Être binational, atout ou tabou pour aller à Berne?

Elections fédéralesRares sont les candidats affichant leur appartenance à un deuxième pays, en plus de la Suisse.

Le fait d’avoir une double nationalité n’est pas perçu de la même façon par les différents partis

Le fait d’avoir une double nationalité n’est pas perçu de la même façon par les différents partis

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Depuis le début de la campagne, les candidats défilent sous les yeux des électeurs. On connaît leurs opinions politiques, leur âge, situation familiale, ou profession. Mais, quasi aucun n’affiche son appartenance à un deuxième pays, en plus de la Suisse.

Genève, canton frontalier et très international, compte, selon l’Office fédéral de la statistique, 25% de binationaux (sur la population résidente âgée de plus de 15 ans). Il serait étonnant que ces derniers soient absents des listes. De là à penser qu’un double passeport ne soit pas un bon point pour un futur conseiller national ou conseiller aux Etats, il n’y a qu’un pas. D’où la question posée aux chefs de partis genevois et/ou candidats: la binationalité est-elle un atout ou un tabou dans la course pour Berne?

Reflet de la société suisse

Certains sont catégoriques. A l’image de l’UDC Céline Amaudruz: «Pour défendre les intérêts d’un pays, cela peut s’avérer contradictoire d’être binational. Surtout pour un conseiller fédéral, qui se retrouverait entre deux feux lors de négociations franco-suisses ou germano-suisses.» Pour rappel, l’UDC avait fait campagne en 2004 dans le but d’imposer la mononationalité. «On n’imagine pas Obama ou Hollande avoir deux passeports», poursuit-elle.

Un exemple sur lequel rebondit le président du PDC Genève, Sébastien Desfayes: «Son père étant Kenyan, Obama pourrait tout à fait avoir un double passeport. Ses origines diverses lui ont beaucoup apporté, à lui et à son pays.» Il avoue ne pas connaître de prime abord les binationaux de la liste PDC. «De toute façon, il n’y a pas de nationalité suisse au rabais. Quand on a le passeport, on a tous les droits, y compris celui de diriger le pays.» Quant à savoir pourquoi ce point n’apparaît pas dans le portrait des candidats, «il n’y a aucune volonté de le cacher. Mais il n’est pas non plus nécessaire de le souligner.»

Idem chez les Verts, dont la liste compte plusieurs binationaux. Selon Lisa Mazzone, elle-même Italo-Suisse, «c’est une particularité de la population d’être multiculturelle. Or, nous militons pour la représentativité de l’ensemble de la population. C’est d’ailleurs pourquoi nous souhaitons étendre les droits politiques aux étrangers résidents sur le territoire.» La présidente ajoute: «Notre vision de la patrie est très différente de celle de l’UDC. A nos yeux, torpiller le droit d’asile constitue bien plus une trahison des valeurs et traditions de notre pays.»

Parmi les candidats PLR au National, seul Benoît Genecand est binational (Franco-Suisse). Une information qu’Alexandre de Senarclens fournit après vérification: «On ne s’est pas posé la question et cela me paraît sain qu’on ne se la soit pas posée, stipule le président. Ce qui importe, ce sont les compétences, l’ouverture d’esprit!»

De son côté, le PS Suisse s’est fendu d’un communiqué sur le sujet, assurant que 30% de ses candidats ont «quelques racines à l’étranger». Parmi eux, Sylvain Thévoz qui affiche fièrement un triple passeport, français et canadien en sus du suisse: «Il faut éviter de penser les identités comme uniques. Plus ta palette est large, plus tu es efficace.» Il regrette que «dans une époque où le repli sur soi est grandissant, le risque de dommage à afficher une double nationalité demeure plus grand que le gain pour la collectivité. Pourtant, la lutte se joue entre les classes sociales, pas contre l’étranger. C’est ce que défend un parti internationaliste comme le nôtre.» Reste que son avis n’est pas partagé par tous les socialistes, l’un d’eux affirmant, sous couvert d’anonymat, que la fidélité à deux nations pose question.

Anti-communautarisme

L’avis de Roger Golay, candidat sortant MCG, est plus contrasté que ce que l’on pouvait imaginer. Il est l’un des seuls chefs de parti à connaître d’emblée la triple nationalité d’un des candidats de sa liste, soit Eric Stauffer (Suisse, Italien et Mauricien). «L’essentiel, c’est l’intégration. Je crois à la fidélité de celui qui prend un mandat, à sa volonté de servir le peuple suisse qui l’a élu. On peut aimer son pays d’adoption sans oublier ses racines.» A noter, «à titre personnel», Roger Golay déplore «le recours au communautarisme. C’est le citoyen suisse qui vote, pas la personne d’origine italienne ou portugaise.»

Créé: 13.10.2015, 21h13

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