Vent de panique chez les vendeurs de villas

EconomieEn France voisine, la hausse du franc perturbe le marché immobilier. En attendant que les Suisses achètent. Un jour peut-être…

Pour Bruno Oget, de l’agence ABI à Ferney-Voltaire: «Cette hausse du franc ne va pas apporter d’euphorie!»

Pour Bruno Oget, de l’agence ABI à Ferney-Voltaire: «Cette hausse du franc ne va pas apporter d’euphorie!» Image: Lucien Fortunati

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Voltaire, «patriarche de Ferney». Perché sur son piédestal, bravant la neige ce mardi matin, le philosophe ne reconnaît plus sa ville. Dans la rue commerçante, les agences immobilières et les banques se succèdent comme dans une ville casino. Signe des temps. La proximité de Genève a provoqué un boom immobilier dans le Pays de Gex. Mais depuis dix-huit mois, le marché trinque. Et les dernières nouvelles du franc suisse lui ont donné la gueule de bois.

Samedi, les Suisses se sont rués dans les supermarchés français pour profiter d’un euro devenu bon marché. Mais ils n’ont pas fait leurs emplettes dans les agences immobilières de Ferney-Voltaire. «Nous avons eu quelques visiteurs de plus, mais rien de significatif, note Bruno Oget, de l’agence ABI. Cette hausse du franc ne va pas apporter d’euphorie.» Le constat est largement partagé par les professionnels. Pas de queue devant les agences, mais des téléphones. Paniqués. De ceux qui justement sont en train de vendre leurs biens. «Beaucoup de nos clients nous demandent de stopper la mise en vente, note Joëlle Houque, de l’agence ABA. Ils veulent relever le prix car ils font face à des pertes.»

Pour comprendre ce désarroi, il faut remonter en arrière. Depuis l’automne 2013, le marché est à la peine. Il y a trop de vendeurs et pas assez d’acheteurs. Les péripéties politiques ont tué la demande. Les Suisses hésitent à acheter à la suite des décisions prises par le gouvernement français sur les questions fiscales. Les frontaliers craignent les contrecoups de l’initiative contre l’immigration de masse. La confiance est perdue, le climat n’est plus propice. Résultat: «Les prix ont baissé d’environ 20% depuis septembre 2013», relève Bruno Oget. Tous les secteurs sont touchés, surtout le haut de gamme. «Un propriétaire vendait sa villa 1,5 million d’euros, il est descendu à 1 million. Elle n’est pas encore partie.»

A cela s’ajoute le fait que la plupart des propriétaires frontaliers (français ou suisses) ont souscrit des emprunts en francs suisses. Quand on touche un salaire en francs, cela ne pose pas de problème. Mais quand la vie tourne… «Les gens qui pensaient faire une plus-value en vendant un bien acheté il y a six ans vont déchanter, prévient le notaire Mathieu Barralier. Certains n’arriveront même pas à rembourser leur emprunt.»

Vendre à perte

Un exemple est fourni par Joëlle Houque. «Des clients ont acheté une villa 850 000 euros en 2011. Aujourd’hui, ils la vendent 770 000 euros. Avec ce montant, ils arrivaient encore, la semaine dernière, à rembourser leur prêt bancaire de 794 000 francs. Aujourd’hui, avec la hausse du franc, il leur manque 10 000 euros.» En résumé, non seulement ces propriétaires vendent à perte, mais ils n’arrivent pas à rembourser leur hypothèque. Les chômeurs frontaliers sont particulièrement touchés par ces emprunts libellés en francs. Sans emploi, ils sont rémunérés en euros et sont frappés de plein fouet pour la hausse de la monnaie suisse. Autres victimes: les investisseurs, ceux qui ont acheté un appartement pour le louer. Le loyer, fixé en euros, ne suffit plus pour couvrir l’emprunt, toujours libellé en francs. «Ils nous appellent pour relever le loyer, mais ce n’est guère possible légalement, relève Joëlle Houque. Certains seront obligés de vendre.»

Vendre plus cher aux Suisses?

Pour conjurer la baisse des prix, ne faut-il pas vendre aux Suisses plus cher, en profitant de leur revenu démultiplié? «Certains le souhaitent, mais ce n’est pas réaliste, note Baptiste Matesa, de I2C immobilier. La demande est trop faible.» «Rien qu’à Ferney, 300 objets sont disponibles, poursuit Bruno Oget, le stock est trop grand pour espérer une hausse.»

On ne sait d’ailleurs pas quel sera l’intérêt des Suisses. «Il est trop tôt pour annoncer leur retour, prévient Arnaud Lecolinet, qui gère la promotion du Carré-Voltaire à Ferney, 150 appartements, dont 15% vendus à des Helvètes. Ce n’est plus l’eldorado d’il y a trois ans.»

Bruno Oget fait la même analyse. «La hausse du franc va toucher l’économie genevoise et créer de l’anxiété. Seuls ceux qui ne craignent rien pour leur emploi vont acheter. Mais pas tout de suite.» Mathieu Barralier conclut: «On peut espérer que le krach de jeudi va débrider le marché, mais je ne crois pas à une hausse subite et forte des prix.» Les vendeurs devront donc s’en contenter. Et rester philosophes.

Créé: 20.01.2015, 23h19

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