Un ferryboat prêt à l'emploi est en main de Luc Barthassat

Mobilité En marge de la direction ad intérim des TPG, Christoph Stucki a étudié à fond la liaison entre Chens et Céligny.

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Christoph Stucki donnera les clés de la direction générale des TPG à son successeur Denis Berdoz le 1er mars prochain. Le Zurichois continuera de présider Unireso, la communauté tarifaire des transports publics de Genève. Il conservera à ce titre un pied-à-terre à vingt pas de son bureau directorial, au sommet du bâtiment, qui, telle une gare de téléphérique, surplombe le Bachet-de-Pesay, juste à côté d'une des futures haltes souterraines du CEVA.

Christoph Stucki aurait sans doute bien aimé clore sa seconde carrière à la tête de la régie publique en offrant aux Genevois un nouveau mode de transport, un ferryboat sur le lac. L'ingénieur y réfléchit depuis six ans, en marge de ses responsabilités aux TPG, avec une petite équipe (Ruggero Hüsler, Yves Bach et Séverine Fenoglio) qu'il a réunie au sein de FTSC Sàrl (Ferry Terre Sainte Chablais).

Aujourd'hui, leur projet est ficelé. Il a été présenté récemment à Luc Barthassat et, cette semaine, à des élus de Chens, ainsi qu'à un responsable des services techniques du Conseil général de la Haute-Savoie. Le département confirme que le ministre genevois de la Mobilité a rencontré plusieurs projets de sociétés intéressées à la création ou à l'exploitation d'un bac sur le Léman.

La liaison entre Chens et Céligny, proposée par l'équipe Stucki, est en de nombreux points calquée sur le ferryboat Horgen-Meilen. Christoph Stucki le connait bien. Il est né à Thawil à cinq kilomètres de Horgen. Il y retourne souvent. Encore récemment, il a consulté la «Zürichsee-Fähre Horgen-Meilen AG», née en 1930, qui assure régulièrement le passage de plus d'un million de véhicules par année et de deux millions de passagers. Elle lui a ouvert ses livres. Le transporteur zurichois tourne, constate le patron des TPG en feuilletant le business plan de la liaison Chens-Céligny. Il verse même des dividendes à ses deux principaux propriétaires, les communes de Horgen et de Meilen.

La question des embarcadères

Un rêve que Christoph Stucki espère bien réaliser dans le Grand Genève. Mais, car il y a un gros mais... Il reste à lever un obstacle. Le bac fait concurrence au CEVA? «Pas du tout, sourit, le concepteur du ferry lacustre. Nous n'avons à ce jour trouvé aucune commune tant du côté suisse que du côté français, qui accepte la nouvelle liaison lacustre. Et ce n'est pas faute d'avoir vu et tenté de convaincre leurs autorités», constate un peu dépité mais pas surpris, le président des transports publics du Grand Genève.

Le choix de Chens-sur-Léman et de Céligny est le résultat d'un long examen, relève Christoph Stucki. Chens, parce que la CGN y embarque, depuis 2005, chaque matin pour Nyon quelque 300 pendulaires haut-savoyards. Cofinancée par le Conseil général de la Haute-Savoie, cette liaison serait cependant en sursis, apprend-on du côté français. La maire de la commune de Chens, Pascale Moriaud, souhaite pour sa part réserver la primeur du projet de bac à son conseil municipal.

Côté suisse, Céligny a été retenue, parce que la commune est une enclave genevoise sur la côte vaudoise, et que l'embarcadère est tout proche de la route nationale no 1. Un débarquement à Nyon ne serait pas aussi aisé. Le spécialiste des transports publics règle également son compte à l'idée de réaliser un bac entre le quai de Cologny et le Vengeron. Christoph Stucki la juge «irréaliste»: «Le pont du Mont-Blanc est trop proche. Un bac ne serait pas concurrentiel.» Marie-Béatrice Meriboute, maire de Céligny, a pris connaissance du projet au printemps 2014 déjà. La magistrate doute que l'espace public soit suffisant au port de Céligny pour accueillir un bac. Et se demande si l'on ne devrait pas relancer un service de navibus capables d'atteindre 50 km/h dans le petit lac.

