L’Hôpital de Nyon, pionnier de l’intelligence artificielle

MédecinePremière en Suisse: un algorithme aidera les oncologues à confirmer ou identifier de nouveaux traitements.

Directeur général du GHOL, Daniel Walch mise sur la technologie numérique pour faire avancer la médecine.

Directeur général du GHOL, Daniel Walch mise sur la technologie numérique pour faire avancer la médecine. Image: Florian Cella

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Daniel Walch met en pratique la leçon qu’il fait aux autres. En octobre dernier, le directeur général du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL) publiait avec le docteur en informatique Xavier Comtesse un livre visionnaire, «Médecine augmentée». Qui prédisait une médecine à meilleur prix grâce au recours à l’intelligence artificielle (IA), une technologie numérique que les médecins devraient selon les auteurs s’approprier le plus rapidement possible. Aujourd’hui, l’Hôpital de Nyon donne l’exemple, puisqu’il sera le premier de Suisse à installer le logiciel Watson en oncologie, programme d’intelligence artificielle développé par IBM.

À quoi servira ce nouvel outil? À traiter, grâce à son puissant algorithme, la montagne de données médicales. Pas moins de 50'000 articles de recherche sont publiés chaque année, rien qu’en oncologie. De quoi dépasser de loin la capacité de lecture d’un médecin, d’autant plus que, selon une récente étude, cette masse d’informations serait vouée à doubler tous les septante-trois jours d’ici à 2020!

Un plus pour les médecins

Le module Watson en oncologie, développé en collaboration avec le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center (MSKCC), propose donc aux spécialistes de faire ce travail à leur place. Concrètement, les informations médicales, totalement anonymisées, du patient – analyses de sang, tissus cancéreux, etc. – seront saisies dans le logiciel. L’algorithme traitera ces informations et cherchera toutes les publications en lien avec ce profil de cancer. Il peut consulter en quelques secondes plus de 15 millions de pages sur l’oncologie et proposer des options de traitements basées sur les dernières connaissances en la matière.

Dans les pays où cette IA Watson est déjà utilisée, soit aux États-Unis, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Chine, au Japon ou en Inde, le diagnostic de la machine est à 99% le même que celui des médecins. Mais parfois le logiciel va suggérer une molécule ou un médicament qui a obtenu de bons résultats. «Une étude récente montre que là où IBM Watson est utilisé, 13% des plans de traitements ont été modifiés. Chez nous, le groupe de spécialistes qui traite son cas, le tumor board, sera bien sûr libre de l’appliquer ou pas. Car ce système ne vise pas à remplacer les médecins, mais à leur offrir un plus pour conforter leurs plans de traitements ou en suggérer d’autres», rappelle Daniel Walch.

Consentement écrit

Quant au patient, bien que ses données soient anonymisées, il devra donner son consentement par écrit pour l’utilisation du logiciel.

Une nouvelle méthode qui a forcément suscité quelques résistances. Les oncologues de l’Hôpital de Nyon ne craignaient pas l’outil, mais la surcharge de travail qu’il va induire sur des horaires déjà bien remplis. «C’est pourquoi nous avons décidé d’engager un ou une data manager à mi-temps pour saisir les dossiers médicaux», explique le directeur. Les médecins seront formés par l’équipe IBM d’ici à la fin de l’été pour être opérationnels à la fin de septembre.

Pour acquérir ce programme, dont IBM ne veut pas révéler le coût, le GHOL a reçu le soutien d’une fondation de bienfaisance, qui désire rester anonyme. Elle financera une bonne partie du logiciel et de la formation des médecins. Quant à l’hôpital, il prendra en charge le coût du recours à l’algorithme d’IBM, qui n’est pour l’instant pas remboursé par les assurances maladie. Aux États-Unis, ce n’est que depuis avril 2018 que la fameuse Food & Drug Administration reconnaît ces actes médicaux.

Pour Daniel Walch et Xavier Comtesse, les données du big data, l’internet des objets et l’intelligence artificielle vont transformer la médecine plus sûrement qu’aucune technologie auparavant. Ces données permettront une approche prédictive, une médecine de précision qui conduira à une réduction des coûts. Pour le système de santé suisse, ils ont évalué les économies à 4 milliards de francs d’ici à dix ans, pour autant que la Suisse ne rate pas le coche de l’IA.


«Médecine augmentée»
Daniel Walch et Xavier Comtesse Éditions G d’Encre, 2018

Créé: 04.07.2019, 07h13

Le dernier mot reste aux médecins

L’idée de tirer parti des masses de données collectées sur les patients et de la littérature médicale est déjà en route dans notre pays, avec la mise en place récente du Swiss Personalized Health Network (SPHN), dont le CHUV pilote le réseau de mise en commun des données cliniques en oncologie.

Si l’hôpital universitaire a eu des discussions avec IBM, il ne s’est pas doté de cet outil pour l’instant. «Il y a eu des critiques sur les recommandations de traitements faites par Watson, car elles peuvent être biaisées par rapport au standard américain, d’autres pratiques étant en cours dans d’autres pays. C’est pourquoi les spécialistes locaux doivent avoir le dernier mot», explique Michel Cuendet, responsable de recherche au département d’oncologie du CHUV.

Pour lui,il manque à ce jour une étude clinique qui permettrait de comparer deux groupes de patients, traités ou non selon Watson. «Car on ne mesure pas encore bien comment la machine influence le processus de décision des médecins et du patient. Ce dernier va-t-il accepter plus facilement un traitement rare s’il est appuyé par Watson?»

Néanmoins, la tendance générale est de fournir aux médecins ces outils pour appuyer leurs décisions, idéalement sur le plan mondial. Reste à savoir si les efforts pour y arriver doivent venir des milieux académiques, des services publics ou d’un partenaire commercial comme IBM, sachant qu’il y a des facteurs de coûts, d’assurances et de pratiques qui ne sont pas réglés.

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