Une Genevoise au sommet d’une institution européenne

InterviewLiliane Maury Pasquier va présider l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Avec bonheur mais un peu par hasard.

Septante ans après sa création, le Conseil de l’Europe désigne Liliane Maury Pasquier à la présidence de son Assemblée parlementaire. La Genevoise entend soigner l’image de l’institution, flétrie par une affaire de corruption, et assainir ses finances.

Septante ans après sa création, le Conseil de l’Europe désigne Liliane Maury Pasquier à la présidence de son Assemblée parlementaire. La Genevoise entend soigner l’image de l’institution, flétrie par une affaire de corruption, et assainir ses finances. Image: L. FORTUNATI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Avant elle, seul un autre Suisse, le Genevois Olivier Reverdin, a eu l’honneur de présider l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). La socialiste Liliane Maury Pasquier a par conséquent la légitimité d’être fière d’accéder à cette fonction, vraisemblablement le lundi 25 juin. Elle ne sera que la quatrième femme à présider l’Assemblée depuis la création du Conseil de l’Europe en 1949 (lire ci-dessous). Il faut dire que la conseillère aux États connaît la maison comme sa poche. Elle y siège depuis 2008, d’abord comme suppléante puis comme représentante à part entière de la Suisse. Elle est aujourd’hui cheffe du groupe des socialistes, démocrates et Verts de l’Assemblée et siège à ce titre au bureau.

Liliane Maury Pasquier, quelle importance donnez-vous à cette présidence?

C’est tout d’abord un honneur et une grande chance. Et d’autant plus que nous fêterons en 2019 le 70e anniversaire de la création du Conseil de l’Europe. C’était également inattendu puisque je dois cette future présidence à des circonstances particulières. C’est en effet la non-réélection au Parlement italien, le 4 mars, du président de l’Assemblée en fonction, le socialiste Michele Nicoletti, qui me donne cette opportunité. Car pour siéger à Strasbourg, nous devons impérativement être parlementaires dans nos États respectifs. C’est la loi du double mandat. J’ajoute que je regrette le départ de Michele Nicoletti. Il a été un excellent président, très rassembleur.

Élire une femme à cette fonction, c’est rare aussi.

Oui, je ne serai que la quatrième en septante ans. C’est extrêmement peu, d’autant que les délégations sont obligatoirement composées d’au moins un tiers d’élues. Or, pour moi, la démocratie ne sera complète que lorsque la représentation des femmes sera tellement évidente qu’on n’aura plus à compter. Aujourd’hui, notre démocratie reste inachevée.

Et il ne peut pas y avoir de mauvaise surprise?

Sauf coup de théâtre, non. Les groupes politiques de l’APCE ont conclu un accord sur le tournus pour accéder à la présidence. Or c’est notre tour pour 2018 et 2019. Et une autre règle, tacite celle-là, veut que ce soit au chef du groupe à qui revienne d’être candidat; ce que je suis.

Que souhaiteriez-vous faire de cette présidence?

L’un des points forts sera de renforcer et de rétablir la crédibilité de l’APCE, qui a été secouée par une affaire de corruption en 2016 et 2017. Cette crise a abouti à la démission du président en exercice, l’Espagnol Pedro Agramunt, contre lequel une procédure de destitution avait été lancée. Cela a été un choc immense. Comme je présidais alors la commission du règlement, j’ai pu participer directement aux efforts faits pour lancer une enquête sur les soupçons de corruption.

Quels étaient ces soupçons?

Tout a débuté en janvier 2013, lorsqu’un rapport critique sur les prisonniers politiques en Azerbaïdjan a été refusé par l’Assemblée alors que tout laissait penser qu’il serait validé. Manifestement, et selon une enquête réalisée par une ONG, certains parlementaires – notamment des personnes qu’on ne voyait jamais aux séances – avaient été influencés par des cadeaux reçus. Cela a été un choc. Ensuite, c’est le voyage de Pedro Agramunt à Damas en mars 2017, organisé par la Russie, qui a fait scandale. Dans le contexte qu’on connaît, il s’était affiché au côté du président syrien Bachar el-Assad.

Comment l’Assemblée a-t-elle réagi?

Concernant le président, nous avons lancé une procédure de destitution. La résolution que j’ai défendue a été adoptée par 154 voix contre 30 non et 13 abstentions en juin 2017. Mais Pedro Agramunt a préféré démissionné plutôt que d’affronter cela. Une enquête a également été lancée sur les soupçons de corruption. Le rapport, sorti ce printemps, conclut, à défaut de pouvoir enquêter sur d’éventuelles infractions pénales, que le règlement de l’Assemblée avait été violé. Depuis, nous avons commencé à faire le ménage et sommes en passe de renforcer notre règlement.

Est-il aisé de fixer la limite entre les cadeaux acceptables et la corruption?

Ce n’est effectivement pas évident. Mais il me semble qu’on sous-estime trop les cadeaux faits à des élus. Car dès qu’il y a un soupçon, même s’il n’est pas très fondé, on perd toute crédibilité. Cela gangrène la démocratie. Il faut donc s’en prémunir au maximum en fixant des règles claires.

Quel autre défi aura à relever l’Assemblée parlementaire et le Conseil de l’Europe? Ce sera le défi financier. Notre budget est bloqué au même niveau depuis plusieurs années sur décision des États membres alors que certaines charges, comme les salaires, augmentent mécaniquement. Or la Russie, fâchée, a gelé un tiers du versement de sa cotisation après avoir été blâmée pour son annexion de la Crimée. Nous devrons trouver une solution car cette situation ne sera pas tenable longtemps.

Existe-t-il un lien entre Strasbourg et Genève?

Il devrait y en avoir car il y a une sorte de parenté entre ces deux villes. Strasbourg abrite la Cour européenne des droits de l’homme et est dépositaire de la Convention européenne des droits de l’homme. À Genève, on trouve le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et les conventions qui portent son nom. Le trait d’union est évident. (TDG)

Créé: 24.06.2018, 21h24

Un organe consultatif

Le Conseil de l’Europe est né le 5 mai 1949. C’est donc un enfant de la Seconde Guerre mondiale créé pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Il rassemble aujourd’hui 47 États représentant 820 millions de personnes, soit la quasi-totalité des États européens. Seule la Biélorussie en est exclue du fait de son refus d’abolir la peine de mort de sa législation. La Suisse a adhéré en 1963.

L’un de ses objectifs principaux est de promouvoir les droits de l’homme. Pour ce faire, le Conseil de l’Europe s’est doté en 1950 de la Convention européenne des droits de l’homme, puis, en 1959, de la Cour européenne des droits de l’homme, chargée de faire respecter la Convention. Tout individu qui s’estime lésé peut s’adresser à cette cour pour faire valoir ses droits.

Les principaux organes du Conseil sont le Comité des ministres et l’Assemblée parlementaire. Cette dernière est constituée de 324 membres issus des différents parlements des États.

L’Assemblée n’est pas un organe législatif mais consultatif. Elle peut adopter des résolutions, des recommandations et des rapports, élaborés par ses huit commissions.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...