À Nyon, des élus repoussent la reconstruction du Beau-Rivage

La CôteLes autorités sont consternées. Alors que tous les feux étaient au vert, une fronde politique bloque le projet hôtelier.

Selon les opposants, le projet de reconstruction du Beau-Rivage déroge trop au plan de quartier de Rive.

Selon les opposants, le projet de reconstruction du Beau-Rivage déroge trop au plan de quartier de Rive. Image: LDD

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La démarche est inédite. Quinze personnalités nyonnaises, dont dix élus du Conseil communal tous partis confondus, trois anciens élus et deux pièces rapportées, soit un entrepreneur bien connu de la région et un psychiatre, mari d’une élue, ont fait une opposition collective au projet de reconstruction de l’Hôtel Beau-Rivage. Suite à l’effondrement d’un mur, en juin 2018, il ne reste de cet établissement, fermé depuis novembre 2015, que les murs de l’entrée principale, consolidés par d’énormes étais métalliques. L’enquête complémentaire, adaptant le permis de construire délivré en 2018 à une reconstruction totale du bâtiment, vient de s’achever.

À la Commune, le dépôt de cette opposition a fait l’effet d’une bombe et laisse un Service de l’urbanisme complètement désemparé. «C’est une totale surprise! Tous les partenaires de ce projet, soit le propriétaire, la Ville, les services cantonaux, les Monuments et sites, Pro Novioduno étaient tombés d’accord sur cette troisième mouture qui permet de construire le Beau-Rivage dans l’esprit de l’ancien hôtel», s’étonne Maurice Gay, municipal de l’Urbanisme. Et de dénoncer ce qui ressemble fort à un manifeste politique, des élus recourant à une action juridique au lieu d’user des outils habituels pour faire valoir leurs droits, soit l’interpellation au Conseil communal. Cette manière d’agir traduit-elle un excès de formalisme? Une frustration du Conseil de ne pas être associé à ce projet?

«Pastiche» hors norme

Certes, les élus n’ont pas eu l’occasion de se prononcer. Il s’agit de reconstruire un hôtel privé sur une parcelle privée. Si deux conseillers, le Vert Pierre Wahlen et le PLR Pierre-Alain Couvreu de Deckersberg, tous deux architectes, ont lancé la fronde, c’est que ce projet de reconstruction n’est pas conforme au plan partiel d’affectation de Rive. Il comprend trop de dérogations et, vu que le bâtiment d’origine a presque totalement disparu, on ne peut se contenter d’une enquête complémentaire. «Si le projet avait été réglementaire, on n’aurait pas pu agir, même si cette reconstruction en forme de pastiche fait dans l’urgence ne donne que l’illusion de retrouver un patrimoine perdu», explique Pierre Wahlen.

Ce que les opposants reprochent à ce plan, c’est de ne pas respecter les gabarits et le parcellaire du quartier de Rive. L’annexe, bâtiment contigu en ruines, racheté par l’hôtelier en 2014, a été mise au même niveau que la façade lac, et présente un front uni relié par des balcons. Le toit de l’annexe est rehaussé de plus d’un mètre et la façade lac du corps principal n’est plus parallèle à la rue de Rive, où se trouve l’entrée principale, mais parallèle aux quais. Des modifications qui entraînent quelques mètres carrés de surface de plancher supplémentaires. Ces éléments parmi d’autres ont motivé ces professionnels à réagir avec l’appui d’autres élus et d’un avocat. Feront-ils recours au Tribunal cantonal si la Municipalité lève l’opposition? «Ce n’est pas impossible, car il y a matière à le faire», estime Pierre Wahlen.

Propriétaire tenace

À la Ville, on explique que les dérogations accordées avaient pour but de répondre à des contraintes techniques, comme l’installation de panneaux solaires, qui respectent l’obligation d’avoir 30% d’énergie renouvelable. Le toit a donc été rehaussé pour qu’on ne voie pas ces installations depuis la terrasse du château. Pour le Service de l’urbanisme, corriger légèrement l’angle d’implantation du bâtiment ne remet pas en cause la qualité, la caractéristique et l’esprit de Rive, et ne relève pas non plus d’un cadeau fait au propriétaire du Beau-Rivage.

«Nous avons intérêt à ce que cette ruine disparaisse du paysage et que ce projet, très proche de l’original, réponde au besoin en lits hôteliers», rappelle le syndic Daniel Rossellat, qui ne voyait pas dans ces plans un changement marquant justifiant une enquête publique repartant de zéro. «Ce que je crains, c’est qu’en cas de nouvelle procédure, le propriétaire ne perde patience et envoie tout balader», ajoute Maurice Gay.

Or ce dernier, l’homme d’affaires saoudien Mohammed A. al-Faraj, s’est dit prêt à discuter avec les opposants. «Ce projet lui a déjà causé beaucoup de temps et d’argent perdus, et il pensait avoir trouvé la solution pour construire quelque chose qui recueille un assentiment assez large. Beaucoup d’éléments juridiques invoqués relevant du pouvoir d’appréciation de la Municipalité, nous restons sereins et sommes prêts à trouver des solutions pour avancer», note son avocat, Marc-Olivier Buffat.

(24 Heures)

Créé: 24.04.2019, 07h11

Recours contre la Suettaz

Les grands chantiers nyonnais ont décidément bien de la peine à avancer. Sept conseillers communaux viennent d’adresser au Conseil d’État un recours, demandant l’annulation du vote du Conseil communal sur le plan partiel d’affectation de la Suettaz.

Le 1er avril dernier, des élus du Parti des indépendants, de l’UDC et des Vert’libéraux avaient tenté de s’opposer, dans un rapport de minorité, à ce PPA visant à reconstruire la grande barre de logements des années soixante. À leurs yeux, ce projet sacrifiait toute la végétation existante, dont des grands arbres, au profit de constructions basses (24 heures du 11 avril). À l’issue du vote, par lequel le Conseil communal avait approuvé le PPA à sept voix d’écart, ils songeaient à lancer un référendum contre cette décision.

Dans l’immédiat, ils ont choisi une voie plus directe, en demandant au gouvernement d’annuler ce vote. «Nous estimons que les élus ont été mal informés sur le nombre d’arbres qui seront abattus dans ce projet», explique l’un des signataires, l’UDC Sacha Soldini. Le préavis municipal parlait d’une trentaine d’arbres, or selon un recensement fait après coup avec un citoyen connaisseur en la matière, une soixantaine d’arbres et haies protégés par l’actuel règlement en vigueur à Nyon seraient sacrifiés. Partant de ce constat, les recourants estiment que le Conseil communal a reçu des informations incomplètes, comme ce fut le cas lors du vote sur le PPA de Clémenty, annulé en octobre dernier par le Tribunal cantonal parce que les élus n’avaient pas eu connaissance d’une deuxième étude sur le trafic avec des conclusions différentes de la première.

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