une femme dont le bon sens bourgeois a tendance à renforcer toutes les certitudes d’un PLR. J’ai souhaité faire sa connaissance pour parler du Genevois français. J’ai sonné à sa porte, une boîte de chocolats à la main, elle m’a offert le thé.

La voisine de Cyril Aellen trouve que j’interviens trop dans les médias genevois. Je lui ai répondu que j’interviendrais beaucoup moins si les destins de Genève et du Genevois n’étaient pas autant interdépendants. Mais à ce jour, les habitants du Genevois contribuent à 30% de la valeur ajoutée du canton. Et le nombre de Genevois augmente six fois plus vite en France qu’à Genève! Elle a eu du mal à le croire mais a convenu que cela justifiait mes interventions.

Je l’ai informée que les plus grandes multinationales installées à Genève bénéficiaient d’un taux d’imposition 24 fois inférieur à celui des entreprises locales. Avec une telle attractivité fiscale, pas étonnant que les infrastructures saturent. Elle était abasourdie de constater que la «préférence cantonale» était absurde face à une telle «préférence étrangère» en matière de fiscalité. Elle s’étonnait que son voisin PLR ne lui ait jamais parlé de ces conditions fiscales révoltantes accordées par quelques individus, en toute opacité, aux plus grandes multinationales.

Elle trouvait qu’il y avait trop de frontaliers et chaque jour un peu plus. Je lui ai confirmé que tant que Genève attirerait 10 000 à 15 000 emplois par an par son dumping fiscal mais ne construirait que 1000 à 1500 logements par an, elle créerait mathématiquement 15 pendulaires de plus chaque jour, qui devraient bien se déplacer de leur logement à leur emploi. Je lui ai dit qu’il était très simple pour Genève d’avoir moins de frontaliers: soit attirer dix fois moins d’emplois, soit construire dix fois plus de logements. Elle a reconnu que la croissance genevoise était schizophrénique. Elle se disait que la prochaine votation sur les taux d’imposition des entreprises serait une bonne occasion de débattre avec son voisin du modèle de croissance genevois.

Elle trouvait que Saint-Julien profitait bien de la croissance genevoise. J’ai reconnu que les frontaliers étaient effectivement rémunérés pour leur travail. J’ai ajouté sur le ton de l’humour que c’était assez habituel dans les pays qui ont aboli l’esclavage. En revanche, la vie est de plus en plus dure pour les caissières, les infirmières, les enseignants, les médecins, qui sont si nécessaires à Saint-Julien. Pour la Commune, la croissance genevoise augmente les recettes d’environ 150 000 à 300 000 euros par an, pendant que des salles de classe supplémentaires coûtent à la Commune environ 900 000 euros d’investissements supplémentaires par an. Le compte n’y est pas!

Elle m’a suggéré que Saint-Julien cesse de construire autant de logements. Elle avait raison. Je l’ai informée qu’à Saint-Julien désormais, nous réduisons de moitié le rythme des constructions de logements. À charge pour Genève soit de construire pour ses enfants, soit de voir les futurs frontaliers s’installer dans des communes qui n’auront jamais ni tram ni train. On a convenu de se revoir. Elle a envie d’en savoir plus sur le Genevois français.

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