Navette toutes les 15 minutes

Selon la société Ferry Terre Sainte Chablais, la traversée Chens-Céligny coûterait 10 francs par voiture, soit 50 centimes de plus que le tarif Horgen-Meilen. Aux heures de pointe, les trois bateaux qui pourraient embarquer aussi des camions et des cars, assureraient des navettes toutes les 15 minutes aux heures de pointe, de 6 heures du matin à 22 heures, voire plus si la demande s'étoffe. Horgen-Meilen assure une fréquence toutes les 7 minutes 30 aux heures de pointe. La traversée du lac de Zurich dure 10 minutes celle du lac de Genève 15.

«La demande est là», affirme Christoph Stucki. Le directeur des TPG a réalisé une étude de marché sur la base de la dernière enquête OD (origine destination) réalisée en 2011 aux frontières genevoises (PDF). Bien sûr, il faudra améliorer les dessertes surtout du côté de Chens et prolonger les lignes de bus, la E venant d'Hermance et la ligne française qui dessert Douvaine. Quant à la pollution, Christoph Stucki sort un jocker de sa manche. Les bateaux pourraient être propulsés à l'électricité. Les batteries seraient rechargées de chaque côté pendant les 5 minutes de transbordement des véhicules grâce à la même technique qui propulse le bus TOSA et que développe à Genève l'entreprise ABB-Sécheron.

Le projet est maintenant dans les mains du Conseil d'Etat. En fera-t-il un objectif du Grand Genève? Cela lui appartient, indique Christoph Stucki, qui connaît bien combien il est difficile de réaliser de nouvelles infrastructures. Outre les communes et les riverains à convaincre, il faudra aussi trouver des accords par rapport à la protection des rives du lac. Le financement peut, lui, être assuré par une entreprise ad hoc qui pourrait trouver place dans la holding de la CGN.

Le bac imaginé par Ferry Terre Sainte Chablais promet une rentabilité au bout de cinq ans sans subvention. La compagnie de navigation connaît le projet. Elle dispose de l'expertise de la navigation sur le lac, indique Christoph Stucki. «Officiellement, rappelle le service de presse de la CGN, la stratégie de la compagnie est de se concentrer sur le transport des personnes».

(TDG)

Créé: 30.01.2015, 16h39

Christoph Stucki anime une petite équipe d'ingénieurs qu'il a réunie au sein de FTSC Sàrl (Ferry Terre Sainte Chablais. (Image: Vogelsang (Archives))

Le serpent de mer du bac du Léman

Le département de la Mobilité devrait répondre le 19 février lors de la prochaine session du Grand Conseil à la question écrite urgente (QUE 296) déposée par l'UDC le 7 janvier dernier. Elle demande au Conseil d'Etat un point de situation (promis depuis 2009) sur un ferry lémanique. Les services de Luc Barthassat devrait préciser en quoi consistent exactement les projets de création et d'exploitation d'une liaison par bac entre les deux rives du lac qu'ils ont reçus récemment.

La question d'un ferryboat n'est pas nouvelle. On en trouve mention en 1996 déjà dans la motion 1073 déposée par Christian Grobet, Gilles Godinat, Jean Spielmann, Christian Ferrazino, Pierre Vanek et Erica Deuber-Pauli, laquelle demandait au Conseil d'Etat d'étudier le rachat éventuel des bateaux-navettes de l'Exposition nationale convertibles en ferrys lesquels auraient dû relier le bas de la rampe de Vésenaz et le terrain au nord du Reposoir.

Treize ans plus tard, l'UDC reprenait l'idée d'un ferry dans sa motion 1808. On trouve dans le rapport du Conseil d'Etat une étude circonstanciée de diverses liaisons possibles et le rejet d'un bac entre le quai de Cologny et le Vengeron. (JFM)

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