Les futurs lémans n'emballent pas les Genevois

Argent L’annonce du lancement d’une monnaie complémentaire au sein du Grand Genève a suscité de vives réactions.

Le léman, monnaie locale complémentaire annoncée pour septembre, ne convainc pas les Genevois.

Le léman, monnaie locale complémentaire annoncée pour septembre, ne convainc pas les Genevois. Image: Keystone

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Plus de cent commentaires sur le site tdg.ch et tout autant sur la page Facebook du quotidien. L’annonce du lancement en septembre d’une monnaie locale complémentaire – le léman – pour intensifier les échanges au sein de la région a suscité des réactions très contrastées parmi les lecteurs de la Tribune de Genève et les politiciens de la région. Entre les «Complètement utopique!» et «Pourquoi pas la drachme, c’est très tendance en ce moment», le nouvel arrivant sur le marché monétaire genevois ne laisse pas la population indifférente.

Politiciens réfractaires

De manière générale, le projet peine à convaincre les habitants, déjà confrontés au problème de la cohabitation de deux monnaies au sein d’un même bassin de vie. Parmi les plus réfractaires: les politiciens de droite, qui n’hésitent pas à fustiger l’idée avant même sa concrétisation. «C’est ridicule, ce n’est pas une monnaie qui va renforcer l’économie locale, fulmine la PLR Fabienne Gautier, également présidente de la Fédération du commerce genevois. Il y a d’autres moyens pour cela, comme étendre les horaires d’ouverture des magasins.» Moins virulent, le maire de Saint-Julien-en-Genevois, le centriste Antoine Vielliard, estime pour sa part qu’il n’y a pas besoin d’introduire de nouveaux billets pour acheter local et favoriser les entreprises responsables. «Il y a déjà les labels, ça suffit.»

A gauche, les positions divergent davantage. Le socialiste et membre de la Commission de l’économie au Grand Conseil Roger Deneys se dit convaincu que «le projet a de l’avenir, même si les gens craignent dans un premier temps de perdre de l’argent». Son collègue de parti Romain de Sainte Marie ne cache pas en revanche son scepticisme. «Je comprends l’idée de fond et je la partage, mais je ne pense pas qu’on y arrivera par ce biais-là. Je trouverais plus intéressant de tenter de relocaliser l’économie en intégrant un critère régional dans l’attribution de certains marchés publics. Mais les lémans n’auront pas d’influence là-dessus. J’ai l’impression que les monnaies parallèles fonctionnent dans d’autres configurations que celles du bassin lémanique.»

Quelles sont ces configurations? Difficile de généraliser au vu du nombre d’expériences en la matière lancées ces dernières années. Rien qu’en France, une soixantaine de monnaies complémentaires sont aujourd’hui établies ou en construction. En Suisse, elles se comptent par contre sur les doigts de la main. «Entre 4 et 5, évalue Antonin Calderon, diplômé en socioéconomie à l’Université de Genève, qui a effectué son mémoire de master sur le sujet. On observe moins d’effervescence autour de ces alternatives économiques.»

L’ex-étudiant relève par ailleurs que les démarches les plus fructueuses ont été réalisées dans des régions marquées par un tissu associatif dense. «Les associations sont plus sensibles aux valeurs prônées par les monnaies locales. Si elles sont nombreuses, la monnaie peut alors démarrer en comptant sur un nombre d’utilisateurs plus important.» C’est notamment ce qui explique le succès de l’eusko, lancé au Pays basque en 2013 et utilisé aujourd’hui par environ 3000 personnes et 600 entreprises et associations.

60 000 usagers du wir

En Suisse, le wir, créé sur la base du crédit mutuel et destiné à toutes les entreprises du pays, affiche lui aussi un nombre d’usagers impressionnant: 60'000 PME y ont actuellement recours. Lancé en 1934 à Bâle, il fait partie des premières monnaies complémentaires créées à la suite de la crise de 1929. Ces systèmes alternatifs ont connu un nouvel engouement avec l’éclatement de la bulle Internet au début des années 2000 puis la crise des subprime. «Beaucoup de gens cherchent depuis à mettre en place des systèmes résilients aux crises monétaires et à donner une valeur éthique à la monnaie», analyse Antonin Calderon. (TDG)

Créé: 08.07.2015, 21h21

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Sandro, fret maritime: «Utopique mais j’aime le côté durable».

Albert et Eugénie, étudiants: «Sympa la promo de l’économie régionale!».

Vincent, expert-comptable: «L’euro est déjà notre monnaie commune».

Les passants aiment, mais avec des bémols…

Six Genevois rencontrés entre la gare routière et la rue du Rhône, cinq avis favorables au futur léman, avec des réserves, et un avis clairement négatif: telle est la récolte des jeunes de Passeport-Vacances.

Ricardo tient le kiosque-bistrot situé sur l’île Rousseau: «Les lémans sont une bonne initiative.» L’usage d’une caisse supplémentaire augmenterait son travail, à moins qu’il puisse rendre la monnaie en francs suisses, comme il le fait lorsque les clients paient en euros. Sur les nouveaux lémans, il verrait bien Jean-Jacques Rousseau.

Au square du Mont-Blanc, Sandro prend la pause. Il travaille dans le shipping (fret maritime). Le projet l’intéresse pour son côté développement durable, mais «c’est une utopie». Sur les billets, il opte pour le Jet d’eau.

Albert et Eugénie prennent le frais sur l’île Rousseau. L’idée leur paraît un peu compliquée, mais l’enjeu «économie régionale» séduit. Les deux étudiants craignent que l’écart de taux entre l’euro et le franc ne rende délicate la gestion de cette monnaie à cheval sur deux pays. Accepteraient-ils d’être payés en lémans? Ils se regardent et font la grimace. Sur les billets, ils mettraient une composition du Salève ou la carte du lac.

A la rue du Rhône, Vincent, un expert-comptable, ne voit pas de raison d’ajouter une troisième devise dans son porte-monnaie: «L’euro est notre monnaie commune.» Il craint que la gestion du léman ne se transforme en usine à gaz. Pour l’illustration, «surtout pas le Jet d’eau ni le Mont-Blanc! Il faut un sujet qui ne fasse pas de vagues, comme l’euro, qui a choisi la symbolique du pont.»

Christian Lefaix, directeur de la Banque du Léman, à la rue des Alpes, accueille favorablement la nouvelle monnaie. «Quel beau nom pour une monnaie», dit-il, un sourire en coin. Accepterait-il de vendre et d’acheter des lémans? Sa réponse est là bien plus prudente. «Tout dépend des modalités d’application, de la sécurité et de l’agrément des autorités suisses et françaises.» Christian Lefaix, qui verrait bien une belle photo du lac sur les billets, craint aussi des complications liées aux fluctuations du franc suisse par rapport à l’euro. «Dans les vingt ou vingt-cinq villes françaises qui pratiquent des monnaies locales, cette question ne se pose pas», relève le gérant.

Jean-François Mabut, avec Houman Aslani, Nicolas Frossard, Noam Reytan et Melany Zanone accompagnés par Nadja Crisafulli

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