Grand Genève, diagnostic d’une agglomération en panne

Construction régionaleLes questions et les griefs fusent alors que le 3e projet d’agglomération est mal parti à Berne.

Le Conseil fédéral a mis en consultation mercredi son projet de répartition des soutiens aux projets de mobilité des villes suisses.

Le Conseil fédéral a mis en consultation mercredi son projet de répartition des soutiens aux projets de mobilité des villes suisses. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Une belle cacade!» L’exclamation prêtée au duc de Savoie après l’Escalade peut résumer l’humeur à Genève et en France voisine après que le Conseil fédéral a mis en consultation mercredi son projet de répartition des soutiens aux projets de mobilité des villes suisses. Après avoir fait carton plein lors des premières phases des projets d’agglomération, le Grand Genève est en passe de ramasser des miettes au troisième épisode. En l’état, la deuxième agglomération du pays ne décrocherait que 38,8 millions (3,4% du total national).


Lire aussi l'éditorial: Une claque pour Genève avant tout


Comment s’explique l’échec? Berne n’ayant pas encore publié son verdict détaillé, on en est réduit aux conjectures, même au Palais fédéral. «Le département juge en fonction de critères d’efficacité et de maturité des projets et le M3 lausannois a par exemple dû paraître plus abouti que nos propres projets, rappelle le conseiller national genevois Hugues Hiltpold. Il n’est pas trop tard pour réagir!» Dans l’évaluation que Berne a déjà livrée, l’efficacité globale de la proposition genevoise est «suffisante», inférieure à celle des quatre autres grandes cités suisses.

Des retards en cause

Sénateur vaudois et expert des transports, Olivier Français rappelle que la Confédération a davantage misé cette année sur les autoroutes (où Genève s’en sort bien) plutôt que dans les agglomérations. «Il se peut que des projets déjà financés aient pris du retard, ce qui expliquerait les réticences de Berne», suggère cet autre élu PLR. Il n’est pas le seul, mais le Grand Genève a omis de réaliser des projets financés. Un exemple? La passerelle piétonne prévue le long du pont du Mont-Blanc bénéficie depuis 2011 d’un apport fédéral inutilisé. Projet phare du deuxième projet d’agglomération, le tram pour les Cherpines et Saint-Julien fait face à 230 oppositions.

«Au Conseil d’État, l’élan pour l’agglomération est retombé, juge la conseillère nationale Verte Lisa Mazzone. Genève récolte ce qu’il a semé avec sa nonchalance face à l’agglomération, son désintérêt pour la France. À force de tonner que la traversée du lac est prioritaire (ce qu’elle n’est pas pour la Confédération) et de réduire les prestations de transport public, Genève envoie des signaux négatifs à Berne.»

À la Commission des transports du parlement cantonal, les griefs visent tant la capitale que le canton. «Genève est traité par-dessus la jambe dans cette Suisse de l’UDC qui veut investir dans les campagnes et en terre alémanique, fulmine Michel Ducret (PLR). Nos élus à Berne préfèrent se disputer plutôt que défendre leur canton. Quant à Luc Barthassat, à quoi sert sa prétendue proximité avec Doris Leuthard (ndlr: la ministre suisse des Transports) dont il se vante tant?» «Il le répète à longueur d’année et Genève ramasse des miettes, enchaîne Thomas Wenger (PS). Au lieu de s’éterniser sur Facebook, il ferait mieux de bosser avec sérieux ses dossiers pour les défendre à Berne!»

Voilà qui fait réagir le magistrat chargé des Transports. «Je suis du même parti qu’elle (ndlr: Doris Leuthard), mais je combats de longue date sa tendance à tout donner à Zurich, riposte Luc Barthassat. Genève a déjà obtenu des moyens pour rattraper un peu de son retard, mais ce qui vient de se passer est scandaleux. On se battra avec les autres cantons romands qui sont soudés.»

«Une maladie honteuse»

En France, c’est une atmosphère politique générale qu’on incrimine. «Depuis le refus des Genevois de financer des P+R sur sol français en 2014, le Grand Genève ne semble plus être une priorité pour Genève, où l’agglomération transfrontalière passe pour une maladie honteuse dont il ne faut pas parler sous peine d’être sanctionné politiquement, estime Gabriel Doublet, vice-président du pôle métropolitain. Le MCG a tétanisé jusqu’aux élus les plus férus de coopération transfrontalière. Berne se demande sans doute ce qu’est devenue cette dimension de l’agglomération.»

Maire de Saint-Julien, Antoine Vielliard juge que ce troisième projet différait des précédents. «Car il renonçait à compenser le déséquilibre des emplois et des habitations de part et d’autre de la frontière, critique l’édile. Or, il ne sert à rien de demander à Berne de financer des moyens de transport si le Canton continue à créer cinq fois plus de bureaux que de logements et donc à produire des pendulaires. C’est inutile d’écoper un bateau si on n’a pas colmaté les brèches.» (TDG)

Créé: 18.01.2018, 19h43

Articles en relation

Genève va faire la fête à la transition énergétique

Genève Le Grand Genève organise plus de 90 événements en marge des Assises européennes de la transition énergétique. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Conférence sur le climat de Katowice
Plus...