Julie Moulin est épanouie en «Jupe et pantalon»

PortraitA 37 ans, l'auteure gessienne publie son premier roman, aux éditions Alma.

La Gessienne Julie Moulin publie son premier roman Jupe et pantalon aux éditions Alma.

La Gessienne Julie Moulin publie son premier roman Jupe et pantalon aux éditions Alma. Image: Olivier Vogelsang

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Jupe et pantalon est né dans un songe. «Une nuit, mes jambes m’ont visitée. L’une disait à l’autre: j’en ai marre, je vais partir. L’autre protestait.» Tel est le point de départ du premier roman de Julie Moulin. Cette Gessienne de 37 ans, née à Paris, a pris la plume comme on prend ses jambes à son cou. Animée par un sentiment d’urgence intérieure. «J’ai commencé à écrire pour voir ce que j’avais dans le ventre.» Peu à peu, les carnets qui ne quittent pas son sac à main se noircissent. Frontalière dans le milieu bancaire, elle écrit dans un tea-room rue Voltaire, durant ses pauses déjeuner, puis les vendredis, dans une bouquinerie de Gex. A cheval sur la frontière.

A tel point que ce soir, à la médiathèque Correspondances de Divonne, c’est un vernissage qui est organisé pour la sortie de Jupe et pantalon. «En France, on ne «vernit» pas les livres. Mais, je partage tellement ma vie entre les deux pays que j’ai demandé à ce qu’on emploie le terme suisse», sourit-elle. Si elle ne peut être qualifiée d’auteure romande, elle n’est pas tout à fait une inconnue de ce côté de la frontière. Son manuscrit avait été remarqué par l’éditeur genevois Cousu Mouche. Elle a aussi œuvré dans la cage aux écrivains au Salon du livre 2015.

Le récit de Marguerite, la jambe

Autant de retours positifs qui l’ont encouragée à croire en elle. «J’écrivais pour moi et puis, au fil du temps, j’ai eu envie d’être lue, de partager», confie-t-elle. C’est finalement Alma, éditeur parisien, qui la sélectionne («Ils ne publient que deux premiers romans par an», précise la trentenaire avec fierté). Elle apprend la nouvelle par e-mail. «Je suis rentrée chez moi et je me suis mise à danser!» se souvient-elle. On imagine sans peine cette femme à l’énergie communicative virevoltant dans son salon.

Derrière les lunettes un brin sérieuses, ses yeux clairs pétillent. Tandis que scintille un discret piercing sur son nez. Ce grain de folie s’invite dans son roman. Durant toute la première partie, la narratrice n’est autre que Marguerite, l’une des deux jambes de A., l’héroïne. Soumise dans les premiers temps aux caprices de Boris et Brice, les bras, et souvent solidaire de Babette la paire de fesses.

Originale, la trentenaire l’est aussi dans son parcours. «J’étais une bonne élève, j’ai fréquenté de bonnes écoles, fait les bons stages et décroché un bon boulot dans la finance, résume-t-elle. Mais, dans ce parcours tout tracé, j’ai quand même pris quelques tangentes.»

Amoureuse de la Russie

Ainsi, à 13 ans, quand il s’agit de choisir sa deuxième langue, elle opte pour le russe, «pour me démarquer des autres». Et tombe amoureuse de cette langue, de cette culture, de la littérature. «Dès que je gagnais un peu de sous, je partais à Moscou.» Ses études comme son parcours professionnel sont désormais guidés par cette passion. «A l’époque pour travailler avec la Russie, le meilleur moyen était le domaine des hydrocarbures.» D’où un master à l’Institut français du pétrole. «J’ai tout appris sur le forage… mais en russe», rit-elle.

En 2002, c’est de nouveau par amour, cette fois pour son compagnon, qu’elle s’exile. Direction New York. «Là, j’ai postulé pour travailler dans la finance et on m’a conseillé de chercher du travail à Genève.» S’ensuit un retour en France mais loin de Paris, dans le Pays de Gex. Ici, elle se marie et commence une vie de mère de famille bien remplie. Quittant au passage le monde de la grande finance pour celui du microcrédit. Pour finalement démissionner en 2012. Désormais, c’est loin des chiffres qu’elle vit sa vie. Seuls les mots l’animent. Admiratrice des auteurs russes, de Romain Gary et de Virginia Woolf (ainsi que du cinéma d’Almodóvar), elle fait ses premiers pas dans la cour des grands avec Jupe et pantalon. «C’est vraiment cela que je veux faire. Je ne me vois plus arrêter d’écrire.» (TDG)

Créé: 10.02.2016, 20h00

Dossiers

Bio express

1979 Née à Paris le 7 janvier.

1992 Ayant choisi d’apprendre le Russe, elle effectue son premier voyage là-bas.

1996 Sciences Po à Paris.

2002 Master dans les hydrocarbures.

2003 Après un an à New-York, elle décroche un poste à BNP Paribas Genève.

2005 Mariage.

2006 Elle s’oriente vers le microcrédit. «J’avais besoin de donner du sens.»

2006 Naissance de Jérémie, puis de Fanny en 2008 et de Capucine en 2011.

2010 «Une nuit, mes jambes me rendent visite»: le point de départ de son roman.

2016 Sortie de Jupe et pantalon, Ed. Alma.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Ignazio bat Maudet
Plus...