Entre Gland et Chêne-Bougeries, le grand écart générationnel

PolitiqueGland est la ville suisse avec le moins de retraités. Chêne-Bougeries est à l'autre extrême. Portraits croisés.

Image: Vanessa Cardoso-a

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Près d’un quart de la population aura plus de 64 ans en 2030. Cette prévision de l’Office fédéral de la statistique est déjà une réalité dans plusieurs communes helvétiques. Selon des chiffres de l’Union des villes suisses (UVS), Riehen (BL) comptait 26,8% de retraités en 2013, Muri bei Bern 26,3%, Chiasso (TI) 25,4%. De ce côté de la Sarine, Chêne-Bougeries approchait cette limite (24,5%). La commune genevoise est aussi l’une de celles comptant le plus d’aînés de 80 ans et plus (9%). Là encore, la tendance n’est pas isolée: cette population va augmenter de 80% d’ici à 2030. Et avec elle, les besoins en soins, en infrastructures ou en activités pour éviter l’isolement.

Si la Suisse vieillit, elle ne le fait pas de manière uniforme. La proportion d’aînés a diminué ces dernières années dans les grandes villes, alors qu’il y a toujours davantage de personnes âgées dans les communes de petite et moyenne importance. Et l’UVS appelle à se préparer à ces changements. Ce tableau général comprend toutefois des exceptions. C’est le cas de Gland, la commune helvétique qui comptait le moins de retraités en 2013 (10% de la population) et très peu de personnes âgées de 80 ans et plus (2%). Tout semble donc l’opposer à Chêne-Bougeries. Vraiment? Portraits croisés au-dessus de la Versoix.

Gland ouvre des crèches

Au Colibri, ce jeudi, on fête les 4 ans d’un garçon. Le lieu a ouvert il y a un peu moins d’un an à Gland. C’est la dernière-née des cinq crèches que compte la commune vaudoise. Mais elle ne détiendra pas longtemps ce titre: une nouvelle institution ouvrira à la rentrée d’été. «On court davantage après les places de crèche que d’EMS, commente Christine Girod, municipale en charge de la Jeunesse. Nous devons aussi trouver des solutions supplémentaires pour l’accueil parascolaire.»

Lorena Bolognino, qui dépose chaque matin son fils au Colibri, travaille justement à la Commune de Chêne-Bougeries. Son regard? «Chêne-Bougeries me paraît plus animée durant la journée que Gland. Au fond, c’est logique… Ici, les parents travaillent; leurs enfants sont à l’école.» A Gland, on compte autant de bambins de moins de 6 ans que de retraités. En cinquante ans, la commune est passée de 1200 à 12 800 habitants. Parmi les nouveaux venus, beaucoup de jeunes couples et de familles attirés par les possibilités de logement entre Lausanne et Genève. L’écoquartier d’Eikenott, où se situe le Colibri, vient d’ailleurs de sortir de terre. Il accueille 1200 personnes.

La jeunesse a ses revers

Être jeune, cela présente aussi quelques inconvénients pour une commune. Les familles ne sont pas les citoyens qui paient le plus d’impôts, note le syndic, Gérald Cretegny. Et puis, des investissements sont nécessaires. Une nouvelle école a été construite il y a six ans; un autre bâtiment sera réalisé cette année avec quelques classes et des infrastructures pour l’accueil parascolaire.

«Nous ne savons pas si la tendance va se poursuivre et dans quelles proportions, poursuit le syndic. Le risque est d’avoir tout à coup des équipements surdimensionnés.» Car sa commune n’échappe pas pour autant à la tendance générale et les 55-65 ans sont désormais aussi nombreux que les retraités. Gland se prépare donc à un certain vieillissement. Elle planifie la construction d’un nouvel EMS et songe à la création de logements équipés de façon à accueillir des aînés. Depuis quatre ans, les seniors se réunissent aussi dans l’association Vivre à Gland (Vivag) et organisent diverses activités. Mais la définition de «seniors» reste relative, puisque Vivag accueille les plus de 55 ans.

Chêne-Bougeries fête les 100 ans

Changement de décor à Chêne-Bougeries. Comme maire, Jean-Michel Karr y a fêté durant un an les anniversaires des nonagénaires et des centenaires. Soit quelque six célébrations par mois. Sa commune a été qualifiée d’EMS à ciel ouvert? L’écologiste balaie l’image: «S’il y a autant de retraités, c’est parce que les gens sont restés. Cette stabilité sociale est une force.» Chêne-Bougeries compte quatre EMS, dont certains pensionnaires viennent de l’extérieur, et deux résidences destinées aux aînés indépendants. Sa particularité trouve aussi son explication dans les complexes de la Montagne (550 logements) et de la Gradelle (1600). Un tiers des habitants n’y ont pas changé depuis leur construction dans les années 1960.

Adapter les politiques

La Commune a développé diverses activités pour ces retraités et, au sein de l’administration, une personne leur est particulièrement dédiée. La question doit aussi être intégrée dans des décisions qui, a priori, n’ont rien à voir avec l’âge. Ainsi, il a fallu intégrer les besoins accrus de soins à domicile dans le plan de stationnement communal. Mais, selon Jean-Michel Karr, les politiques n’anticipent pas suffisamment l’évolution démographique. Il donne l’exemple de l’aménagement du territoire: «Les villes ont été conçues pour des personnes valides. Aujourd’hui, il faudrait aménager des trottoirs plus larges, davantage de passages piétons sécurisés ou des places assises aux abribus.»

Un projet pour intégrer les aînés

Et comment intégrer les aînés? Une expérience inédite est menée à Chêne-Bougeries. Il y a dix ans, dans le cadre de la rénovation de l’EMS du Prieuré, le Bureau central d’aide sociale (BCAS, fondation privée reconnue d’utilité publique) a cherché des solutions innovantes. Jean-Pierre Larderaz, aujourd’hui retraité, a animé le groupe de travail chargé de les trouver. «Nous voulons accompagner le désir de vivre des personnes âgées en favorisant un partage intergénérationnel, explique-t-il. Nous avons pensé qu’il fallait aller chercher la vie là où elle se trouvait.»

Des établissements ont été visités en Suisse, au Danemark et en France. Le résultat: trois bâtiments regroupant un EMS, une crèche, un foyer pour personnes polyhandicapées de la Fondation Clair-Bois, des logements d’étudiants qui travailleront dans l’EMS et à Clair-Bois pour payer leur loyer et des appartements ordinaires. Ce complexe du Nouveau Prieuré a été financé par des soutiens publics et d’importants dons privés. Le nouvel EMS a déjà ouvert ses portes. Deux autres bâtiments et une place du village sont en construction. L’inauguration est prévue pour l’an prochain. «Nous aurons un merveilleux outil de travail, conclut Jean-Pierre Larderaz. Reste à espérer que chaque institution partenaire ne se recroqueville pas sur elle-même et ait à cœur de vivre concrètement le partage.» (TDG)

Créé: 05.05.2015, 07h44

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