Le Grand Genève a 10 ans, doit-il grandir? Guy Mettan face à Ana Roch

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Le 5 septembre 2007 était signé le premier projet d’agglo franco-valdo-genevois. Le non des Genevois aux parkings d’échange a donné un coup de frein au chantier. Faut-il le relancer et comment? Guy Mettan, Député PDC au Grand Conseil et Ana Roch, Présidente du MCG exposent leur avis.

Grand Genève: un (trop?) grand succès

Guy Mettan, Député PDC au Grand Conseil

Regardez le chemin parcouru depuis dix ans. Les plans d’agglomération se succèdent sans discontinuer avec le soutien actif de Berne. Le CEVA se construit envers et contre tout: la catastrophe financière annoncée n’aura pas lieu, les Français ont payé leur part comme prévu et plus le projet prend forme, plus la population adhère. Des lignes de tram, des bus à haut niveau de service et même de nouvelles routes comme celle des Nations ou du Barreau Sud se profilent à l’horizon. La situation des transports reste certes très tendue mais on est sorti des psychodrames du début de la décennie.

Sur le plan économique, l’emploi régional continue à progresser malgré les difficultés financières, tant en ce qui concerne les frontaliers (+2,8% en 2017 à plus de 91 000) que les Genevois. Et les nouveaux logements sortent de terre un peu partout à Genève, même si on peut encore faire mieux. Côté France, les communes sont en train de régler le problème des résidents suisses non déclarés qui péjoraient leurs comptes. Et la mise en place d’une préférence «cantonale» pour l’emploi et de garde-fous contre la concurrence d’une main-d’œuvre étrangère stimulée par la libre circulation, a pu se faire sans compromettre l’emploi frontalier. De ce point de vue, le MCG aura été utile!

Et sur le plan politique, on a pu traverser deux crises sans dégâts majeurs. Le refus de financer des parkings relais en France par le peuple genevois et l’acceptation de l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse» en 2014 ont provoqué un bref moment de panique, mais suivi d’une salutaire phase de ressaisissement. De même, ni le basculement de la majorité à droite dans une Région Rhône-Alpes élargie à l’Auvergne ni l’actuelle recomposition politique sous l’ère Macron n’ont remis en cause le Grand Genève.

Au final, le Grand Genève sort donc largement renforcé de ces «crash tests» imprévus. Cela dit, l’ouvrage doit sans cesse être remis sur le métier car rien n’est jamais acquis. L’attention doit se porter dans trois directions. L’emploi: veiller à ce que le marché du travail reste fluide pour les résidents suisses les plus vulnérables et à ce que le patronat ne joue pas la concurrence entre Suisses et frontaliers. Les transports: avec le CEVA, l’objectif sera de faire basculer le transport privé frontalier vers les transports collectifs. Ce n’est pas gagné! L’institutionnel, qui reste le talon d’Achille du Grand Genève. De ce point de vue, on n’aura pas du tout progressé. Si les négociations se passent plutôt bien aux niveaux opérationnels, la gouvernance stratégique et la chaleur humaine laissent encore sérieusement à désirer. Ce seront les prochains grands combats à mener.

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La politique régionale est dans l’impasse

Ana Roch, Présidente du MCG

Depuis des décennies, la politique régionale du canton de Genève ne donne pas satisfaction et conduit aux mêmes impasses depuis des décennies. Ce ne sont pourtant pas les concepts qui ont manqué. Il y eut le Conseil du Léman, l’agglomération franco-valdo-genevoise, plus récemment le Grand Genève et quelques idées géniales qui se sont perdues dans les sables et ont disparu des mémoires.

À chaque fois, nous constatons que la région n’arrive pas à franchir les barrières des systèmes économiques et politiques divergents de la Suisse et de la France, qui empêchent la création d’une véritable région cohérente. Quand des projets sont lancés, il s’agit presque toujours d’une action à sens unique: Genève paie pour la région française proche. Nous ne sommes pas sur un pied d’égalité.

Il y a dix ans, le premier projet d’agglomération franco-valdo-genevois était signé. Cette structure est tout à fait artificielle et crée un nouvel échelon inutile, avec un financement à sens unique provenant de la Confédération suisse. Ce déséquilibre n’est pas sain. Une fois de plus, la méthode qui est choisie n’est pas la bonne. Aussi longtemps que les décisions seront prises de l’autre côté de la frontière, à Paris ou au niveau d’une région mammouth «Rhône-Alpes-Auvergne», dépendant parfois de l’état d’âme d’un président de la République, il ne sera pas possible d’avoir une politique régionale qui soit digne de ce nom dans la durée.

Que doit-on faire? Avant tout, il faudrait stabiliser le marché de l’emploi afin d’éviter le chômage massif pour les résidents genevois dû à l’afflux de nouveaux travailleurs frontaliers venant de plus en plus loin, en dehors de notre sphère régionale. Quant aux entreprises genevoises, en particulier les PME, elles sont souvent oubliées, comme on s’en est rendu compte dans les chantiers du CEVA.

Pour le MCG, une priorité doit être accordée aux travailleurs locaux et aux entreprises de notre canton. Dans le cadre de la politique régionale actuelle, ce n’est pas possible. En ce domaine, comme dans d’autres, il faut davantage de réalisme. Les grandes idées et les utopies comme le Grand Genève sont dangereuses.

Aussi longtemps que certaines réalités dérangeantes seront écartées, aucune politique régionale durable ne pourra exister.

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Créé: 01.12.2017, 15h56

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